Migrants à Clermont, la croisée des chemins

Le 16-10, des bus véhiculent des migrants de la Place du 1er-mai vers des hébergements interdits aux bénévoles. Les conditions d'hébergement posent question notamment sur un bâtiment qui pourrait être insalubre. La situation des migrants et des bénévoles est fragilisée. A l'opposé de l'épreuve de force, la voie de l'apaisement est encore possible : autoriser la visite de bénévoles dans ces locaux.

Au matin du mardi 16 octobre, place du 1er-Mai à Clermont-ferrand, à intervalles réguliers, plusieurs bus ont emportés une partie des migrants et leurs bagages, de cette place vers les deux hébergements décidés par la Préfecture, à savoir, le gymnase des Cézeaux et la Résidence Hôtelière à vocation Sociale (RHVS), ex-lycée Monanges, cette dernière avant, dans "quelques" jours le gymnase Jean-Louis-Andanson à Montferrand.

Des migrants montent dans le bus sous l'oeil de bénévoles et de fonctionnaires préfectoraux © Georges Des migrants montent dans le bus sous l'oeil de bénévoles et de fonctionnaires préfectoraux © Georges

Les associations et bénévoles qui sur la place du 1er-Mai ont assuré l'accueil, le suivi, l'intendance, des migrants dès leur arrivée en assurant une socialisation minimale et la vie malgré tout dans les conditions de dénuement total de départ se voient refuser strictement l'entrée à ces deux hébergements. Avant les déplacements de ce jour, aucune visite n'a été organisée avec eux pour montrer les conditions d'hébergements. Une manière désinvolte et méprisante de considérer l'action sociale et intégrative menée depuis début septembre par la solidarité citoyenne qui rend au fond bien service à l'état et son représentant quand celui-ci montre d'abord son indifférence à la détresse humaine.

Le mécontentement est grand parmi l'équipe présente. L'amertume et parfois les larmes de bénévoles séparées de migrants pris en charge, avec qui des liens dans l'adversité et la solidarité se sont créées et sont palpables dans les récits, sur les visages.

Au gymnase, gardés par plusieurs vigiles, pas question ni d'entrer ni, a fortiori, prendre des photos. La gestion est confiée au Collectif Pauvreté-Précarité (1)(C.P.P.) Son représentant sur place m'informe que le gymnase est prévu pour accueillir 30 familles soit 99 personnes avec dix salariés (financement assuré, cinq sont déjà recrutés) notamment pour prévenir des tensions entre migrants à cause de la promiscuité évidente ! Des lits de camps sont disposés en ligne sans paravents d'aucune sorte. Il m'indique que le CPP va se procurer des barnums en deux tailles pour réduire la promiscuité... demain ou un peu plus tard. Des blocs de douche sont disponibles. Une cuisine sommaire a été installée pour confectionner des repas à partir de denrées de la banque alimentaire. Sur le 1er-Mai, les migrants eux-mêmes confectionnaient leurs repas avec les denrées fournies par les bénévoles et dons. Ici, rien à faire, pas même les repas qui assurent un minimum de dignité et d'activité aux migrants. Certes les enfants scolarisés auront un pass-bus mais leurs écoles sont loin ce qui contraint à des départs précoces et arrivées plus tardives.

Le gymnase loin des habitations, à l'abri des regards et des bénévoles évincés © Georges Le gymnase loin des habitations, à l'abri des regards et des bénévoles évincés © Georges

Si les conditions sont telles qu'elles m'ont été déclarées, pourquoi les autorités responsables n'ont-elles pas organisées une visite préalable à une délégation de bénévoles pour que tout soit bien clair et vérifié ?

La même question avec plus d'acuité se pose pour le deuxième hébergement. Prévu pour quarante-quatre places des migrants (outre SDF et demandeurs d'asile déjà présents), punaises de lit et rats s'y trouveraient, posant la question : cet hébergement est-il réellement salubre ? L'an dernier, une partie des migrants de la fac de Lettres se sont retrouvés dans ces locaux alors insalubres et sales.

