Voter à la Primaire socialiste pour gagner ensemble ou perdre tous

Certains tentent de mettre un tabou sur le vote à la Primaire socialiste en disqualifiant vertement d'autres choix. Le rassemblement des forces progressistes avant le premier tour est une nécessité absolue pour gagner, pas pour une stratégie personnelle. Voter à la primaire socialiste prépare ce rassemblement, un choix respectable et nécessaire pour gagner ensemble ou perdre tous.


          Faut-il « Ne pas voter à la primaire des socialistes » comme nous y invite « Pol » au second degré incertain mis en Une du site Médiapart durant la semaine passée ? Faut-il comme un commentaire sous ce billet nous y « invite » : « Oublier le PS et les socialos, les laisser tomber une bonne fois dans les poubelles de l'Histoire. Que ceux qui le souhaitent, parmi ces candidats PS, se rangent à titre individuel derrière la France insoumise et se fassent le plus discrets possible. C'est comme ça qu'ils seront le plus utiles à la seule candidature à gauche de ces présidentielles 2017 : celle de Jean-Luc Mélenchon » ? Bref ne faudrait-il s'engager que dans le seul combat du candidat Jean-Luc Mélenchon pour gagner contre l'extrême-droite, contre la droite-extrême, contre le vainqueur de la primaire d'une Belle Alliance ni belle ni sainte ; bref, seul contre tous  et gagner la Présidentielle ! Se compter ou vaincre ?

Il ya bien deux attitudes, deux stratégies possibles (avec les nuances entre les deux) :

  • soit de rester dans le « pur et dur », ne s'allier avec personne quitte à attendre des  ralliements inconditionnels, jouer la fuite en avant en poussant  du «  Mélenchon » à tous propos en se convaincant que la victoire est au bout.
  •  soit tout en supportant ce candidat avec toute son énergie et sa conviction, créer les conditions d'un rassemblement avec d'autres forces que celles qui le soutiennent dès avant le premier tour pour que le candidat de ce rassemblement - JLM ou un autre - participe au second tour.

          Dans le premier cas, hors d'une pensée magique qui voit son désir réalisé, c'est la quasi-certitude d'un échec au deuxième tour (au mieux) si ce n'est dès le premier tour (au plus probable) ; même si son score est élevé, il ne sera pas suffisant. On peut faire l'impasse sur la nécessité du rassemblement, se raconter des histoires, c'est du « çà passe ou çà casse », c'est accepter l'échec probable à la Présidentielle, laisser gagner Fillon ou MLP (1). Nous ne le pouvons pas !

          Dans le second cas, la nécessité du rassemblement des forces progressistes n'est pas niée mais intégrée comme la condition nécessaire d'une participation au second tour face à une droite des plus réactionnaire et l'extrême-droite FN, la condition nécessaire pour finalement l'emporter au second tour. Participer non pour se compter mais pour gagner. Le seul objectif qui épargnera autant que faire se peut la souffrance du peuple, la casse de la démocratie, la violence des inégalités et des rejets qui nous attendent et tant d'autres défis. [ Lire ]


La France Insoumise, fer de lance de la gauche radicale et de la candidature Mélenchon

          L'engagement dans la France Insoumise - fer de lance actuel d'une gauche radicale, est réjouissant et vivifiant, tant la résistance à cet ordre libéral et autoritaire, avec une autre politique que celle menée tant par la Droite que la Gauche hollandaise, est devenue vitale pour notre démocratie : ce n'est plus seulement une question économique et sociale mais de République et démocratie en danger. La candidature de Jean-Luc Mélenchon [lire] est incontestablement, un moment de la contestation, un moment du combat politique pour une autre gauche, du désir d'une autre société mais aussi, à l'évidence dans l'expression de beaucoup, du désir de revanche voire de vengeance des humiliés et laissés pour compte (en tous cas ceux qui en ont conscience et peuvent agir). Nul doute qu'il est en position pour cristalliser ces aspirations, ces désirs, ces espérances, pour agréger des forces progressistes y compris opportunistes.

          La personnalité de ce tribun volontiers agressif à la rhétorique souvent binaire, pose question à plus d'un, parmi les électeurs de gauche. C'est un vieux routier de la politique : du PS (1976-2008) et de ministre délégué à l'enseignement professionnel (2000-2002 sous Mitterrand et Jospin) au Parti  et Front de gauche (2008-2014), sa candidature à la Présidentielle de 2012 puis celle-ci « hors cadre de parti » mais au nom de la France Insoumise créée en février 2016. Cette trajectoire permet de comprendre ses attitudes, sa logique, ce côté vindicatif et provocateur qui, à la fois le servent et le desservent, qu'il tente fort justement de gommer dans ses vidéos de campagne disponibles sur son site de campagne.

