Jean-Pierre Denis (Arkéa) - Robert Lafont, même combat ?

Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel Arkéa, et le patron de presse Robert Lafont (avec un seul « f »), semblent être faits du même bois. Les deux hommes, dont la réputation n’est plus à faire, ont même décidé d’unir leurs forces au service de l’aventureux projet de Jean-Pierre Denis.

Deux hommes que leur réputation précède 

« Un gros radin », « un serial-copieur », « un flibustier »… Tels sont les sobriquets dont a hérité l’éditeur Robert Lafont durant sa carrière, relate Le Monde. Jean-Pierre Denis, le président du Crédit Mutuel Arkéa, est quant à lui qualifié par certains de « Rastichirac », d’homme « capable de mauvais coups » ou encore d’« abrasif ». 

Le premier « fait de la presse sans journalistes ». Sa technique ? Le copier - coller. À la tête du groupe de presse Entreprendre-Lafont Presse, Robert Lafont détient plus de 80 magazines mensuels, dont le plus célèbre : Entreprendre

« Lafont fait des journaux avec des bouts de ficelle — souvent très grosse, la ficelle », déplore ainsi François Krug, journaliste au quotidien Le Monde. Ses magazines regorgent en effet de copier-coller d’articles - publiés par des concurrents ou dans d’autres magazines appartenant au groupe - et parfois même de pans entiers de pages Wikipédia.

Des méthodes douteuses qui ont d’ailleurs fait l’objet d’une enquête du YouTubeur Sylvain Szewczyk, en janvier dernier. Contacté par ce dernier au sujet des nombreux copier-coller présents dans ses revues, Robert Lafont se dédouane de toute responsabilité et affirme avoir été « victime » de l’un de ses employés…

De son côté, Jean-Pierre Denis est lui aussi pointé du doigt pour ses pratiques discutables. Souvent comparé au célèbre personnage de bande dessinée, Iznogoud, pour avoir sans cesse cherché à prendre la place de ses supérieurs — calife à la place du calife —, que ce soit lors de son passage à l’Élysée, à Vivendi et au Crédit Mutuel, le Breton ne souhaite aujourd’hui qu’une chose : obtenir l’indépendance d’Arkéa, la filiale bretonne du Crédit Mutuel.

Pour mener à bien son projet, Jean-Pierre Denis — accompagné de son bras droit, Ronan Le Moal, l’actuel Directeur général d’Arkéa — n’a ainsi pas hésité à faire pression sur ses salariés pour que ces derniers aillent battre le pavé à Paris en faveur de l’indépendance de la banque. « Dans la première manif payée par une banque », titrait alors Le Parisien.

Jean-Pierre Denis traîne d’autres casseroles : des émoluments dignes d’un PDG du CAC 40 — près d’un million et demi d’euros par an —, un siège au conseil d’administration de Kering, qui détient le record français en matière d’évasion fiscale, ou encore une place au conseil de surveillance du fonds d’investissement Tikehau Capital, qui n’a pas hésité à s’attacher les services de François Fillon après que celui-ci a été contraint de mettre un terme à sa carrière politique. Ce dernier est aujourd’hui poursuivi par la justice dans une affaire d’emplois fictifs.

Entreprendre, un groupe « indépendant » pro-Arkéa

Les deux hommes ne partagent pas seulement un goût prononcé pour les méthodes contestables. Ces derniers sont, semble-t-il, au diapason en ce qui concerne l’indépendance d’Arkéa. Entreprendre, le magazine phare de Robert Lafont, est même l’un des plus fervents militants pro-Arkéa qu’on puisse trouver. Celui-ci, en plus de s’être fait le relais d’articles favorables à Arkéa publiés chez des concurrents, est même allé jusqu’à interpeller l’actuel ministre de l’Économie, Bruno Lemaire, pour que ce dernier se prononce en faveur de la banque bretonne.

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Fidèle aux pratiques du groupe, le magazine n’a ainsi pas hésité à annoncer qu’Arkéa avait obtenu son indépendance — même si c’est faux — à la suite d’un vote des caisses locales de la banque. Un vote qui a d’ailleurs été fustigé en interne pour son manque de transparence.

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Dernière action du magazine en faveur d’Arkéa : un article à charge contre l’association « Restons Mutualistes », qui défend l’unité entre le Crédit Mutuel et sa filiale bretonne. Dans ce texte, publié le 11 juillet dernier, l’association est qualifiée de « paravent » faisant partie d’une « opération de propagande et d’influence du Crédit Mutuel face à sa composante, le groupe Arkéa ».

Accuser l’association d’être un outil de propagande au service du Crédit Mutuel, c’est oublier bien vite le collectif « Avis de tempête », qui a été créé par nulle autre que la direction générale d’Arkea, dans le seul but de promouvoir l’indépendance de la banque, ou encore le « collectif de salariés » Vent Debout, lui aussi piloté par la direction de la banque, dans l’objectif de simuler une adhésion des salariés d’Arkéa au projet de leurs patrons.

Par ailleurs, si l’article affirme que l’association « Restons Mutualistes » n’a pour objet que de faire du lobbying en faveur du Crédit Mutuel et à l’encontre d’Arkéa, celui-ci se garde bien d’informer le lecteur que la banque bretonne a de son côté déboursé « entre 900.000 et 1 million d’euros » en lobbying en 2018, faisant de celle-ci l’une des 10 entreprises françaises ayant le plus dépensé dans cette activité, loin devant le Crédit Mutuel.

D'autant que cette fourchette ne prend pas en compte les émoluments que pourrait avoir versé Arkéa au groupe Robert Lafont pour la publication de ces articles zélés. La question se pose en effet : le militantisme du magazine Entreprendre en faveur des intérêts d'Arkéa a-t-il donné lieu à un contrat, et donc à une rémunération, à part entière, venant s'ajouter à celui concernant l'achat d'espaces publicitaires ? Le contraire serait étonnant, les actions pro bono ne faisant pas partie des méthodes habituelles de Robert Lafont. 

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