Rencontre nationale des S.E.L. à Digne-les-Bains - Août 2015

Créés en Ariège en octobre 1994 sur le modèle du LETS (Local Exchange Trading System) anglais, les S.E.Ls. (Système d'Echanges Local) sont aujourd'hui présents sur tout le territoire. Par l'échange sans argent qui tient du troc multi-partenaires, ils se situent en-dehors de l'économie marchande. Tout est échangeable : biens, services et savoirs. Les échanges sont néanmoins comptabilisés au temps passé en « grains de sel ».

Créés en Ariège en octobre 1994 sur le modèle du LETS (Local Exchange Trading System) anglais, les S.E.Ls. (Système d'Echanges Local) sont aujourd'hui présents sur tout le territoire. Par l'échange sans argent qui tient du troc multi-partenaires, ils se situent en-dehors de l'économie marchande. Tout est échangeable : biens, services et savoirs. Les échanges sont néanmoins comptabilisés au temps passé en « grains de sel ».


                Exemples : pour 60 grains (une heure), Paul répare la tondeuse de Jean qui tond en vingt minutes (20 grains) le jardin de Betty qui donne des cours d'anglais à Béatrice (1 heure par semaine = 60 grains/semaine) qui fait la vidange de Jérôme (en 30 grains et 30 minutes – mais Jérôme paye son huile bien sûr) qui... Chacun note ses grains en crédit ou en débit sur un carnet donné par le SEL lors de l'adhésion pour une somme minime (autour de dix euros).


 Le lien est plus important que le bien

                 « Le lien est plus important que le bien » affirme la charte des SELs (ci-dessous). Le respect, l’intérêt mutuel et collectif, la coopération, la solidarité, la réciprocité et le savoir-être dans une « vision transformatrice de la société » sont au cœur de son éthique et de son action. Bien sûr, au quotidien, ces valeurs et les intentions positives n'effacent pas les egos, les rigidités ou les tentatives de prises de pouvoirs mais enfin, les sélistes peuvent vivre ces moments où échanger c'est donner et recevoir, en même temps.

                 Au lycée agricole de Le Chaffaut Saint Jurson, les SELs de France avec 250 sélistes se sont donc retrouvés du 17 au 22 août pour leur rendez-vous annuel. Ce sont des SELs des Alpes de Haute-Provence et des Bouches-du-Rhône, en fait une petite équipe de volontaires obstinés qui ont préparé ces journées depuis des mois : un travail de bénévoles totalement engagés dans la réussite de ces journées.

           L'équipe d'animation chaudement applaudie


Des choix d'ateliers parmi un large éventail de propositions

                Le principe est simple : chacun fait son menu, son programme de la journée parmi les multiples ateliers proposés chaque jour toutes les deux heures, dans ou hors les murs. Des ateliers proposés dès l'inscription et animés pendant ces journées par les sélistes qui le souhaitent. Un choix entre plaisir des sens, du jeu, de l’œuvre, critique sociale et politique, questionnement sur les pratiques, les intentions et le réel. Quelques exemples : Choix entre sophrologie, massage et biodanza, atelier d'écriture et débat sur les valeurs des SELs ou anti-TAFTA, entre sortie dans la région et marché « protestataire » à Digne-les-Bains, entre bourse d'échanges (chacun a amené des objets ou vêtements à échanger à cette occasion) et sculpture sur Siporex, coiffure ou massage individuel. Bref, des propositions pour tous les goûts, les humeurs, les moments. Au fond, se rencontrer, se parler, échanger sans jugement, se dire sans pudeur parfois, dans un atelier c'est au moins aussi important que l'atelier lui-même. En soirée, c'est la musique, la danse, la chanson ou le film militant qui enchantent les participants.

 

La démocratie vivante

                 Dès 9 heures, L'Agora réunit tous les sélistes pour une heure de présentation des ateliers de la journée et la lecture (le cas échéant, la discussion) des observations portées sur le « cahier de doléances et remerciements » où chacun peut écrire tout au long de la journée  : coup de gueule ou coup de cœur, « tout » est dit et chacun s'explique à défaut de toujours se comprendre.

                 Avec humour ou embarras, un à un, chaque animateur présente son atelier : Un vieux routier de soixante-quinze printemps, frétillant comme un gardon, dans un jeu de mot bien calibré se présente comme le « pote âgé » et le lendemain toujours aussi gardon-bio s'amuse avec son « pote en ciel ». Et pour finir l'agora, pour un petit quart d'heure d'humour caustique, Jean l'amuseur nous tend, mi-vachard, mi-rigolard, le miroir lucide de nos pratiques. Avec un humour, parfois salé, il s'amuse de nos propos raccourcis ou à double détente pour les railler avec son corps, ses mimiques et sa verte langue ; il nous en amuse, quitte à rire un peu vite.

      Vue des sélistes pendant l'agora.

                

             La fringale de discussions, de rencontres amicales ou amoureuses, la fringale de liens authentiques en dehors de rapports mercantiles trouve ici à se rassasier dans ce maelström à l'image de la diversité des points de vue, des cultures, des histoires, des passions.

                 Toutes les tâches matérielles sont assumées par l'ensemble des sélistes (aidés par deux cuisiniers pour les repas) : chacun est tenu de donner au moins une heure par jour de services pour la table, le nettoyage des chambres, des salles, du réfectoire, la vaisselle, le bar, etc... Cela incite au civisme, à porter son attention à son propre comportement notamment en matière de propreté.