 

Respecter les choix, pas distribuer les labels

          Des électeurs, citoyens engagés dans la France Insoumise, expriment dans ces colonnes leur soutien, leur appel à rejoindre la candidature JLM17. Ils le font avec le poids de leur conviction en acceptant pourtant un dialogue avec ceux qui, électeurs de gauche, ne partagent pas ce choix, s'interrogent ou partagent leurs inquiétudes, leurs questions sur cette candidature et sa dynamique. C'est un respect qui les honore. Ce n'est pas si simple et si aisé quand l'entre-soi de militants acquis à la même cause dans la même ferveur militante et la dynamique de conquête électorale incite à une pensée limitée à ce périmètre, fermée à tout autre.

          D'autres en revanche, dans ces colonnes (et ailleurs), écrivent des commentaires pour le moins gratinés où l'insulte côtoie la grossièreté, l'invective et la disqualification d'office parce que d'un autre avis, d'une autre option que celle de Saint-JLM  !  Le langage utilisé est stupéfiant d'intolérance. Parcourez les commentaires sur un seul billet : voyez par vous-même  : Un langage de guerre civile, pas de tolérance et de justice, pas d'ouverture et de progrès !  Nous ne construirons pas une sixième république, une démocratie revivifiée sur ce langage extrémiste qui oppose et divise, juge et rejette ! Les valeurs s'expriment aussi dans le choix du langage quelles que soient les déclarations lénifiantes sur les valeurs. Le rejet et la revanche ne construisent l'avenir qu'en terme de violences. Ce langage dénote une pensée sectaire voire totalitaire qui conduit au parti unique et aux épurations successives : jamais assez « pur et dur » qui va de pair avec des échecs invariables (on se compte et se réjouit de quelques points supplémentaires) comme autant de victoires de l'intransigeance d'une nouvelle avant-garde éclairée qui distribue le label « de gauche ». Quelle suffisance ! Quelle intolérance !

          La fraternité, le vivre-ensemble c'est quoi ? La société tolérante et ouverte ? Quelle gouvernance laissent-ils supposer ? Franchement, avec ceux-là la candidature JLM17 a de quoi faire peur et fuir bien des électeurs de gauche ! Est-ce le but de ces écrits, de ces attitudes ? C'est "Mélenchon ou traître" ? Un air déjà entendu bien avant, à toutes époques extrémistes.

          Ces propos ici et ailleurs relèvent d'une attitude qui pose la question d'une stratégie de disqualification par tous les moyens de ceux qui, à gauche, ne soutiennent pas ce candidat. La gauche ce serait lui et nul autre. Tout autre vote serait trahison ou le fait de nigaud-e-s abusé-e-s, en tous cas, pas de gauche !  Prétention hégémonique de supporteurs trop zélés ? En tous cas, c'est le torpillage d'un rassemblement nécessaire nié. Après la défaite, dans les mêmes termes violents, ceux-là trouveront toujours les responsabilités ailleurs sans s'interroger sur leur attitude qui aura fait fuir et empêcher le nécessaire rassemblement sur une base d'engagement personnel issu d'une réflexion, d'arguments étayés et documentés, pas des diktats.

          Dans les années soixante-dix, d'où venait la génération perdue des "années de poudre" sinon d'un aveuglement et d'une radicalisation par l'outrance, la simplification, les postulats arbitraires, l'idéal contre le réel, la dérive des idées révolutionnaires extrémistes dans la violence ? Les mêmes outrances, les mêmes sectarismes peuvent produire les mêmes effets, par la défaite comme par la victoire, il y a toujours des déçus qui peuvent dériver et se perdre (2).


Disqualification intolérante, pas innocente

         Au-delà du langage, pourquoi cette disqualification ? Elle n'est pas un mouvement d'humeur (quoique pour certains !) mais donne à penser qu'il s'agit d'une stratégie de conquête politique. Elle laisse entendre que le candidat issu de la Primaire du PS doit être écrasé par un score déshonorant pour que le PS ne survive pas à ce désastre. Ce serait certes, une belle revanche pour M. Mélenchon qui a jadis claqué la porte du PS et tenté sa propre trajectoire mais un « bel avenir » pour le plus grand nombre avec Fillon ou Le Pen ! Après la Présidentielle perdue, le terrain politique serait dégagé pour organiser un mouvement estampillé « vraie gauche », seule force d'opposition de gauche au nouveau pouvoir réactionnaire dont le leader « naturel » incontesté, incontestable serait Jean-Luc Mélenchon ? Tout ça pour ça ? Lâcher le résultat de la Présidentielle pour une opposition de gauche sous la férule du nouveau « leader massimo » ?

