Vie et Mort d'un Indicateur

DR Lardux Films Mais non, ce n'est pas le titre du dernier polar à la mode, c'est celui du prochain long-métrage de Vincent Glenn.

Vincent GlennDR Lardux Films

 

Mais non, ce n'est pas le titre du dernier polar à la mode, c'est celui du prochain long-métrage de Vincent Glenn.

 

On ne présente plus Vincent Glenn. Ou bien si ? Alors disons pour faire vite que c'est le réalisateur de Davos, Porto Alegre et autres batailles (2003) et de Pas assez de volume (notes sur l'OMC) (2004). "Un film militant, pas chiant et intelligent... que demande le peuple ?" écrivait Le Canard enchaîné à propos du premier. "Vincent Glenn signe une oeuvre d'utilité publique, apte à transformer les spectateurs néophytes en citoyens lucides" constatait Télérama à propos du second.

 

Cet indicateur qui nous gouverne


Avec Vie et et Mort d'un Indicateur, Vincent Glenn entend poursuivre son enquête sur les rouages du monde, avec sa candeur (feinte ?) et sa curiosité, avec son engagement affirmé mais dénué de dogmatisme. Au fait, qui est cet indicateur ? M. le PIB, bien sûr, que l'on rencontre à chaque coin des discours de ceux qui nous gouvernent, ce Produit Intérieur Brut qui semble être l'alpha et l'oméga de toute politique économique et, au-delà, l'instrument de mesure hégémonique de toute richesse.
Mais "comment expliquer à mes enfants que la catastrophe de l'Erika contribue à accroître le PIB ?" s'interroge Vincent Glenn ? Voilà le point de départ de son enquête. Et les questions s'enchaînent : pourquoi, en dépit de l'augmentation pharamineuse de la productivité durant les dernières décennies, la misère règne-t-elle encore sur de vastes pans de l'humanité, y compris au sein des pays les plus riches ? Comment prendre en compte les immenses richesses créées par exemple dans le cadre de l'économie domestique, et toutes celles qui ne sont pas « monétisables » ? Et au fond, qu'est-ce que la richesse ?
Au Québec, en France et ailleurs, des réponses à ces questions ont commencé à s'ébaucher : « produit intérieur doux », « dépense intérieure dure », « dollars vitaux » et « dollars gonflables »... Pendant ce temps, le « capitalisme du désastre » décrit par Naomi Klein poursuit ses ravages... et fait croître le PIB ! Vincent Glenn en était là de ses interrogations lorsqu'éclate la crise financière de 2008. PIB en berne : voilà qui réoriente l'écriture du scénario et donne envie de se pencher sur l'origine des derniers malheurs de ce pauvre indicateur. Survivra-t-il à cette crise ou bien signe-t-elle son arrêt de mort ? Suspense...

 

 

Produire un film autrement


Lorsqu'on souhaite réaliser un long-métrage – qui plus est, un tantinet impertinent – sur le PIB, on ne perd pas de temps à s'étonner que les banquiers ne se bousculent pas pour le financer, ni les chaînes de télévision pour le diffuser. On fait la tournée des potes et des popotes pour trouver au moins de quoi commencer. Et on fonce. Miracle de la foi, ça marche ! Le tournage est aujourd'hui terminé. Il reste à financer le montage et la post-production. La souscription est relancée, elle est cette fois ouverte au public. Citoyens éclairés, à vos porte-monnaies !
Sachez quand même où iront vos sous : pas n'importe où. Vie et Mort d'un Indicateur est produit pas la coopérative DHR (Direction Humaine des Ressources / Oeuvriers associés), basée à Montreuil et fondée en 2006 par Vincent Glenn et quelques autres. Elle rassemble plusieurs dizaines d'artistes, d'artisans, d'enseignants et d'animateurs socio-culturels qui rêvent de concilier désir de création et utilité sociale, utopie et pragmatisme. Comment ? Pourquoi ?
Extrait du manifeste de DHR :
« En mutualisant des outils matériels, des savoir-faire artistiques et techniques, et en nous dotant d'une administration commune, nous avons créé une société coopérative de production dans les domaines des arts, des artisanats, de la culture et de l'éducation populaire ; une structure visant à pérenniser des emplois, à donner une logistique à des créateurs, à développer une activité locale viable suivant les principes de l'économie sociale et solidaire. [...] Par les langages des arts, par une attention éthique et esthétique aux mille gestes du quotidien, nous imaginons cette coopérative comme un lieu pour édifier des oeuvres, des outils, des liens. Une coopérative d'artistes et d'artisans, alliance d'individus soucieux d'une pensée de l'intérêt général, et d'y accorder nos actes aussi loin que possible. [...] Réussir à relier les enjeux de l'éveil des sens, de l'esthétique et de l'éthique, nous invite à inventer des modes de production et de diffusion où l'économique est à sa place, important mais non dévorant, considérable mais non primordial. On peut ainsi résumer les objectifs de la coopérative en quelques mots : mettre en commun des savoir-faire, inventer une viabilité économique fondée sur un réseau de compétences et d'alliances, nous enrichir par la transmission des savoirs, des saveurs et des arts. »
Voilà qui ne va pas arranger les affaires de ce pauvre PIB...

 

 

Pour soutenir la réalisation du film :


Vie et Mort d'un Indicateur : note d'intention de Vincent Glenn et modalités de souscription

Et pour aller plus loin :


Tout sur le produit intérieur doux
FAIR, le Forum pour d'Autres Indicateurs de Richesses
Et l'indémodable rapport de Patrick Viveret (2002) Reconsidérer la richesse

 

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