A vouloir couper tout lien avec les bénévoles, en leur interdisant l'entrée des locaux, en n'organisant pas de visite préalable, il n'est pas possible de s'empêcher de penser que le but de l'opération est de cacher la misère quand elle se donne à voir sur la place du 1er-Mai. Ces hébergements ne pourraient être que de courte durée mais encore faut-il qu'ils soient réellement salubres ce qui suppose une vérification sérieuse. Le CPP ne s'occupe strictement que de l'hébergement. Il ne posera pas de problème politique notamment de l'avenir de ces familles, de ces mineurs isolés qu'à nouveau reçoit l'ASE (après un retrait compréhensible du personnel de quelques jours) mais avec des possibilités d'hébergement si réduites qu'il s'agit pour la plupart de revenir de jour en jour.

Que font les migrants amenés sur les sites ? Ils pénètrent seuls dans le bâtiment avec leurs encombrants bagages et parfois... ressortent immédiatement ne voulant pas de ces conditions d'hébergement de masse. Entre la place du 1er Mai en plein soleil aujourd'hui comme depuis le début où chacun s'est recréé un « chez soi » minimal et l'autre « solution » faite d'une absolue promiscuité, d'ennui et de solitude sans les bénévoles, quand le local n'est pas inhospitalier, avec des véhicules divers, ils retournent en sens inverse place du 1er Mai.

Les bagages semblent prêts au départ. © Georges Les bagages semblent prêts au départ. © Georges

Sur cette place, des tentes ont été démontées, certaines du Secours populaires (2) qui se désolidarise des actions à venir considérant que les hébergements tel quels sont une vraie solution. Le collectif de bénévoles continue à accueillir ceux qui arrivent (primo-arrivants d'hier soir) et revenus des « hébergements » dans la multitudes des incertitudes qui désormais sont là. Il faudra assurer les conditions du repas du soir mais pour combien ? La situation entre départ et retour est mouvante, incertaine. Le mouvement de solidarité engagé depuis début septembre est déterminé à poursuivre ce travail et cette lutte pour un hébergement digne et durable, pour les papiers qui permettent de rester en France et s'insérer. Des actions sont envisagées.

La situation des migrants et des bénévoles sur la Place du 1er-Mai se trouvent fragilisée. Les autorités veulent-elles aller vers l'épreuve de force ? La voie de l'apaisement est possible d'abord en autorisant une visite complète de bénévoles dans ces deux locaux dans les plus brefs délais.

Dernière minute 16-10 (19h) : Le rassemblement des bénévoles et associations devant le gymnase ce mardi soir a permis à une délégation d'y entrer. Des améliorations sont à apporter sans tarder pour rendre la situation autant que faire se peut vivable malgré la promiscuité et l'isolement (qui peut initier bien des difficultés de cohabitation voire rendre invivable la situation) mais le CPP n'a eu cette gestion que depuis trois jours donc précipitation pour aménager cet espace en si peu de temps... alors que la situation au 1er-mai a débuté le 1er septembre.

Voir aussi : http://www.mediacoop.fr/rubrique/reportages/sur-la-place-du-1er-mai-la-mise-labri-des-refugies-ne-regle-aucun-probleme

Précisions :

Suivre en direct l'évolution de la situation : facebook clermontfaitlemonde.

Des familles sur la Place du 1er-Mai auraient été relogées en hôtel à Bordeaux, Nice et Valence. La répartition des personnes entre l'un ou l'autre des hébergements a été effectuée par étiquettes distribuées ce matin 16 octobre par un employé de la Préfecture.

(1) Voir le site : http://collectifpauvreteprecarite.fr/le-collectif/membres/

(2) Le Secours Populaire a apporté des tentes début septembre. La plupart viennent de bénévoles et d'une enseigne. Face caméra, une représentante de cette association s'est déclarée « ravie de l'endroit » (les nouveaux « hébergements » des migrants).

 

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