          Oui la dynamique électorale et sociétale suscitée par M. Mélenchon, tribun doué et rôdé, est une force qui va (comme Hernani) et qui cherche l'hégémonie à gauche comme le PS a voulu et réussi jadis cette hégémonie. L'histoire se répéterait parce que l'ambition des hommes (pas forcément des femmes) est la même : dominer !

          Ces interventions intolérantes sont évidemment contre-productives. Elles encouragent à fuir cette pensée totalitaire et dichotomique plutôt que l'engagement et le vote pour JLM et au-delà. Elles rendent impossible un rassemblement plus large à défaut d'un ralliement sans condition à cette candidature obligatoire.

          Ce n'est pas le langage de Pierre Laurent, secrétaire du PCF, soutien de la candidature Mélenchon :

« Toute situation de division et de dispersion m’inquiète dans la période dans laquelle nous sommes. Cela va au-delà des relations entre les communistes et la France insoumise. L’obsession des communistes pour mener une vraie politique de gauche induit la question du rassemblement. Parce que nous allons devoir, face à la droite, à l’extrême droite, au paysage de désolation laissé par le pouvoir Hollande, travailler à des constructions politiques et à des candidatures les plus rassemblées possible. » [ lire ]


Le vote à la Primaire socialiste n'est pas tabou au contraire


          Alors bien sûr, il faudrait décourager les citoyens, les électeurs de gauche (peut-être ceux de droite seraient-ils moins gênants) de voter à la Primaire socialiste, en réservant le label « de gauche » à ceux qui n'iront pas voter et ... d'autres propos condescendants et supérieurs ! Terrorisme du langage et de la pensée ! Décourager pour qu'elle soit un fiasco en terme de participation donc de légitimité et que la candidature Mélenchon apparaissent comme la plus dynamique et la plus crédible par écrasement. Petit calcul à court terme.

La réussite de la primaire en terme de participation, en mettant en tête Hamon, Montebourg ou Peillon, peut permettre une mobilisation d'électeurs de gauche qui ne voteront pas Mélenchon par ralliement mais voteront pour le rassemblement des forces progressistes à réaliser avant le premier tour.

Gagner la Présidentielle

          Empêcher la Droite de Fillon ou l'extrême-droite de Le Pen de parvenir au pouvoir est bien l'objectif majeur de cette Présidentielle. Après il serait trop tard. Après il serait vain, à gauche, de se rejeter la responsabilité d'une défaite qui pourrait marquer une rupture autoritaire contre la société démocratique inachevée, imparfaite et mal en point que nous connaissons (3). Cet enjeu est vital pour notre pays, pour la vie du plus grand nombre, pour la République. Les déclarations et les programmes annoncés par ces deux candidats ne nous laissent aucun doute. C'est une révolution réactionnaire et autoritaire qui se prépare [lire en autres] et aussi [entre autres].

          Certes, l'alternative ne peut être seulement un vote « contre » mais plus encore, un vote « pour » : pour une autre pratique de la démocratie à revivifier, la fin de l'état d'urgence en particulier, une autre politique économique en rupture avec l'ordre libéral, une autre politique sociale qui ne livre pas les salariés aux déséquilibres d'un face à face avec l'employeur ou son représentant, qui protège non qui exclut, le refus de tous les boucs émissaires, un engagement vers la transition énergétique et écologique, une autre Europe etc..

          La question n'est pas seulement qui est le bon candidat en soi pour porter cette espérance, cette utopie, cet engagement, c'est encore parvenir à ce que celui-ci passe le premier tour et gagne le second parce que sur son nom un peu plus de 50% des voix exprimées se seront portés sur lui (4).  Si le « bon » candidat n'est pas élu faute d'un rassemblement suffisant sur son nom, quelque soit son charisme, sa détermination, son talent de tribun, ses propositions, c'est perdu ! Il ne restera plus que les législatives et préparer la résistance à la révolution réactionnaire et autoritaire qui suivra dès l'été 2017.

          Il est indispensable de prendre conscience de l'entre-soi confortable qui existe partout (y compris dans les engagés fervents pour la victoire de Jean-Luc Mélenchon). Le rassemblement, chaque candidat le veut derrière lui : résultat, personne ne bouge et la défaite se rapproche. Nous savons pourtant tous que le risque numéro un c'est l'élimination de la gauche (radicale ou réformiste) au premier tour.


