Suis mon index pendant que mon pouce t’écrase…

(Problème sur la mise en forme en première publication, lecture entravée) Merci

Les groupes dominants aujourd’hui s’appuient pour l’essentiel sur l’Etat régalien ou policier pour gérer nos libertés et nos droits, au détriment de plus en plus marqué de l’Etat social.

Je ne sais cependant pas si les démocraties libérales ont bien mesuré ou estimé le coût réel et les conséquences à court et long terme de cet abandon de l’Etat social, et de ses services qui font protection, bouclier, équilibrage sur une détresse massive.

Ils sont inconscients ou ils installent le pire.

En tout cas, ces groupes dominants dominent non parce qu’ils sont en force numérique (sauf à parler en kilos argent bien sûr), mais par des stratégies huilées de plus en plus grossières et visibles par temps de crise, de moins en moins humainement acceptables, mais de plus en plus massivement tolérées voire acceptées.

La main (visible) sur l’appareil médiatique majoritaire en diffusion (gros groupes télévisuels et radiophoniques financés par de grandes fortunes entretenues) permet un certain lavage de cerveau ou un lavage de cerveau politique certain.

L’encouragement sauvage au management performatif dans les sphères du travail n’a d’ailleurs pas d’autre fonction (« fonctionnelle ») que la captivité de toute pensée autonome de l’individu.

Mais c’est bien dans le domaine de la « novlangue » ou de la création de nouveaux concepts anti-luttes qu’ils innovent de fait le plus pour nous renverser en inversant les valeurs, avec notre consentement collectif. Les dominants ont parfaitement compris les bénéfices du maniement de la division sociale, et sa manipulation idéologique par le verbe et la stratégie de la peur primaire et de la tension perpétuelle.

Certains groupes défavorisés préfèrent ( ?) ainsi focaliser leurs frustrations sur « l’assisté » ou « le privilégié » mitoyen qui sera désigné comme le « profiteur ennemi du public » : le chômeur, l’immigré, le petit fonctionnaire… ; tandis que l’assisté de la suppression de l’ISF ou le privilégié de l’immunité parlementaire ou de l'oubli fiscal sont moins soumis à leurs devoirs qu’à leurs droits étatiques. Nous en faisons tous encore et toujours les frais ; car ce sont toujours les mêmes qui « coûtent ».

Il est aussi très convenu que de pseudos intellectuels proclamés ou figures d’autorité élues se lancent eux-mêmes dans la désignation et la purge officielle invoquée par ces grands dominants ; notamment dans la guerre promue à la division des luttes, qui occupera le terrain de la tension à bon marché et permettra aux lutteurs (de hiérarchisation) de contrôler les « dissidents » idéologiques.

Ainsi, le combat acharné est aussi mené (notamment sur les réseaux sociaux à conquérir et à matraquer) sur les nouveaux concepts d’inversion des valeurs , sur des thèmes évidemment fédérateurs dans l’aspiration justifiée à une égalité de droits : anti- racisme, féminisme, inclusion, écologie, laïcité, anti- colonialisme…. Tout est remis en cause, suspecté, et offert aux « vrais tenants » de la « vraie » lutte des classes pour leur chasse utile.

Je rappelle simplement que les dictatures, qu’elles soient de droite comme de gauche, ont souvent pour traits communs la xénophobie, la régression de la condition féminine, la discrimination des minorités, le retour de la morale puritaine, l’expression libre de la haine , en se servant justement du ferment national des haines et des différences pour faire bloc. Je rappelle que les camps de concentration ont été établis sur fichages ethniques, religieux, sexuels, et politiques.

Je rappelle que le colonialisme et le système colonial de domination économique, système mondial marchand qui consacre l’homme sous-homme comme marchandise et autorise sa traite, se fonde sur un racisme institutionnel qu’il aura fallu aussi combattre.

Je rappelle que le capitalisme repose sur l’exploitation des plus faibles, et que les femmes et les enfants ont été et sont aussi un sous-prolétariat dans le prolétariat à l’échelle mondiale.

Alors, si maintenant les « vrais tenants » des « vraies luttes » de tous et des autres préfèrent ( ?) faire leur relecture de Marx ( qui doit bien se faire chier à regarder « ses » troupes casser du « woke » identitaire dans leur propre délire narcissique), à relire l’Histoire de l’humanité à leur guise, et à se regarder toute la journée leur nombril d’occidental « universaliste européen » coincé dans les seuls phares du dix- huitième siècle, c’est leur problème.

Mais qu’ils ne viennent pas me faire chier à me donner des leçons de conduite de bonne morale et d’Histoire des bonnes et mauvaises luttes, qui font nous font perdre un temps précieux et toute énergie dans des valeurs humanistes plurielles et parfaitement compatibles.

Je déteste toutes les étiquettes de fabrication qui consacrent l’imagerie sociale par la revendication fière et béate de soi : JE suis gay, je suis écolo, je suis spéciste, je suis neuro-atypique, je suis progressiste, je suis républicain, je suis laïc, je suis ceci ou cela par pur principe ; ces étiquettes qui se vident de toute substance ou réalité une fois vidées de leur dimension socio-politique ou socio-économique.

Je suis; avez-vous vu comme je parle bien de ce que je suis?

Sinon, dans la vie, tu préfères des dents en mousse ou des bras en barbelés ?

Pour moi l’écolo bourgeois, le prolétaire raciste, le bon fonctionnaire méritant, ou l’intello expert-censeur  toujours prêt à briller dans le sérail sont aussi néfastes les uns que les autres mais servent communément aussi bien les uns comme les autres les intérêts des mêmes classes ou groupes. Et ils les servent aussi en opposition stérile.

En attendant (quoi ?), les mêmes aliénations, exploitations, privations, robotisations, prospèrent sur le même terrain de nos ressources humaines et vitales épuisées et en extinction.

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