Nos cris destinés à diviser et se perdre ?

Cette résistance à choisir entre peste et choléra exprime la force du refus de se faire encore avoir quand les tripes elles, ne se trompent pas et crient « Assez ! ». Hâter la catastrophe ou se donner du temps pour éviter la chute dans l'absolue brutalité du fascisme ? Repousser l'échéance du front de haine n'est-elle pas l'urgence ? Nous sommes dos au mur. Nous en connaissons l'enjeu.

          Quel cauchemar aujourd'hui ! Trente ans de descente aux enfers ! quels gâchis ! Je ne hurle pas mais je bous, écoeuré, las.

          Indécents, impudents, méprisants ! Qu'ils se taisent ! Pas vous qui me criez dessus, à tort ou à raison, vivre c'est parfois hurler, quitte à se tromper de cri. Mais eux, ces rapaces de pouvoir, du bien commun, élites du mensonge et de l'aveuglement, fossoyeurs d'humanité, qui se présentent bienfaiteurs, sûr d'eux-mêmes, emmurés dans l'entre-soi, l'apparence, la cupidité maquillée en honnêtes engagements pour faire image.

L'Agité

Durant cinq ans, à coups de menton, l'Agité avait brisé les lignes qui séparent de la peste. Il désignait partout les faux-coupables pour détourner les regards de sa rapacité. Il avait pris cette route facile qui conduit à l'abîme ou à l'insurrection, aveugle et sourd à la détresse qui se levait, renouvelée, depuis tant d'années, plus abyssale encore : déshumaniser ceux qui tentent de survivre face à l'océan de richesse des quelques-uns qui assassinent gens, terre, futur pour les livrer à la vindicte de nos peurs, les yeux fermés, le cœur absent.

Qu'importe ceux qui survivent pourvu qu'ils soient tondus à la chaîne du travail où tout doit se supporter jusqu'à épuisement, jusqu'au burn-out où tout s'écroule. Qu'importe ceux qui survivent dans la quête d'un boulot qui s'éloigne, qui fuit, quête qui, peu à peu, détruit et révolte quand ils vous disent volontaires et profiteurs. Que savent-ils ces maquereaux de l'angoisse de tout perdre jusqu'à sa dignité d'être humain ? Comment osent-ils juger et désigner les coupables parmi nous. Croient-ils que nous resterons seul à attendre la mort ?

Ils avaient toutes les cartes

Voilà cinq ans, malgré tout, virer l'autre fut un si bon moment, bien passager, de revanche, de sanction, d'une certaine jouissance. L'espoir revint, bien tempéré parce que nous savions qu'ils n'était qu'un pis-aller - toujours ce choix du moins mauvais ! -. Il devait bien pourtant le sentir, ce mouvement de fond vers l'insurrection des opprimés, ce débordement de la colère qui amènent à tous les extrémismes.

Il avait, ils avaient toutes les cartes en main, toutes ! Sénat, Assemblée Nationale, gouvernement, régions et départements. Tout gâché ! Quel désastre ! Comment ne pas le(s) vouer à la poubelle de l'histoire avec ce bras droit obsédé par lui-même, autiste à la voix du peuple, à l'Histoire qui fit la grandeur du combat ? Ils se disent réalistes, quel aveuglement ! Réalistes quand ils sèment le vent ? Réalistes quand ils ne voient pas se lever la tempête ? Réalistes quand la peste brune s'avance au portes du pouvoir ? Réalistes quand les forces du mal s'emparent du monde, en Europe, en Asie, aux USA ? Des amateurs avec les clefs du pouvoir !

Bunkérisés dans leurs certitudes, ils n'ont rien entendu des clameurs surgies du peuple qui souffre, hurlant son désarroi d'où monte la révolte, qui ne sait plus où aller, qui croire, de qui attendre un peu de mieux à défaut du meilleur.

Au lieu de saisir la chance et la responsabilité confiées par le vote, ceux-là, président et courtisans (tous ces « Le » quelque chose), n'ont rien voulu savoir, ni entendre, ni comprendre, ni corriger, ni changer de direction face au réel ! Non, la même ligne, inflexible au service des puissants, des  puissances financières, à l'argent-roi réservé à ceux qui s’empiffrent et dictent leur loi, du plus fort, du plus cynique, avec le mépris du peuple, des gens d'en bas, toujours à plumer quand ils ont peu et qu'ils en meurent ou en sursis, comptant sur leurs discours de faussaires, de violeurs de mots, en un tour de passe-passe rattraper le coup face à ceux qui ne comprendraient jamais leur intérêt quand il est bafoué, violé, maquillé, anéanti dans la musique du serpent qui se dit : « Ils voteront contre la peste brune. Nous serons leur rempart et le tour est joué ».

