L'irresponsabilité politique d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron se dit, dans l'affaire Benalla, « seul responsable ». Mais, comme toujours, Emmanuel Macron met en avant une forme de responsabilité morale, pour mieux fuir sa responsabilité politique.

Emmanuel Macron se dit, dans l'affaire Benalla, « seul responsable ». Et, comme toujours, Emmanuel Macron met en avant une forme de responsabilité morale. Mais – comme toujours, là aussi – c'est pour mieux fuir sa responsabilité politique.

C'était déjà le cas avec la question des migrants. Emmanuel Macron avait alors la bouche plein des mots de l'humanisme, et tançait le gouvernement italien. Mais se dédouanait de toute responsabilité politique en refusant d'accueillir l'Aquarius.

C'était le cas, encore, avec la question des dépenses sociales: il appelait ceux qui « tombent pauvres » (comme par accident) à une forme de responsabilité morale. Mais se refusait à rappeler que ce qui coûtait bien évidemment un « pognon de dingue », c'étaient des décennies de politiques économiques néo-libérales et de cadeaux fiscaux dans lesquelles – en tant que rapporteur de la mission Attali (2007), secrétaire général adjoint de l'Élysée (2012), ministre de l'Économie (2014) puis président de la République enfin (2017) – sa responsabilité politique était largement engagée (depuis maintenant plus de dix ans).

On pourrait multiplier les exemples. 

Mais le dernier exemple est bien sûr le plus ahurissant. Dans ce qui s'apparente à une affaire d'État, Emmanuel Macron se dit donc « responsable ». À défaut de pouvoir répondre des autres, et notamment d'un collaborateur dont il nous dit qu'il a vécu son comportement comme une « trahison » – mais alors en quoi la suspension d'Alexandre Benalla pour autant qu'elle soit avérée, est-elle proportionnée ? –, il entend répondre de lui-même. Et qu'on « vienne le chercher », ajoute-il. Comme s'il fallait, à nouveau, exhiber une forme de courage moral, bien faite pour répondre aux canons d'une image de soi virile et déterminée.

Mais est-ce là ce qu'on attend d'une responsable politique ? Non. On attend – et on l'attend d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un président de la République – qu'il réponde ou devant le peuple, ou devant la représentation nationale. Ou qu'il s'adresse aux français, et s'exprime lors d'un débat avec des journalistes, assez rétifs pour lui porter la contradiction. Ou qu'il s'adresse à la représentation nationale, et accepte, devant une commission d'enquête, les conditions d'une expression sous serment.

Qu'a fait hier soir Emmanuel Macron ? Rien de tout cela. Il s'est exprimé au milieu des siens, d'une cour et d'une faction dont on sait mieux pourtant, depuis l'affaire Benalla précisément, que c'est cette société de cour, dans laquelle se plait à régner Emmanuel Macron, qui est au principe de toutes les dérives d'un pouvoir personnel, solitaire.

D'une forme d'irresponsabilité politique générale aussi : comme, en effet, les auditions du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, du directeur de cabinet de l'Élysée Patrick Strzoda l'ont, si l'on peut dire, démontré avec éclat. Tout se passe donc comme si, décidément, Emmanuel Macron n'avait rien saisi des raisons et des ressorts politiques de cette crise.

Imagine-t-on, en effet, que dans pareille circonstance, un autre président de la République aurait eu l'arrogance de ne s'adresser qu'à ses plus proches, sinon même à ses courtisans (que n'aurait-on dit, en effet, si Nicolas Sarkozy avait fait pareille chose ?). C'est sans doute que l'un des ressorts de cette affaire tient au rapport d'Emmanuel Macron à lui-même.  

On l'a dit: le président de la République ne manque jamais d'exhiber, avec une suffisance confondante, une forme de responsabilité, de supériorité et de grandeur morale. Mais pour se dérober, d'autant, à sa responsabilité politique devant les faits, les français, et la représentation nationale. Une dérobade qui, une fois de plus, est la marque d'une forme de médiocrité, d'incurie et d'insuffisance politique. Et, pour tout dire, de forfanterie et d'injure faite à la démocratie. La forme de responsabilité qu'invoque en effet Emmanuel Macron, où il ne répond jamais que de soi, devant soi, est bien une manière de ne répondre de rien, et surtout devant personne.

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