Baisse dramatique des ventes automobiles en 2008 : le téléchargement de voitures neuves sur Internet en accusation !

Lorsque l'industrie musicale s'en prend à ses clients pour tenter de faire survivre encore un peu un modèle économique périmé, lorsqu'une majorité confortable de nos parlementaires s'apprête à piétiner les libertés individuelles et le respect de la vie privée pour lui complaire, alors on se dit qu'il est peut-être temps d'abréger l'agonie de la bête, en allant voir ailleurs, tout simplement.

Lorsque l'industrie musicale s'en prend à ses clients pour tenter de faire survivre encore un peu un modèle économique périmé, lorsqu'une majorité confortable de nos parlementaires s'apprête à piétiner les libertés individuelles et le respect de la vie privée pour lui complaire, alors on se dit qu'il est peut-être temps d'abréger l'agonie de la bête, en allant voir ailleurs, tout simplement.

 

J'ai plus de cinquante ans, j'ai donc vécu à peu près en temps réel l'extraordinaire explosion de créativité musicale des années 60-70. Ébloui, j'ai acheté sans compter (enfin... dans la limite de mes moyens) des centaines de vinyles sans trop m'interroger sur leur prix. Je savais vaguement que prendre le risque d'inventer des musiques nouvelles sans garantie aucune qu'elles rencontrent un public, trouver un petit label qui veuille bien partager ce risque, enregistrer dans un studio professionnel, presser des disques, les diffuser auprès de nombreux petits disquaires, souvent spécialisés et passionnés et donc de bon conseil, tout cela avait un prix que je consentais à payer, considérant que chacun de ces intermédiaires entre moi et le créateur avait une utilité et devait être rémunéré. Je fais donc partie de cette génération qui a contribué à constituer le capital de départ de ce qui deviendra rapidement une industrie musicale de masse et mondialisée.

 

Dans les années 80, avec l'arrivée du numérique, j'ai franchi sans trop d'états d'âme le pas du vinyle au CD. J'ai un peu regretté le format réduit des pochettes, les lyrics illisibles ou absents, mais j'ai apprécié le gain de place et de poids, la durabilité du support (mes vieux Led Zep étaient devenus inécoutables à force d'être écoutés...). J'ai donc acheté des centaines de CD, dont une part notable d'oeuvres que j'avais déjà achetées en vinyle, consentant à les payer une seconde fois pour retrouver une bonne qualité d'écoute, et sans trop m'interroger sur le prix qui n'avait pas spécialement baissé.

 

Ce qui m'a attristé en revanche, c'est la disparition progressive des petits disquaires et de leurs bons conseils, au profit de super-marchés de la culture, ou plutôt du divertissement. J'ai aussi été décontenancé par l'évolution de l'offre, en croissance quantitative exponentielle, mais constituée massivement par clonage de la dernière sauce musicale ayant un temps bien fonctionné (entendre : produit beaucoup de bénéfices en peu de temps). S'y retrouver devenait difficile, d'autant que le rôle de prescription de la télévision et de certaines grandes radios tournait à la dictature, formatant l'offre sur le top 50.

 

Dans les années 90, j'ai de nouveau été ébloui par l'irruption d'Internet et des infinies possibilités qu'ouvrait l'outil. J'ai payé, cher et sans rechigner, des connexions facturées à la durée sur un modem 56k, qui me permettaient d'échanger avec des inconnus quelques bons tuyaux sur les perles rares de la création musicale que boudaient télévisions et radios. Et s'il était impossible de les trouver dans les bacs des usines à consommer, on pouvait toujours, lorsque l'occasion se présentait, aller les écouter en concert avec quelque garantie de ne pas être déçu.

 

A l'orée des années 2000, le haut débit, puis les plate-formes de téléchargement et enfin le peer-to-peer me sont apparus comme les outils de la réalisation de mes rêves les plus fous. Enfin, pouvoir depuis chez soi se promener dans le catalogue mondial de la création musicale, goûter ce qu'on ne connaît pas et qu'on ne serait pas prêt à acheter en aveugle, faire goûter aux autres, partager avec les proches ou des inconnus... Ce qui n'excluait pas, au contraire, d'acheter ce qu'on aimait vraiment, et de recommander aux autres de faire de même.

