le réel ne peut avoir pour nous que les formes que nous lui donnons

Nous sommes formalisés-formalisateurs. Nous sommes matière et énergie vivante : "organisées", loin des états physico-chimiques les plus probables, en perpétuels mouvements et changements , selon nos étranges lois qui se superposent aux "lois naturelles", quelles enfreignent...tout en les respectant.

Nous, homo faber,socius, sapiens, loquens. Nous, ces primates très particuliers qui ont inventé et fabriqué les pensées et les langages, effectué des "oeuvres".

Nous pensons, parlons, écrivons .Mais nous ne pouvons le faire "qu'en humains", à la manière humaine. Et, en même temps , notre "assise animale" nous impose de le faire en primates, mammifères pourvus d'un appareil sensoriel de vision, d'audition, de toucher, d'olfaction, de gustation . C'est avec des moyens animaux de primates que nous nous conduisons en humains.

Cela nous rend capables d'étudier ce que peut être le monde d'une abeille, d'un sansonnet,  d'un daim. Et de dire comment un humain peut décrire ces mondes, qui lui sont étrangers ; mais pas de savoir comment chaque espèce peut ressentir son monde à elle...chaque individu ,son monde à lui.

Car chaque "réel" d'un être vivant est , à la fois, une reproduction du réel de son espèce; et original, puisque il n'a pu être exacrement semblable à un autre, vivre les mêmes évènements, en même temps, au même endroit, de la même façon :leur "passé", leur histoire différente font que chacun a son monde.

Il en va de même pour nous, et nous vivons mal cette hétérogénéité partout présente, qui est, en même temps, faite de similitudes,. Et la malédiction de notre pensée , ce besoin de croire que  "son" monde est celui de tous, nous porte à penser le réel "vrai" et connu de nous, à en parler, à lui attribuer des propriétés fixes et universelles.

Nous oublions aisément que nos ne pouvons ressentir, ,agir, penser, savoir, qu'à propos d'une toute petite partie du réel , et seulement à notre façon de sapiens. Nous ne saurons jamais tout , jamais rien exactement ; et la flèche du temps fait émerger à out instant du nouveau, qui reste inconnu de nous. Les formes de pensée que nous imprimons au réel ne sont pas "fausses", sans aucun rapport avec ce qu'est ce réel. Elles ne sont jamais non plus ,ni complètement et exactement "descriptives", ni définitives .

Et nous avons la possibilité dérangeante de douter, d'être étonné, d'être curieux ...et, aussi "efficaces" dans la mise en oeuvre de nos projets. Mais tout cela, un peu, pour un moment, dans des conditions données. Tout est toujours à refaire, rectifier, abandonner, imaginer, fabriquer...Et il est de pauvres humains qui s'ennuient dans un monde pour eux simple, banal, et sans surprises. Je les plains...

 

 

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