pareil...mais pas la même chose

Je relis "Le verbe contre la barbarie" (O.Jacob, 2007) ...et j'y trouve le récit d'un anniversaire de sa fille de six ans, avec comme invités deux copains de classe.

Après le repas, le gâteau. Et le papa dit à la maman :"Il est absolument exquis", puis se tourne vers les garçons : "Vous ne trouvez pas qu'il est exquis?"..."mouvement de recul"...et le papa y va d'une petite histoire pour y mettre le mot "en situation", puis donne des "voisins lexicaux" (sans les appeler ainsi, j'espère) :"succulent", "savoureux", "délicieux".

"Un des deux garçons m'interrompit d'une voix pleine d'assurance et teintée d'un léger défi:"Mais, dites dons,"eski", "eski",là, c'st un mot pour les filles!" (pour eux, "grave bon", point barre).

Je remarque, d'abord, que le papa eût pu multiplier les" voisins lexicaux" : excellent, surprenant, goûteux , "sans pareil", etc...

Il parle de "conquête des mots...comme, plus haut,il disait que le très jeune enfant "conquiert le langage"....et, ensuite, à partir de ses conquêtes, apprendre "ce que parler veut dire" (oh, voilà Bourdieu...). Et il affirme que dire à un enfant:"Je ne te comprends pas",gentiment, genre "ça m'intéresse, ce que tu dis, et je voudrais le comprendre" c'et le pousser à expérimenter, à réfléchir.

A mon avis, il n'a pas tort.A condition qu'on ne demande pas d'emblée une expérimentation de haut niveau. D'autres exemples qu'il donne me font penser qu'il est sensible à ce problème de "niveau voisin des pratiques actuelles de celui qui apprend". Et, en somme, il a la stratégie dont je parle pour tout apprentissage : d'abord pratiquer. "Faire" des choses qu'on a envie de faire ,qu'on pense pouvoir faire, ou dot on se demande si on va les réussir. Eviter la démobilisation, le "je n'y arriverai jamais" qui tue tant d'élèves.

Et je crains que, justement, il ne pense pas assez aux lecteurs potentiels de son excellent livre. Il écrit, à mon sens, "trop haut" pour que le parent ou l'enseignant lambda "morde".Bien sûr, être bardé de titres et décorations, professeur au Collège de France cela ne favorise pas une tâche d''écriture "pour tous".

Deuxième réflexion: quand je pense  aux fils où j'ai lu "pseudo"sciences de l'éducation; ou "la linguistique n'est pas une science." je mesure le chemin à faire, pour aider les clubistes qui en sont là à commencer à s'interroger sur les pratiques de langage les plus fréquentes, dont l'avalanche se déverse sur nous via les propos quotidiens "sans y penser", les pubs, les medias, la com' de toute provenance (le langage pour "gagner" quelque chose sur celui qui l'écoute ou le lit).

Je n'ose conseiller à tous la lecture de ce bouquin , qui illustre un autre propos:"en venir aux mots, plutôt que d'n venir aux mains". Ca n se lit pas comme "GALA"...mais  ceux qui s'y mettront en sortiront  en se posant beaucoup de questions sur le langage...

Et se poser des questions, c'est la clé de la caverne d'Ali Baba...

 

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