Un ministre du budget fraudeur, menteur, parjure, pas grave, on continue avec le chapelet des corrompus, des fraudeurs off shore, des experts des organismes d'état vendus aux sociétés pharmaceutiques, phyto-sanitaires, industrielles, qui nous empoisonnent, empoisonnent l'eau, l'air, la terre, en le sachant, en le cachant dans le silence des complicités des experts et des politiques. Médiator, Dépakine, prothèse P.I.P., Round up... j'en oublie. Ce système vicié choisit ses assassins à protéger. Les populations sont sacrifiées sur l'hôtel du profit maximum à n'importe quel prix. Qu'importe qu'ils assassinent ! On continue, ça rapporte gros.

Une loi-scélérate passée en force, on continue.  La lutte pour l'emploi ? Ils lâchent aux entreprises, sans distinction, le chômage s'aggrave ! Les PME peuvent être étranglées ou fermer, compte pas ! Du délire ! Plus ils échouent, plus ils continuent ! La déchéance de nationalité, vieille rengaine peste brune, qu'importe, on continue. Prolonger et encore prolonger un état d'urgence qui ne protège pas, lois après lois avancer dans la société de surveillance qui échappe à la Justice, on continue.

Oui il y eut les « carrières courtes » et « le mariage pour tous » tellement mal géré. Et puis ?

« Quelque chose est pourri dans le royaume de France » chantait Jean Ferrat voilà longtemps déjà. Que dirait-il aujourd'hui en voyant ce pays dévasté par le mensonge, par ces faussaires au services des nantis qui rejettent toujours l'étranger, par ces engagements qui n'engagent pas ?

Ces fautifs devant l'Histoire, devant le peuple, devant la paix, laissent une France déchirée, affamée de justice, d'espoir, de pouvoir vivre des lendemains partagés quand ceux qui se gavent, leurs courtisans, leurs serviteurs les laissent crever la gueule ouverte, rien à becqueter, pieds gelés sur le trottoir quand, à la télé, des bateaux crachent leurs morts syriens ou irakiens ou somaliens quasi en direct et nous, on ne pourrait en accueillir qu'un tout petit, petit, petit nombre ridicule et les autres mourir en mer ou pourrir dans des camps ? Insupportable ! Comme si nous ne pouvions pas réaliser ce que nous avons fait tant de fois dans notre histoire ? Nous importons ces travailleurs détachés mais avons peur de recevoir ceux qui nous apportent leur savoir, leur expérience, leur énergie, leur culture qui nous enrichira comme toujours (« depuis » l'Italie de la Renaissance)

Ceux-là avec un culot monstre nous disent pour qui voter, sans honte qu'ils ne connaissent jamais, avec l'assurance des faussaires, ceux qui, sans conviction – sauf celle du portefeuille et du pouvoir – sont capables de tout défendre, ont l'aplomb de nous dire maintenant pour qui voter. Ils l'ont perdu ce « droit », cette voix est éteinte.

Et ceux d'en face qui en rajoutent tout autant dans l'opportunisme du carriériste ! En barrant la route à l'extrême, l'agité qui voulait revenir aux affaires, les requins qui l'ont servi, ne cherchent qu'à plébisciter l'autre providentiel, sorti du sérail, de Rothschild et de Bercy. Il poursuivra cette « œuvre » de minage systématique de ce qui fait lien social, qui fait société, en l'aggravant encore et encore jusqu'à une possible explosion de violences.

Tous ceux-là, plus ils le disent, plus l'envie prend aux tripes de n'en rien faire  devant une telle indécence. Comment ne pas verser dans la contre-dépendance en ne se déplaçant pas ou voter blanc ?

A tous ces gouvernants, d'aujourd'hui et d'avant, une même et constante perversion du langage : ils disent « peuple » et pense « image et communication », disent « marché » pensent « fric et intérêt personnel », disent « intérêt national » pense « carrières et opportunisme politique », disent « sécurité » pense « surveiller les contestations », disent « libérer l'économie » et pensent « profits juteux », disent « emploi » et pensent « faire baisser le chiffre » (travailleurs-pauvres, précaires ou à temps partiel c'est toujours hors chiffre).

Pourtant s'ils ne le disaient pas ?