 

Assemblée Générale de « SELIDAIRE »  à Digne

Assemblée Générale  « ROUTE DES SELS » à Toulouse

                Durant ces journées, « Sélidaire », l'association nationale qui fédère les SELs adhérents (314 en 2015) et parraine ces journées, a tenu son Assemblée Générale dans une chaude ambiance que la longueur des procédures de vote a quelque peu refroidie. Rodage ?

               Une autre association nationale « La Route des sels » qui permet l'hébergement gratuit entre sélistes adhérents sur tout le territoire et au-delà, tenait d'ordinaire son AG durant ces journées intersel. En 2013 et 2014, le vote électronique a remplacé l'AG physique. Débat, polémique ! Voter par internet c'est dire « oui » ou « non » c'est zéro débat, encore moins cerner les enjeux des votes. Une AG physique s'est tenu le dimanche 23 août à Toulouse : pas le meilleur moyen pour favoriser la participation du plus grand nombre d'adhérents. Quitter Digne, aller à Toulouse sans tarder puis rentrer en Bretagne, à Lyon ou Dunkerque c'est un peu long et coûteux (sans parler de l'empreinte carbone !) Cette association a connu pas mal de difficultés au niveau de son équipe de direction largement renouvelée et semble sur la bonne voie si elle sait remettre en chantier son fonctionnement pour le rendre plus transparent, plus démocratique et surtout alléger sa charge de travail en déléguant au maximum, en recentrant son activité à l'essentiel : l'hébergement.

 

Une semaine au carrefour des rencontres

              Vivre une (petite) semaine au carrefour des rencontres, faite d'imprévus, d'inédits, de moments de joie, de doute, d'aléas, retrouver cette chaleur humaine parfois rugueuse, souvent joviale dans un humour partagé, sauter le pas et se sentir ensemble, est probablement ce qui fait courir les sélistes chaque année à battre la campagne pour se recharger en énergie, pour lutter contre cette société du rejet et de l'argent-roi, pour une société qui accueille et échange.

             L'organisation S.E.L n'est pas une panacée, n'est pas non plus un paradis dans l'enfer capitaliste mais une alternative avec ses limites et ses réussites, où vivre ensemble se peut, où l'autre n'est pas un étranger mais un étrange autre qui ouvre une brèche dans le mur froid de nos peureuses habitudes, qui engage chacun à construire les liens de la fraternité.

 

   Plus de démocratie nécessaire dans le mouvement séliste

            Adhérent à un sel depuis plus de 15 ans (première adhésion en 1998 si je me rappelle bien), adhérent de multiples SELs successifs (six ou sept) du fait de déménagements successifs, acteur dans plusieurs conseils d'animation de SEL ; Cet intersel est mon deuxième. Je crois pouvoir parler avec quelque pertinence et connaissance du terrain :

            Le mouvement SEL me paraît être à la croisée des chemins. Dans une certaine France recroquevillée et volontiers xénophobe, de plus en plus encline au rejet de l'Autre (un bouc émissaire chasse l'autre en ce moment c'est le « migrant » venu de l'est) aux repliements entre soi, entre « les imbéciles heureux qui sont nés quelque part » (comme dirait Brassens), où chacun veut garder sa petite parcelle de pouvoir dans la plus petite association comme aux sommets de l'Etat, le mouvement SEL n'échappe pas à cette tentation. Il serait même étonnant qu'il y échappe tout-à-fait.

            Il me paraît nécessaire de réagir à la tentation bureaucratique avec ses règles empilées ou qui verrouillent, qui engluent, qui obscurcissent la décision et les enjeux de celle-ci. Des règles oui, mais qui protègent et encadrent les pratiques et les responsabilités. Réagir tout autant au partage des rôles entre ceux qui décident (le petit nombre qui décide) et la main d’œuvre appelée à l'aide.

            Finalement réagir à l'appauvrissement de la démocratie dans une langue de bois bonne intentionnelle qui veut masquer l'écart entre le discours éthique récurrent et la pratique bien imparfaite, peu évoquée.Dans les SELs, relever le défi d'autres rapports humains, non dominés par l'argent, c'est toujours approfondir la démocratie dans l'organisation locale comme dans les organisations nationales des SELs. Approfondir la démocratie dans les SELs, c'est assumer le débat sans rejeter celui dont l'opinion diverge, dont l'énergie et les propositions bousculent les confortables habitudes ; c'est s'inscrire dans une démarche de démocratie vivante incarnée certes dans une organisation et ses règles, perfectibles, mais tout autant dans la vigueur des débats sans escamoter celui qui gêne ou déplaît, sans disqualifier l'autre.

            Là est le tendon d'Achille de ce monde alternatif qui veut construire un monde plus juste et plus humain. Notre futur proche et lointain en dépend directement. Que gagnerions-nous entre ce monde des financiers et des marchands, destructeur des populations et de la Terre et un monde alternatif verrouillé par ces deux maux ? Une alternative entre deux meilleurs des mondes ; sûrement pas un monde meilleur.

            Les SELs sont bien une composante de ce monde alternatif.

                           Convivialité pour l'apéro d'arrivée

             

                     Et si vous en étiez l'an prochain ? Prenez contact avec votre SEL local sans attendre.

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 Association « SELIDAIRE : http://seldefrance.communityforge.net/

 Association « LA ROUTE DES SELS» http://route-des-sel.org/

 Trouver un S.E.L dans son département : http://seldefrance.communityforge.net/node/445

 Charte des sels sur le site de Sélidaire

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