Arkéa : et si on oubliait tout ?

Le projet d’indépendance porté par Jean-Pierre Denis menace les collaborateurs et sociétaires du Crédit Mutuel Arkéa. Il est encore temps de faire machine arrière.

Par un sociétaire inquiet

Une clarification aussi attendue qu’inquiétante. Tout récemment, notre banque, le Crédit Mutuel de Bretagne (Arkéa), a été contrainte par l’Autorité des marchés financiers (AMF) de présenter son « document de référence actualisé ». Et force est de constater que celui-ci n’a plus rien à voir avec le premier « document de référence » présenté par Jean-Pierre Denis. Acculés, nos dirigeants sont obligés d’admettre publiquement que leur projet de « désaffiliation unilatérale » est une folie. Ce qui ne les empêche apparemment en rien de poursuivre leurs funestes desseins.

Dans ce document, que chacun d’entre nous, les sociétaires du CMB, peut consulter sur le site de la banque depuis le 29 août, nos instances dirigeantes reconnaissent — enfin ! – noir sur blanc les dangers de l’indépendance du Crédit Mutuel : « la désaffiliation du Groupe Crédit Mutuel Arkéa de l’ensemble Crédit Mutuel est complexe et les incertitudes et risques associés existent », écrivent-elles. À commencer par « les éventuels (sic) enjeux commerciaux liés à la perte de la marque “'Crédit Mutuel”' », dont il faut rappeler ici qu’elle est la marque bancaire préférée des Français.

La désaffiliation, reconnaissent également nos dirigeants, aura « des conséquences qui peuvent être difficiles à appréhender », Arkéa ne pouvant « garantir que le projet sera conduit à son terme, qu’il ne devra pas faire l’objet de modifications majeures par rapport à ce qui était initialement prévu ou que des difficultés nouvelles émergent lors de sa mise en œuvre ». En d’autres termes, Jean-Pierre Denis et consort avouent qu’ils n’ont aucune idée de là où ils emmènent notre banque, ses clients et ses sociétaires.

De fait, nous avons de quoi être inquiets. D’autant plus que la Banque centrale européenne (BCE) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (APCR) ont prévenu nos dirigeants que s’ils parviennent à l’indépendance, le CMB perdra son statut mutualiste. Et ce n’est pas la mention, dans le document de référence actualisé, d’une future banque « aux valeurs mutualistes » qui a de quoi rassurer les sociétaires, nous qui sommes justement si attachés à ce statut. À raison, puisqu’il a été prouvé qu’il est un facteur de stabilité et de résilience, notamment en cas de crise financière, comme celle que nous avons vécue en 2008.

Si le projet de Jean-Pierre Denis est dangereux pour notre banque, il est aussi plein d’incertitudes pour l’avenir de ses collaborateurs. Nos dirigeants ont beau clamer que l’indépendance est le seul moyen de défendre les emplois, la réalité est toute autre. La Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) ne dit pas autre chose, elle qui a tenu à exprimer « sa vive inquiétude vis-à-vis d’un aventurisme lourd de risques pour les sociétaires et salariés du Crédit Mutuel Arkéa et pour le mutualisme ».

Un avis partagé par d’anciens salariés et syndicalistes d’Arkéa, comme Roger Le Bris, selon qui « on ne peut défendre ce projet de scission au nom de l’emploi ». En réalité, aucun des salariés d’Arkéa n’est assuré de conserver son poste. Dans le même temps, notre direction use de pressions et manipulations inacceptables pour convaincre les salariés de soutenir son projet de sécession. Il ne fait désormais plus aucun doute que Jean-Pierre et ses amis servent leurs seuls intérêts personnels — leurs salaires dignes de PDG du CAC 40 en témoignent — et non ceux du groupe. « Sous couvert de défense de l’emploi, totalement surréaliste, nous sommes en situation d’un pillage financier hors-norme », accuse encore Roger Le Bris.

Il est encore temps de dire « stop »

Est-il donc trop tard pour sauver notre banque d’elle-même ? Je ne le crois pas. Il sera toujours temps de faire marche arrière et de renoncer à ce projet insensé. L’exemple de Frédéric Ranchon, le président d’Arkéa Massif Central, le prouve. Devant les dangers du projet de Jean-Pierre Denis, la caisse régionale a décidé de quitter Arkéa pour rejoindre le CM11-CIC, au plus tard le 1er janvier 2020. « Après avoir critiqué la centralisation dont ferait preuve le Crédit Mutuel, (Jean-Pierre Denis) présente un projet encore plus centralisé. Après avoir prétendu défendre l’emploi, il n’a, à ce jour, pris aucun engagement en ce sens », dénonce aussi Frédéric Ranchon.

Dès lors, « quitter Arkéa était la seule décision à prendre. L’incertitude et les menaces qui planent sur le projet d’indépendance porté par Jean-Pierre Denis nous l’imposaient. Nous ne l’avons pas fait par ambition personnelle, mais dans l’intérêt de nos sociétaires et collaborateurs », conclut le président de la caisse du Massif Central. Comme Frédéric Ranchon, les sociétaires d’Arkéa doivent s’unir pour porter, d’une seule voix, ce message à Jean-Pierre Denis : nous voulons un retour à la normale. Il est encore temps d’arrêter cette folie.

 

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