La peste brune

L'autre camp parle du peuple quand il lui crache au visage, quand la France pour eux est comme blonde aux yeux bleus. Leur horizon ? S'isoler, s'enfermer dans le passé d'une France qui n'a jamais existé mais, par la force, par la ruse, profitant des faiblesses de notre pauvre démocratie, imposer cette vision dénaturée de tous les révisionnistes de l'Histoire. Le « peuple » ? Dans leur bouche, un mot creux qui abuse, qui ment, qui entourloupe. Quel désastre de savoir, de comprendre que ceux-là même qui en souffriraient le plus sont les proies, les cibles de ce discours infâme, si falsificateur :
Comme si les leçons du passé, la montée des fascismes n'existaient plus, comme si les terreurs et les malheurs du passé s'étaient envolées. Comme si les souffrances, les morts, ces jeunesses volées dont les noms restent gravées sur nos pierres étaient oubliées pour un nouveau bal du diable !

L'amnésie, le désespoir, la rage égocentrique ou dans l'entre-soi pourraient balancer avec ce cauchemar ? Rien n'est pire que ceux-là. Rien. Ils sont le cauchemar absolu. Regardez partout, en Europe, dans le Monde, dans l'Histoire, dans votre histoire. Regardez le feu qui se propage, le fascisme sous toutes ses formes est de retour plus violent que jamais. Dans le bruit des discours enfiévrés, ce n'est pas le son de la charge victorieuse qui parvient à nos oreilles mais le tocsin lugubre et lancinant qui sonne en tous lieux avant l'affrontement.Ne l'entendez-vous pas ce point de non-retour ?

La France que nous aimons

La France qui est, que nous aimons, est plurielle, bigarrée, bariolée, métissée celle de toujours avec, sans remonter à plus loin, ces français venus d'Italie, de Pologne, d'Afrique du nord et du Sahel, de Chine et du Vietnam, d'Espagne, du Portugal, d'Algérie et maintenant de Syrie malgré eux et tant d'autres qui sont venus jadis ou autrefois offrir leur bras, leurs cerveaux, leur volonté et leur énergie pour en être, la France aux couleurs arc-en-ciel que ces loups salissent de brun. Jamais eux ! Contre eux sans faille. L'émigration par son ampleur est toujours une déchirure, toujours le fruit du malheur : faim, violences, guerre... guerre, violences, faim,... violences, faim, guerre . Pour vivre seulement vivre ! Faut-il que nous soyons morts pour ne pas l'entendre ?

Ecarter dans l'urgence ce front de la haine, qui désignent à la porte et dans la maison ceux à rejeter, à haïr, victimes expiatoires des peurs, des incompréhensions, des repaires perdus, n'est-ce pas l'essentiel ? L'essentiel qui ne vaut rien d'un quelconque soutien à celui qui a fait irruption. L'essentiel, pour réussir la nécessaire unité sur le terrain pour les prochaines législatives.

Le train en marche

Et les autres, dans l'autre camp, qui nous mènent au chaos dont ils feront encore profit !

Parvenu à ce point où chacun accuse son voisin politique, son voisin politique qui l'accuse en retour, voter pour celui-là qui est dans la continuité du précédent en pire, est-ce bien utile, à quoi peut-il arriver sinon à un désastre encore plus grand dans cinq ans ? Reculer pour mieux sauter ?

Front du refus, réponse viscérale, cri premier ?

Cette vision du malheur aujourd'hui ou dans cinq ans épuise le sujet, appellerait un front du refus ? Elle est une réponse première, spontanée, viscérale. Elle peut être réévaluée.

Face à ce choix qui paraît impossible tant l'un et l'autre sont loin du peuple, de nos espoirs, de nos rêves, de ce qui pourrait advenir de bénéfique avec d'autres, comment ne pas être saisi par une immense rage qui amène à un déchaînement de refus d'entrer dans ce jeu électoral où tous, nous sommes piégés jusqu'au trognon, dos au mur comme condamnés face au peloton ?

Oui, je le pense. Cette résistance à choisir entre peste et choléra exprime la force du refus de se faire encore avoir par la raison, la responsabilité quand les tripes elles, ne se trompent pas et crient « ça suffit ! ». Ce sain refus est la force qui bousculera l'ancien monde, s'il l'est, dans le bon sens ou dans l'autre, mauvais. Piégé, moi aussi je me sens piégé dans ce non-choix, encore un après celui de 2002 dont l'ancien président n'a rien fait sinon se vautrer dans des années perdues pour le peuple, pour la France, pas pour les friqués et leurs complices. Chaque fois qu'ils ouvrent la bouche pour me dire qui voter, je ne le veux plus. Envie de vomir devant cette obscénité de ceux qui sans cesse, ont levé le vent pour nous dire d'arrêter la tempête.

