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Le Club de Mediapart ven. 26 août 2016 26/8/2016 Dernière édition

sans souci de l'heure ni du lieu

Ici, c'est un ici très particulier. On n'y fait que parler, envoyer des images. Parler tout seul, parfois, mais pas pour se parler à soi-même ;quoique...

Parler surtout par écrit.. On ne peut être trahi par une attitude, une expression, un geste ; on peut (on doit) revenir sur ce que l"on vient de dire, le compléter, le corriger, en prenant ou en volant le temps. On peut "entendre" les autres, avec le même temps possible de retour sur ce qu'ils ont dit, de réflexion sur les motifs et les raisons de ce qu'ils -elles disent. On peut "écouter" quelqu'un qui ne sait pas même que vous existez, lui parler sans savoir qui elle-il est. On peut avoir un vilain mot, ou une phrase trop rapide ; mais jamais un vilain geste.

On a, ici, les moyens de se montrer "raisonnable et humain", tels que le papa d'Axel Kahn l'adjurait d'essayer d'être. On peut ridiculiser et haïr la bêtise, sans étendre la haine à ceux qui en sont affligés. On peut, petit à petit, connaître certaines et certains, qu'on va fréquenter de plus près, sans mordre sur leurs temps contraints, ni qu'ils empiètent sur les vôtres. Ces certaines et certains-là peuvent être de partout et de nulle part, d'aujourd'hui ou d'avant-hier, de goûts et activités innombrables et si divers, qu'on n'aurait pu les rencontrer nulle part ailleurs. On les rencontre comme on a rencontré Rabelais ou Shakespeare, avec l'énorme avantage qu'ils peuvent répondre ou interpeller.

On peut s'exprimer, informer et s'informer, discutailler ou débattre, raisonner. On sait qu'on aura des témoins imprévus, et il faut l'assumer. On sait qu'ici, les paroles s'envolent moins vite. On sait aussi qu'on peut parler de n'importe quoi, mais pas n'importe comment, sous peine de se voir abandonné ou dénoncé très vite, et à longue portée.

Rabelais, Voltaire, le papa d'Axel Kahn, et tant d'autres de mes amis livresques, auraient adoré cette Thélème post-moderne. Continuons de l'agrandir, de la meubler, de nous y retrouver quels que soient le lieu et le temps. A vous tous, fraternité !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires
  • 25/03/2012 22:57
  • Par pim

""On peut "écouter" quelqu'un qui ne sait pas même que vous existez, (...)"

Hé ! Hé !

"On peut avoir un vilain mot, ou une phrase trop rapide ; mais jamais un vilain geste."

ça, c'est vrai, c'est assez pratique !...

Du coup, on s'autorise ...

Ah ! les charmes du confessional, de la distanciation, du "Écoute ! Mais pas touche !" ( variante du "Regarde ! Mais pas touche !")

En un mot, tous les charmes de la séparation, du on vit ensemble, on a besoin les uns des autres, mais ... de loin, surtout !..

J'ai lu quelque part que le système des castes serait né, en Inde, d'une volonté de la cate sacerdotale, notamment, de prendre de la distance dans la promiscuité.

Mais cela n'ôte rien à la qualité de votre texte.

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