Hydroélectricité oui ! Mais pas n’importe quoi !!!

L’hydroélectricité est une belle énergie renouvelable, cependant elle est hiérarchisée, de la plus précieuse à la plus inutile. Et puis, savez vous, l'été est différent de l'hiver.

L'énergie hydroélectrique la plus précieuse est celle des Stations de Transfert par Pompage (STEP), comme un accumulateur rechargeable. De même que celle des retenues des grands barrages, délivrée exactement à la demande, par exemple ce que fait l’aménagement EdF de Tignes Malgovert en Haute Tarentaise.

Les aménagements sur les cours d’eau produisent « au fil de l’eau » une énergie dite « fatale » car elle n’est pas disponible sur commande : c’est le cours d’eau qui décide. Sa quantité, sa régularité, son caractère renouvelable en font une énergie de grande qualité.

L’énergie la plus inutile, c’est celle qui n’est disponible qu’en été alors qu’à cette période la capacité globale de production est le double de la consommation : le cas des torrents de montagne qui n’ont pas d’eau l’hiver. Energie renouvelable, certes, mais à grands frais pour le consommateur à cause des systèmes de subvention financés par la CSPE de la facture, aubaine dont profite l’industriel. Dénoncé comme « bulle spéculative » par la Commission de Régulation de l’Energie elle-même.

Ce sont les cours d’eau qui fournissent l’hydroélectricité, mais pas que. Ils sont aussi une part essentielle de notre patrimoine naturel, en danger.

L’hydroélectricité n’est pas gratuite, l’effet environnemental des aménagements n’est pas nul.

A titre d’exemple, la vallée de Peisey-Nancroix en Savoie est un des principaux contributeurs de Malgovert, au prix de la perte de 3 sur 4 de ses grandes belles cascades emblématiques de la vallée du Ponthurin, et de l’assèchement partiel de l’un des plus beaux torrents des Alpes. Ce qui produit de l’électricité pour alimenter 36 fois la population de Peisey (sans toutefois que la commune perçoive la moindre redevance !).

Un autre exemple tout aussi emblématique est le Nant Bénin, lui aussi dans le Parc National de la Vanoise, dans un état écologique tellement exceptionnel qu’il a reçu le 23 mai 2017 le label AFNOR « Site Rivière Sauvage », le premier dans les Alpes, maintenant menacé de disparaître dans la conduite forcée d’une microcentrale ne pouvant produire qu’en été. Projet porté par GEG-ENGIE, très largement refusé par la population (10 000 signatures, constaté par huissier) ainsi que par un avis ferme du CSRPN-ARA.

L’écologie est affaire de compromis, l’opposé de toute attitude dogmatique comme celle voulant faire à tout prix et partout des quantités infimes de l’énergie fatale la plus inutile au prix de la destruction des dernières rivières joyaux de notre patrimoine naturel.

Pour illustrer les ordres de grandeur, le chiffre du minimum de consommation nationale en été est celui (théorique) de la production de 20 000 microcentrales. L’utilité d’en construire une, c’est zéro (précisément 0,00005). Il y a mieux à faire.

Une juste balance doit être faite. Il a été démontré et publié dans une revue scientifique que la valeur des services écosystémiques rendus par un cours d’eau en bon état est largement supérieure à celle de quelques MWh de plus consommés aussitôt produits. En particulier dans un petit village très touristique et connu dans le monde entier, porte du Parc National.

C’est le bon sens même que de ne pas produire à grands frais et à fonds publics perdus l’énergie la moins utile et la plus coûteuse pour l’environnement. En termes de solidarité pour les générations futures, il faut que notre patrimoine environnemental soit préservé, face à l’appétit destructeur sans contrôle et sans limite de groupes dont seul le but lucratif compte. D'autant plus que les fonds de la CSPE qu'ils s'approprient auraient pu, par exemple, financer des économies d'énergie.

En effet, selon la Directrice de Engie à Davos, à l’heure actuelle, les enjeux dans le domaine de l’énergie ce sont les Négawatts, tout ce que l’on ne consomme plus. C'est pourquoi le fait de subventionner la construction de microcentrales ne pouvant fonctionner qu'en été est contraire à l'intérêt public.

Selon l'UICN, la construction de microcentrale sur un torrent de montagne ne pourrait être justifiée que dans une zone non connectée au réseau.

Le fait que l’appel d’offres du ministère de l’écologie n’ait pas exclu les torrents en particulier ceux qui coulent dans les Parcs Naturels est très inquiétant. Il faut absolument soutenir la CRE et le Ministère pour leur indépendance vis à vis du lobby industriel.

Il faut aussi, selon les instructions du Ministère, que l’information et la participation du public, droits fondamentaux, soient faites le plus en amont possible, et que l’opportunité des projets soit examinée dans une approche écologique globale et véritablement dans le sens de l’intérêt public. Et loin du fait accompli.

Pas de microcentrale sur les torrents de montagne !

Gérard Merle, association Nant Sauvage à Peisey.

 

CSPE : Contribution au Service Public de l’Electricite

GEG : Gaz et Electricité de Grenoble

CRE : Commission de Régulation de l’Energie

UICN : Union Internationale pour la Conservation de la Nature

CSRPN-ARA : Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel Auvergne Rhône-Alpes

extraits de l’avis du 12/10/2017 :

Le CSRPN rappelle que le Nant Bénin a été labellisé « rivière sauvage » sur une série de

critères rigoureux et que ce torrent et son bassin versant sont à préserver au regard de leur

grande richesse et de leur caractère d’enclave relique.

Le CSRPN conteste fortement les conclusions de l’étude d’impact réalisée dans le cadre

du projet de micro-centrale électrique. Le CSRPN reconnaît la haute valeur patrimoniale

du Nant Bénin, cours d’eau oligotrophe d’altitude en très bon état écologique, et des

milieux associés. Par conséquent, le CSRPN émet un avis défavorable au projet de

micro-centrale électrique, et demande que toutes les mesures soient prises pour assurer

la préservation de ce patrimoine naturel.

 

 

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