L’illettrisme maladie honteuse des abattoirs

Macron, le frais émoulu ministre de l'Economie, se fait taper sur les doigts à la suite de propos sur l'illettrisme des salariées de chez Gad. Quoi qu’on pense du bonhomme et de son gouvernement, il est décidément des vérités qui ne sont pas bonnes à dire. Ou peut-être que certains ne veulent pas entendre, afin de protéger l’agroalimentaire breton au-delà du raisonnable.

Macron, le frais émoulu ministre de l'Economie, se fait taper sur les doigts à la suite de propos sur l'illettrisme des salariées de chez Gad. Quoi qu’on pense du bonhomme et de son gouvernement, il est décidément des vérités qui ne sont pas bonnes à dire. Ou peut-être que certains ne veulent pas entendre, afin de protéger l’agroalimentaire breton au-delà du raisonnable. C’est ce que l’on peut penser à lire les réactions de Malgorn et Le Fur. Quant à la déléguée CFDT, elle s’enfonce dans les marécages de la mauvaise foi et du déni. Et tous, les uns autant que les autres, ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent : pour eux, « illettrisme » est un gros mot. Ils ignorent sans doute que cette maladie prétendument honteuse affecte près de 10% des Français. C’est justement la honte, qui freine pas mal de gens, préférant se cacher que de s’inscrire dans des ateliers qui pourraient les en guérir. Pour info, l’illettrisme, terme inventé par ATD Quart Monde, caractérise des difficultés à l’égard de la lecture et de l’écriture, de la part de gens qui savent ou ont su lire et écrire, mais en ont pour la plupart perdu l’usage, souvent à cause de leur activité professionnelle. On pourrait ajouter que la France, avec son formidable arsenal éducatif, laisse sur la carreau 20% de ses jeunes à la fin de leur scolarité. Ou que 30% des CAP sont en difficulté vis à vis de la lecture. Pour en revenir à nos chers ateliers de découpe, une étude a en effet conclu qu’il y avait 40% d’illettrisme chez Gad et 30% chez Doux. Cela a d’ailleurs donné lieu à la mise en place d’ateliers pour prendre en charge les licenciés de l’agroalimentaire, dans le cadre du Pacte d’avenir pour la Bretagne. J’enverrais bien Malgorn à la chaîne pour qu’elle se rende compte de ce que ça signifie, physiquement et intellectuellement, ce genre de boulot… mais il serait sans doute préférable de l'envoyer directement à l’abattoir ! De toute façon, ces boîtes ne trouvent pas d’employés et sont obligées d’aller les chercher en Roumanie (250 employé sur 850 chez Gad à Lampaul, au moment de la fermeture).

Pour info, dans le Film A la lettre, de Marianne Bessy, consacré à l’illettrisme en Bretagne, on voit un employé de chez Gad pris en charge dans un atelier de remise à niveau. Il explique n’avoir reçu aucune formation durant toute sa carrière (23 ans). On s’aperçoit aussi que c’est un cadre de la boîte qui l’a orienté vers cette formation, à laquelle la direction s’est montrée favorable, aux dires de l’animatrice (et à la grande surprise de l’employé, d’ailleurs). Ça bougerait un peu, donc. Mais dans ce cas, c’est un peu tard. J’ai aussi des potes du Morbihan qui forment à la vidéo des employés licenciés de chez Gad. Ils avaient l’impression d’être stupides et de n’exister qu’à travers leur travail. Ils retrouvent une dignité depuis qu’ils sont au chômage ! La défense de l’emploi a bon dos. Elle dissimule d’autres intérêts : ceux des exploiteurs de ces pauvres gens. 

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