Naomi Klein et Israël : "Boycott, désinvestissement, sanctions"

L'hebdomadaire américain The Nation a publié le 7 janvier dernier un appel de Naomi Klein à rejoindre la campagne de boycott d'Israël lancée en 2005 sur le modèle de celle qui a contribué à la chute de l'apartheid en Afrique du Sud.

L'hebdomadaire américain The Nation a publié le 7 janvier dernier un appel de Naomi Klein à rejoindre la campagne de boycott d'Israël lancée en 2005 sur le modèle de celle qui a contribué à la chute de l'apartheid en Afrique du Sud.

 

Au-delà de l'intérêt intrinsèque de cette prise de position par une figure du mouvement altermondialiste, on lira avec intérêt la critique des arguments des adversaires du boycott qu'elle développe. La République des Lettres en a produit une version française :

 

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Il est temps. Plus que temps. La meilleure façon de faire cesser l'occupation de plus en plus sanglante de la Palestine est qu'Israël devienne la cible d'un mouvement international de boycott similaire à celui qui a permis de mettre fin au régime d'apartheid en Afrique du Sud.

 

En juillet 2005, une coalition de groupes pro-palestiniens a jeté les bases d'une tel mouvement. Elle a appelé tous les "hommes de conscience, partout dans le monde, à prendre des initiatives de désinvestissement à l'encontre Israël semblables à celles appliquées à l'Afrique du Sud pendant l'apartheid". La campagne "Boycott, Désinvestissement, Sanctions" (BDS) était née.

 

Chaque journée de bombardement de Gaza apporte de nouveaux soutiens à cette campagne planétaire de boycott, y compris parmi les Juifs israéliens. Au début de l'agression, environ 500 israéliens, dont de nombreux artistes et universitaires de renom, ont adressé une lettre aux ambassadeurs étrangers en poste en Israël. Cette lettre, qui établit un parallèle évident avec la lutte anti-apartheid, réclame "l'adoption immédiate de sanctions et de mesures restrictives". Pour les signataires, "Le boycott de l'Afrique du Sud a été efficace mais on prend des gants avec Israël. Le soutien international doit cesser".

 


Nombre d'entre nous n'y adhèrent toutefois pas encore. Les raisons, complexes et émotionnelles, sont bien compréhensibles. Mais elles ne sont tout simplement pas justifiées car la sanction économique est l'instrument le plus efficace dans l'arsenal non-violent: y renoncer est en quelque sorte se rendre complice des massacres commis par Israël. Détaillons les quatre principales objections opposées à cette stratégie "Boycott, Désinvestissement, Sanctions".

 


1. Des mesures punitives vont radicaliser l'Etat juif plutôt que le persuader. Mais la communauté internationale a essayé ce que l'on appelle "l'engagement constructif". Elle a totalement échoué. Depuis 2006, Israël ne cesse d'intensifier ses actions criminelles: expansion des colonies, déclenchement d'une guerre contre le Liban et punition collective des Palestiniens de la Bande de Gaza au moyen d'un blocus assassin. Malgré cette escalade dans l'horreur, Israël n'a fait l'objet d'aucune mesure de rétorsion, au contraire. Les Etats-Unis envoient pour commencer des armes et trois milliards de dollars annuels d'aide à l'Etat juif. Celui-ci a bénéficié ensuite d'une amélioration de ses relations diplomatiques, culturelles et commerciales avec d'autres pays désormais alliés. Par exemple, Israël est devenu en 2007 le premier pays non-latino-américain à signer un accord de libre-échange avec le Mercosur. Au cours des neuf premiers mois de 2008, les exportations israéliennes vers le Canada ont augmenté de 45%. Un nouvel accord commercial avec l'Union européenne est appelé à doubler les exportations de conserves d'Israël. Et en décembre dernier les ministres européens (sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, Ndlr) ont "modernisé" l'accord de partenariat entre l'Union Européenne et Israël, une faveur attendue depuis longtemps par Jérusalem*.

 

C'est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont lancé leur guerre contre Gaza: ils savent que cela ne leur coûtera rien en termes d'échanges commerciaux ou diplomatiques. Il est significatif que plus de sept jours de guerre fasse grimper l'indice de la Bourse de Tel Aviv de 10,7%. Lorsque la méthode de la carotte ne fonctionne pas, le bâton est nécessaire.

