Le Capital Social de Bourdieu contre le Revenu Universel de Macron

Deux idées pourtant très similaires mais que tout oppose. L'une représente et personnifie la volonté politique d'aider le pauvre et la seconde représentée par la startup iMiniMi  propose un modèle de transformation douce. Comparons ces 2 approches qui se rejoignent sur un objectif commun mais s'opposent dans la méthode.

 

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L'idée du revenu universel fait son chemin. Certaines régions du monde le mettent déjà en œuvre, certains l'ont testé, puis abandonnée, Emmanuel Macron a introduit l'idée en Septembre 2018 pour en faire une proposition de l'année en cours. 

 

Ce choix de société consiste à verser à chaque citoyen un revenu minimal sans condition. Cela revient à dire que chaque citoyen recevrait par exemple 500€ mensuellement sans avoir à le "mériter" d'une quelconque façon. Ni en travaillant, ni en investissant, ni même en bénéficiant d'un héritage familial ou d'un gain chanceux à la loterie nationale.

 

Cette approche est très différente de ce qui s'est pratiqué de tout temps. L'argent est une abstraction de la valeur. Toute heure de travail ou toute chose ayant de la valeur est transformée en ce concept abstrait qu'est l'argent et est reliée au monde réel par un objet (pièce ou billet) ou par la garantie que présente la banque qui certifie que cet argent existe.

Donc à l'origine de l'argent, il y a du travail ou de la matière. Or l'idée est ici de distribuer cette valeur aux citoyens sans rien leur demander en retour. Une utopie semblerait-il dans un monde où le travail et la croissance sont au cœur de chaque élection présidentielle.

 

L'ère dans laquelle se développe cette idée permet à ses adeptes de ne pas passer pour des fabulateurs. Nous sommes à l'aube d'une période de l'Histoire de l'humanité où le travail va être bouleversé, plus radicalement que jamais. L'intelligence artificielle nous promet la fin de métiers que nul n'aurait imaginé voir disparaitre, tellement la complexité qu'ils impliquent est conséquente. Des métiers comme la chirurgie, la justice ou l'enseignement.

Si les défenseurs de l'intelligence artificielle nous soutiennent mordicus "ne vous inquiétez pas, cela va créer plus de travail que ce que cela ne va en supprimer"… La plupart des gens, du fait de l'expérience des précédentes révolutions industrielles, a plutôt tendance à rester prudents. Et considérer que, comme pour la production industrielle robotisée, les conséquences sur l'emploi seront funestes. 

 

L'autre approche, proposée par la startup iMiniMi est une approche par l'investissement. La startup propose un système de parrainage assez novateur. Quiconque permet la diffusion de son produit -une application smartphone-, reçoit un gain qui lui est reversé chaque mois. Cela transforme le système de parrainage habituel en une sorte de revenu mensuel. 

 

Commençons par le commencement. Qu'est-ce que iMiniMi ? Cette startup Française propose une application mobile qui permet aux commerçants de gérer leur marketing client. Des cartes de fidélité dématérialisées, un fichier client et un système de messages promotionnels pour faire revenir les clients dans les centre villes et les inciter à consommer local. 

La startup propose donc aux commerçants un système payant, bien que peu onéreux. Mais c'est bien à travers son système de parrainage qu'elle invente un modèle de fonctionnement radicalement nouveau. Ces "MiniParrains" sont des particuliers qui commercialisent l'application auprès de ses commerçants localement. Et le paiement de l'abonnement par le commerçant est en partie reversé au parrain qui en échange prend en charge le "coaching" de ses commerçants localement.

 

En faisant cela, la startup sort d'un modèle classique de génération de marge brut, pour proposer un moyen de devenir un "mini rentier", pour tout citoyen qui souhaite investir son capital social. 

 

Ce concept de capital social, fût proposé par le sociologue français Pierre Bourdieu, pour distinguer ceux qui possèdent le "capital économique" de ceux qui en sont démunis. Démunis mais possédant tout de même une autre forme de capital, celui du réseau de connaissances. La solidarité dans les zones en difficulté est davantage répandue que dans les quartiers aisés, où l'individualisme prime.

 

C'est donc ce capital que chacun peut investir à travers le système mis en place par cette application. Au-delà de la bonne idée proposée par iMiniMi, ce concept peut devenir concurrent des dispositions politiques de revenu universel.

Imaginons un instant que le modèle proposé ici devienne plus répandu dans l'univers startup, nous serions des millions à investir notre énergie et notre réseau pur devenir de petits rentiers. Face à la disparition du travail par l'automatisation à grande échelle, nous pourrions survivre malgré tout et ce sans être dépendants d'une volonté politique qui augmente le revenu minimal en temps d'élection et le réduit pour rembourser une dette. Il permettrait de palier à cet avenir potentiellement sombre promis par les géants de l'Uberisation et de l’intelligence artificielle. 

 

Le revenu universel peinera sans doute à se mettre en place. Dépendant de volontés politiques et encore impopulaire en France à cause de ses allures d'aumône. Il pourrait céder la place à une offre de produit et de services qui ramènent la richesse et l'argent à sa valeur première, celle de l'investissement : Investir son temps, son énergie, son réseau (capital du pauvre) mais mériter ce revenu tout en étant indépendant.

 

L'effort d'abstraction qui a permis de créer l'argent a fini par nous faire oublier ce qu'il y avait derrière chaque billet de banque… des gouttes de sueur, une bonne idée, un objet de valeur à céder… Il serait sage de ne pas se lancer dans une abstraction de l'abstraction.

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