 

Mais patatras ! Voilà-t-il pas que cette industrie que j'avais généreusement engraissée – et que j'étais prêt à continuer à engraisser, pour peu qu'elle eût su adapter son offre à Internet – se met à me considérer comme un ennemi, un voleur, un bourreau de la création et des artistes, et j'en passe. Voilà-t-il pas qu'elle consacre une énergie démesurée à faire voter des lois, en France, en Europe, dans le monde, visant à criminaliser ce qui est une idée fondamentalement généreuse et créative : le partage des oeuvres. Voilà-t-il pas qu'elle invente des dispositifs techniques et réglementaires visant à bloquer toute forme de reproduction de ces oeuvres que j'ai pourtant acquises, alors que par ailleurs, j'acquitte aussi une « redevance pour copie privée » qui taxe tous les supports de stockage de données, quand bien même l'essentiel des données que j'y stocke ne relève pas du champ de l'exception pour copie privée.

 

Du coup, elle m'a obligé à m'interroger sur son rôle. Sur le prix qu'elle me fait payer ses produits. Sur ce qu'il en revient aux créateurs. Sur la façon dont elle soutient, ou pas, la création, et quelle sorte de création. J'ai été obligé de constater que l'industrie de la musique n'avait plus grand chose à voir avec la création musicale, ou plutôt si : qu'elle était devenu un boulet entravant l'apparition de nouvelles formes de création.

 

Heureusement, à côté de cela, des artistes, notamment ceux que cette industrie étouffait, ont inventé d'autres voies. Ils ont inventé les licences Creative Commons, Art libre, ou autres formes d'affirmation des droits positifs des amateurs de leurs oeuvres. Plus généralement, ils sont su utiliser Internet comme moyen de promotion, rétablissant une relation directe entre créateurs et amateurs de leurs créations, brouillant d'ailleurs les frontières entre les deux catégories. Ils ont inventé de nouvelles formes d'intermédiation comme Jamendo ou Dogmazic, où l'on peut non seulement explorer, découvrir, écouter, télécharger, partager, mais aussi commenter, recommander, prescrire. En toute légalité. Et c'est de ce côté-là que, de plus en plus, se trouve la vraie création musicale que l'on peut soutenir, y compris financièrement sur une base volontaire, en étant certain que ces contributions iront bien dans la poche des créateurs et non pas dans celle de parasites.

 

Bien que mon pouvoir d'achat ait plutôt augmenté depuis les années 70, je m'efforcerai de ne plus donner un euro à l'industrie musicale, je préfère donner ailleurs. Les derniers CD que j'ai achetés, c'est de la main à la main, auto-produits par des artistes que j'ai rencontrés grâce à Internet. J'ai aussi (très modestement) « sponsorisé » des artistes du bout du monde, que je ne rencontrerai sans doute jamais autrement que via Internet, parce que j'ai aimé leur musique, et téléchargé quelques-unes de leurs oeuvres.

 

Et pour ce qui reste d'oeuvres intéressantes encore prisonnières des circuits traditionnels de diffusion... eh bien il reste la médiathèque du coin et le dialogue avec ceux qui la gèrent. Comme au bon vieux temps des disquaires-militants, la dimension commerciale en moins.

 

Alors à la fin des années 2000, je peux - avec un zeste de jouissance sadique, juste retour pour tant d'ingratitude – regarder agoniser cette industrie empêtrée dans son modèle économique obsolète, sans pour autant me priver de grand chose. Je la laisse méditer ce mot très d'actualité dont la maternité revient je crois à Esther Joly : « Baisse de 10,1% des ventes de voitures neuves ! C'est certainement parce que les gens téléchargent trop de voitures neuves sur Internet... »

 

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PS1 : rendons à César... ce billet a été initialement publié sous forme de commentaire chez Charly et ses potes

 

PS2 : ... et puis donnons l'exemple, partageons quelques-unes des dernières trouvailles :

Lull

Yeti

Fleur Gire

SaReGaMa

 

 

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