 


2. Israël n'est pas l'Afrique du Sud. Bien entendu ! La pertinence d'un boycott de type sud-africain réside dans le fait que la tactique du BDS peut être efficace lorsque des mesures plus faibles (manifestations, pétitions, lobbying en coulisse) ont échoué. L'écho affligeant de l'appartheid est flagrant dans les territoires palestiniens occupés: différence de code-couleur des cartes d'identité, permis de déplacement, maisons rasées au bulldozer, déportations de populations, routes réservées uniquement aux colons israéliens. Ronnie Kasrils, un haut responsable politique sud-africain, révèle que l'architecture de la ségrégation en Palestine constatée en 2007 (c'est-à-dire avant le blocus aussi inhumain que terrifiant imposé à la Bande de Gaza, Ndlr) est "infiniment pire que l'apartheid".

 


3. Pourquoi accuser Israël alors que les Etats-Unis et les pays occidentaux font la même chose en Irak et en Afghanistan ? Le boycott n'est pas un dogme, c'est une tactique. La raison pour laquelle la stratégie BDS doit être essayée est pratique: dans un pays aussi petit et qui dépend autant du commerce, il sera réellement efficace.

 


4. Le boycott rompt la communication alors que nous avons besoin de dialoguer plus. Je répondrai à cette objection par une histoire personnelle. Pendant huit ans, mes livres ont été publiés en Israël par une maison d'édition qui s'appelle Babel. Mais lorsque j'ai publié The Shock Doctrine (La stratégie du choc), j'ai voulu respecter le boycott. Sur les conseils de militants du BDS, j'ai contacté un petit éditeur nommé Andalus. Andalus est un éditeur activiste très impliqué dans le mouvement contre l'occupation israélienne et c'est aussi le seul à traduire et publier en hébreu des livres de langue arabe. Nous avons conclu un contrat garantissant que tous les bénéfices du livre reviendront à Andalus, pas à moi. Je boycotte l'économie israélienne, pas les Israéliens.

 

Mettre en place ce plan a nécessité de nombreux appels téléphoniques et courriels entre Tel Aviv, Ramallah, Paris, Toronto et la ville de Gaza. Ma remarque est la suivante: si vous commencez une stratégie de boycott, le dialogue s'accroît de façon considérable. Pourquoi ne pas essayer ? L'argument selon lequel le boycott nous couperait les uns des autres est spécieux étant donné l'éventail de moyens de communication modernes dont nous disposons. Nous croulons sous les moyens de nous parler par-dessus les frontières nationales. Le boycott n'interrompt pas la communication, au contraire.

 


Actuellement, beaucoup de sionistes orgueilleux se vantent qu'Israël est numéro 1 mondial en matière de joujous de haute technologie. C'est relativement vrai, mais ils ne sont pas les seuls. Quelques jours après l'attaque de Gaza par Israël, Richard Ramsey, gérant d'une entreprise britannique de télécom spécialisée dans les services vocaux sur internet, a envoyé un mail à la firme technologique israélienne MobileMax: "Suite à l'action du gouvernement israélien de ces derniers jours, nous ne sommes plus en mesure de travailler avec vous ou avec toute autre société israélienne."

 

Contacté par le magazine The Nation, Ramsey a déclaré que sa décision n'était pas politique. "Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des clients", explique-t-il, "c'est purement défensif sur le plan commercial".

 

C'est le même calcul pragmatique qui a conduit de nombreuses entreprises à se retirer d'Afrique du Sud il y a vingt ans. Et c'est précisément en ce calcul réaliste que réside le plus grand espoir de rendre enfin justice à la Palestine.

 

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* Le 14 janvier, en réplique à l'agression israélienne à Gaza, l'Union Européenne a annulé son projet de modernisation de l'accord de partenariat entre l'Union Europénne et Israël ; le signe d'une conscience croissante du fait que des sanctions politiques peuvent être envisagées comme un moyen de mettre fin à la guerre.

 

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Liens :

 

L'article en version française dans La République des Lettres

 

L'article en version originale dans The Nation

 

Le site du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions

 

Le site de Naomi Klein

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