UN AVANT ET UN APRÈS « COVID-19 » DANS NOS ORGANISATIONS, VRAIMENT ?

Entreprises et organisations sont brutalement appelées à changer de modèle. Le moment idéal pour repenser la méthode ? Par Gauthier Franceus et Nicolas Saydé

Une journée « Imagine le monde de demain » en radio, un cahier spécial sur l’après-covid en presse, une multitude d’articles sur le web, etc. Les médias témoignent de l’importance de saisir la balle au bond pour réinventer un futur nouveau, évoluer vers de nouveaux paradigmes, être dans la rupture par rapport au monde d’avant. Un tel engouement est a priori enthousiasmant. Cet élan se propagera dans certaines entreprises et organisations qui entameront des chantiers de réflexion ou de réinvention. Selon la finalité visée, cela est tout aussi enthousiasmant. Pour certaines entreprises, il s’agira de redonner du sens en interrogeant l’impact environnemental des activités. L’impact sociétal pourra lui aussi trouver place à l’agenda. Pour d’autres encore, les réflexions porteront sur les façons de fonctionner et de faire ensemble.

Mais peut-on réellement se réinventer en appliquant les méthodes du passé ?

Le réflexe de la verticalité

Dans la plupart de nos entreprises et organisations, pour répondre rapidement et efficacement, la verticalité sera le premier réflexe. Depuis des décennies, les décisions viennent du haut. Les comités de direction, les groupes d’experts, les responsables hiérarchiques sont ceux qui détiennent davantage de possibilités d’imposer leurs idées et leurs solutions aux membres des équipes.  En dépit du fait qu’elle soit presque généralisée, cette approche conventionnelle possède de sérieuses limites. Et l’appliquer dans le cadre des réflexions sur le futur n’échappera pas à ces limites. D’abord, l’adhésion et l’engagement des collaborateurs pour les solutions venant du haut seront faibles. Chacun souhaite contribuer aux décisions et solutions qui le ou la concernent et qu’il ou elle sera amené(e) à mettre en œuvre. De plus, se priver des acteurs de terrain dans les réflexions engendrera des décisions plus éloignées de la réalité.   

La tentation de l’horizontalité

Certaines organisations seront dès lors tentées par l’horizontalité pour trouver des solutions innovantes aux défis du moment. L’utilisation de méthodes et d’outils participatifs sera envisagée pour mener des initiatives de réflexion et faire émerger des nouvelles idées. Mais les utiliser dans un but de consultation uniquement ne sera pas suffisant. Trop nombreux sont les travailleurs qui se plaignent d’avoir été consultés par le passé sans avoir été écoutés. Un simulacre de consultation sera contre-productif. L’innovation sera d’aller plus loin en permettant à chacun d’exprimer ses idées mais surtout d’être associé aux décisions partout où c’est possible. La véritable innovation sera de décider ensemble quelles sont les propositions qui doivent être mises en oeuvre ! 

Un changement de regard

L’horizontalité ne se décrète pas. Non, il ne suffit pas lancer une nouvelle consultation ou de créer une nouvelle boîte à idées pour faire émerger des propositions. Il ne suffit pas non plus de mettre des personnes dans une pièce avec des post-it pour que l’intelligence collective produise ses effets. Bien sûr, il existe des approches et des outils pour réfléchir différemment ou pour produire des idées créatives. Mais ces méthodes participatives nécessitent avant tout un changement de posture, parfois même de croyance pour accepter un processus souvent plus long et laborieux. Elles invitent nos décideurs à changer de regard sur eux-mêmes et sur les autres. Elles impliquent de se libérer de son égo et de ranger son costume de super-héros ou d’accepter que quelqu’un d’autre puisse l’enfiler. Lâcher prise, écouter activement, ne pas chercher à avoir raison à tout prix ou faire confiance au groupe sont autant de conditions pour obtenir des solutions puissantes qui engageront chaque membre de l’équipe.

Lier notre “Je” au “Nous”

Cet ennemi invisible qui a surgi sans prévenir nous rappelle avec force que nous faisons partie d’un ensemble qui nous dépasse. N’attendons pas la prochaine catastrophe pour nous rendre compte de la valeur ajoutée du “NOUS”, y compris dans nos organisations. Au moment d’aborder les chantiers de réinvention, le premier réflexe sera d’y répondre par le haut, parfois après avoir consulté les niveaux inférieurs, mais trop rarement après avoir adopté un changement plus profond dans la posture de leader. 

Pourtant, ce n’est qu’en liant notre « JE » au « NOUS » dans nos entreprises et organisations que ces dernières parviendront à évoluer ou à se réinventer afin de contribuer réellement et durablement à un monde meilleur.



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