Voter à la primaire c'est rendre possible un rassemblement pour gagner.

           Pour gagner il faudra rassembler au-delà de la gauche radicale et de la base militante. Déjà pour parvenir au second tour, il faudra rassembler au-delà de la candidature Mélenchon. Pour gagner la Présidentielle, sa stratégie électorale ne peut pas être celle du seul contre tous qui impose les ralliements sans condition. Compter sur la seule dynamique de sa campagne, c'est, pour moi, faire une grave erreur qui serait une faute, qui tient de la foi plus que de la raison. Il est toujours possible de se dire que l'on va créer la surprise mais n'est-ce pas déjà de l'auto-intoxication par enthousiasme ? Se boucher les yeux aujourd'hui pourrait provoquer bien des amertumes, de nouvelles haines ensuite.

          Pour rendre plus solide l'accès au second tour de la Présidentielle et l'emporter, une alliance, un rassemblement des candidatures Mélenchon/ Vainqueur de la Primaire/Jadot, (peut-être un ticket Président/Premier Ministre) doit se réaliser. Tout autre que Valls peut réaliser cet accord : Hamon et Montebourg se sont tous deux prononcés pour la fin de l'état d'urgence, l'abrogation de la loi El Khomri et la VIème République. Les convergences existent. Benoît Hamon a été très clair : il ne fait pas « de sa candidature un préalable ». C'est une déclaration que personne n'a fait, qui témoigne d'une ouverture la plus large possible. Le cas échéant, elle devrait être saisie.

          Voter au premier et au second tour de la Primaire du PS, pour faire gagner Hamon (ou Montebourg ou Peillon), est aujourd'hui le moyen à prendre, peut-être le seul, pour pouvoir enclencher une dynamique de rassemblement des gauches avant le premier tour pour participer au second tour et l'emporter. Ce vote est un acte politique pour le rassemblement, contre la résignation à l'échec, contre la résignation au gouvernement de la France par un des deux extrêmes en présence, contre la révolution réactionnaire et autoritaire qui se prépare à entrer en œuvre dès cet été dans l'euphorie de la victoire et la démobilisation des congés.

          Bien sûr, en ce cas, il faudra que chacun des candidats fassent un chemin vers l'autre... Jean-Luc Mélenchon saura-t-il engager sa candidature vers un rassemblement possible en mettant de côté son ressentiment, son désir de revanche sur le PS et … son ego ? La suite le dira, ce n'est pas impossible. Chacun de nous peut y contribuer.

          Un accord entre ces forces progressistes me semble aussi plus à même de réguler les écueils du pouvoir personnel que les institutions de la Vème République et les pratiques de celles-ci ont aggravés par les deux quinquennats précédents. Le pouvoir personnel çà suffit !



Je voterai aux deux tours de la primaire socialiste, au premier pour Benoît Hamon qui me semble le plus à même d'apporter une voie et une voix nouvelle et autre à la gauche dans la perspective d'un  rassemblement des forces progressistes avant le premier tour.
Si l'un des candidats à la Présidentielle devait refuser ou torpiller ce possible et nécessaire rapprochement, il porterait la responsabilité de l'échec à la Présidentielle. Je voterai en conséquence.

L'union des forces progressistes, dans sa diversité, doit faire barrage à la révolution réactionnaire qui nous attend pour engager une démocratie revivifiée et une autre République, faire face aux défis du monde d'aujourd'hui avec les forces vives de ce pays et des institutions renouvelées.

 

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(1) Voire un Emmanuel Macron qui parviendrait à se glisser au second tour belle perspective !

(2) « Génération », P. Rotman  et H. Hamon , Tome 2 : Les années de poudre, 2008, Seuil

(3) Il n'y a pas de démocratie achevée et parfaite mais une démocratie plus ou moins vivante qui est le résultat des institutions et de leurs pratiques et de la vie démocratique dans le pays.

(4) Mars 2015 : 44,6 millions d'électeurs, avec 20 ou 30% d'abstentions et 5% de blancs et nuls, c'est en gros entre 30 et 35 millions de voix à obtenir au second tour pour devenir Président. Les 200 000 annoncés souvent ici et là, pour valable qu'il soit comme militants engagés derrière Mélenchon compte bien pour 200 000 votes. Il en manque ... quelques-uns ! Penser rassembler sur son seul nom avec des ralliements suffisants c'est le baroud d'honneur ! Mais le peuple en aura les conséquences immédiates et pour longtemps.
Source : http://www.interieur.gouv.fr/Actualites/L-actu-du-Ministere/44-6-millions-d-electeurs-inscrits-sur-les-listes-electorales

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