Envie de hurler et être, à mes yeux, irresponsable pour ne pas tenter de dire avec tout ce que je sens, pressens, ressens pour qui voter quand tout en moi impose ce vote malgré mon corps qui le refuse ; pas une image mais une déchirure intime, viscérale.

Voter « Contre » encore et encore ! Mais comment aujourd'hui l'éviter, faire la part du feu ? Cette fois le feu s'est rallumé partout. Cette fois, la peste brune, ce fascisme de terre brûlée celui que mes parents, mes grands-parents m'ont transmis comme refus intangible, absolu, est en marche vers un pouvoir dans la revanche si attendue après le pouvoir vacillant d'avril 1961 celui s'échappant de 1945. Prendre le pouvoir cette fois, probablement non, mais se hisser à des niveaux élevés c'est beaucoup plus probable. Un tel score serait libérateur de la force brutale de la haine et la revanche, libérateur de la parole et des actes, dans la rue et les lieux de pouvoir locaux ou nationaux. L'agitation partout et l'affrontement dans la rue ne serait qu'une question de temps et de circonstances. Faudrait-il le constater pour que sens se fasse ? A un certain point, il sera trop tard : trop... tard !

Se hâter vers l'abîme ou la refuser maintenant et après ?

Depuis l'antiquité, les Cassandre ne changent pas le cours du temps. Je sens, je ressens combien les dynamiques sociétales peuvent aller où aucun être censé ne pense jamais aller. Le risque est maintenant bien réel - pas une menace diffuse mais un risque majeur, concret, palpable - d'être emporté dans la tourmente dans de nouvelles pages sombres, françaises et européennes dans un monde en danger.

Je sais bien que dans le refus, il n'y a pas nécessairement irresponsabilité, raccourci que je me refuse, mais d'abord exaspération, rage de cette mise en tenaille pour malgré tout, comme rentrer dans le rang.
Et pourtant, en quinze jours, se reprendre, dépasser un sentiment intense mais si peu politique...

Dans l'hypothèse de l'abîme évitée, dès le premier jour d'après, durant ces cinq ans, il nous faudra nous battre, chacun avec son énergie et ses possibles pour reconstruire et s'opposer, pour dévier le cours du fleuve qui conduit à la chute finale dont on ne revient pas. Il n'y a pas de fatalité sinon celle du renoncement. Dans cinq ans, dans un cas de figure semblable, il n'y aurait plus l'ombre d'un front républicain. Nous sommes dos au mur. Nous en connaissons l'enjeu.

Repousser l'échéance du front de haine n'est-elle pas l'urgence ? Hâter la catastrophe tout de suite ou se donner du temps pour éviter la chute dans l'absolue brutalité du fascisme ?  Temps compté mais devant nous. Sommes-nous déjà si désespérés ou enfermés dans un cri de colère « entre-soi » qu'il n'y a plus que le renoncement justifié dans sa certitude du « juste » ? Je ne peux pas le croire. Je n'en suis pas, même avec mon écœurement et sa lassitude.

Comme à Brest autrefois, « tout est abîmé », tout. Il faudra se battre, se battre bien et se battre encore et aussi contre soi-même dans ses certitudes et sa violence pour ne pas se retrouver dans cinq ans dans la même posture. Tous nous le savons. 
Si chacun est pleinement responsable de lui-même, de sa parole, de ses écrits, de ses actes, au-delà de nous-mêmes, de nos propres chapelles du moment, notre responsabilité est collective à tous ceux et celles qui refusent le malheur dont on ne revient pas.

Après...
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https://blogs.mediapart.fr/vingtras/blog/270417/gare-la-lepre-lepeniste

https://blogs.mediapart.fr/alexandre-raguet/blog/250417/quand-le-processus-de-dediabolisation-fonctionne

https://blogs.mediapart.fr/michel-broue/blog/260417/nos-amis-de-gauche-qui-deviennent-fous-2

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Si vous vous retrouvez comme moi dans ces quatre points …

1 - Le combat contre l'extrême droite est aujourd'hui plus que jamais la priorité.
2 - Dans le cette élection  nous n'avons pas d'autre choix que de voter pour son adversaire.
3 - En signant cet appel, vous signifiez que c'est un barrage on FN et non un soutien à E.Macron.
4 - Pour avoir une chance de contrer les politiques libérales et régressives qui risquent d'advenir, il faut  que les "mouvements politiques et citoyens de transformation sociales et environnementales" s'unissent aux législatives et après.

… vous pouvez signer l'appel en ligne sur le site:   www.1maispas3.org  



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