Slam, un mot anglais qui rappelle dans nos souvenirs la performance poétique née aux années 70 aux États-Unis mais que dans le milieu gay d’aujourd’hui assume d’autres significations. Le SLAM c’est la consommation de drogue dans le cadre de relations sexuelles à plusieurs et désigne l‘injection de produits de type psychostimulant. La méphédrone peut être consommée par différentes méthodes mais l'injection génère des effets plus puissants et plus rapides. En effet beaucoup d’usagers mettent en évidence que cette dernière méthode est également un moyen d’expérimenter des sensations de manière plus rapide et intense et de s’autoriser des pratiques plus hard (Foureur et al. 2013). Dans le « plans slams » toutes les substances, surtout les cathinones et de méthamphétamines, sont injectées en intraveineuse.
La combinaison entre la drogue et le sexe s’avère connue depuis l’antiquité. Ce qui change aujourd’hui, avec l’émergence du Chemsex consiste dans la puissance des effets des psychotropes utilisés. Depuis déjà quelques années, un peu partout dans les pays développés, se développe l’usage de substances stimulantes dans un contexte sexuel, qualifié de Chemsex. Des substances à l’instar du GHB, de la méthamphétamine, de la cocaïne ou encore des cathinones sont donc utilisées notamment dans les milieux festifs homosexuels pour prolonger, augmenter et améliorer la performance sexuelle (Westphal, 2017). Ils possèdent de surcroit, la particularité d’être empathogènes (autrement dit d’améliorer l’empathie) et d’inhiber toute sorte de souffrance. L’enquête Prevagay menée en 2015, avait mis en évidence les comportements des HSH en milieu festif avec le résultat suivant : Les usagers ont déclaré avoir eu plus de pénétrations anales non protégées avec des partenaires occasionnels de statut VIH différent ou inconnu (48.8% vs 25.8%) plus de pratiques BDSM (31.6% versus 11.6%), incluant la pratique du fist (18.1% vs 38.3%). Actuellement la pratique du chemsex concerne 2 HSH sur 10, de 3 à 4 fois supérieure à celle observée en population générale en France. Dans une tribune publiée en 2021 en ligne[1], le docteur Thibaut Jedrzejewski alerte sur le danger Chemsex dans la communauté gay : « bien que les produits soient devenus plus visibles et disponibles sur Grindr –les profils proposant des chems semblent se multiplier depuis quelques années et se diffuser dans toute la France, même dans les coins les plus reculé ». La presse se fait l’écho d’opinions, de mises en garde, de moralismes. Les journaux n’hésitent pas à utiliser de titres tapageurs voire alarmistes. « Paris s'inquiète du phénomène Chemsex »[2] indique 20minutes qui dans d’autres articles très moralisateurs s’efforce de mettre en relation cette pratique avec le SIDA : « Un militant alerte sur les liens entre le SIDA et cette pratique sexuelle ». Pour Le Parisien, les ravages du chemsex sont en pleine expansion en Île-de-France. Selon l’étude Sea, Sex and Chems en date de novembre 2021, le phénomène devient inquiétant pour les services de santé. Selon cette étude, entre 25 et 30 % des inscrits à GRINDR seraient de consommateurs de ces substances.
Ceci conduit Jamie Hakim à s’interroger : « Pourquoi le Chemsex fait-il le bonheur des uns et le malheur des autres ? »[3] L’une des argumentations soulevées consiste à soutenir que d’un point de « vue historique, le sexe permet aux hommes gais de se sentir ensemble » face aux normes et aux codes du néolibéralisme. Cette considération rappelle les prises de positions parues dans une tribune dans laquelle les souscripteurs rappelaient que « Le clubbing gay, l’Xta, la pilule de l’amour, la MDMA, les afters sex, les after parties d’after party ont toujours fait partie intégrante d’une expression de liberté qui échappe aux diktats hétéro-normatifs »[4]. A tout cela, il convient également de nommer le pendant de l’homosexualité, souvent occulté, à savoir : l’isolement d’une partie d’homosexuels. C’est pourtant dans les capitales que le phénomène s’avère le plus répandu, par le biais des applications de rencontre. « Partouzes » rassemblant une dizaine d’hommes organisées de façon habituelle, les weekends, « marathons du sexe » pouvant se prolonger jusqu’à 72 heures. Les afters font partie intégrante du divertissement. Les personnes se livrant à ces pratiques, ont l’impression de ne pas se droguer mais de faire du Chemsex. Elles considèrent souvent se trouver dans la légalité et être en sécurité. Cette pratique ne se rapporte pas uniquement à certaines pratiques (les partouzes) mais intéresse également les pratiques sexuelles dans un sens large : activité masturbatoire excessive, drague continue sur les applications de dating. Grindr, Tinder, Romeo représentent a priori, les principales plateformes de deal. Le chemsexeur vit dans un état de « puissance » illusoire qui se structure au travers de la réalisation de leurs fantasmes. Le chemsex multiplie le plaisir, donne accès à un état de satisfaction physique jamais éprouvé (Westphal, 2017). Alexandre Aslan, infectiologue et sexologue indique que « les produits utilisés vont rendre le contact sexuel à l’autre plus facile, l’expérience sensorielle plus intense, et surtout provoquer une excitation majeure ». Ceci soulève une question majeure relative à l’addiction. Comment ces personnes peuvent-elles envisager leur sexualité sans ces substances ? Pour les personnes addictes, cela n’apparait pas possible. Les questions de lucidité et de consentement éclairé se trouvent annihilés du fait de la pluralité des partenaires et de la consommation de psychotropes.
[1] https://www.komitid.fr/2021/03/29/chemsex-medecin-thibaut-jedrzejewski-reclame-un-sursaut-de-la-communaute-lgbti/
[2] https://www.20minutes.fr/societe/3181127-20211124-paris-inquiete-phenomene-chemsex-diffuse-grande-echelle-capitale
[3] The rise of chemsex : queering collective intimacy in neoliberal London
[4] https://tetu.com/2017/02/08/chemsex-nouvelle-dangereuse-tendance-sexe-gay/