Colère

Quel rapport entre la COP 21, l'état d'urgence et les élections régionales ? Aucun, bien sûr. Quoique...

Si la COP 21 a pu susciter un espoir, ce n'est pas tant celui d'un traité dont tout le monde sait qu'il sera impuissant par lui-même à éviter la catastrophe climatique qui vient, mais bien par la formidable prise de conscience et la mobilisation des acteurs non étatiques : simples citoyens, associations, autorités religieuses, collectivités locales, presse…

Si le carnage du 13 novembre appelait une réponse, c'est bien celle d'une société qui refuse de se soumettre à la terreur et sait encore se mobiliser pour une cause commune, comme celle du climat. Cause qui a de plus le mérite de pointer de façon de plus en plus assurée ce qui fait le terreau de ce terrorisme : la désagrégation d’États soumis aux coups conjugués d'événements climatiques hors normes et des puissances avides de pétrole ou d'uranium.

Interdire les marches pour le climat dans toute la France, pays blessé mais accueillant néanmoins la COP 21, bafoue cet espoir, brise cet élan. L'argument sécuritaire laisse rêveur lorsqu'on songe aux centaines de centres commerciaux, de manifestations sportives, de rues commerçantes noires de chalands à l'approche des fêtes de fin d'année, qui apparemment ne posent pas de problèmes insurmontables de « sécurisation ». C'est donc un choix politique avant tout, un choix d'autant plus détestable que non assumé.

Nous pourrions en rester là en nous disant que nous tiendront comptables de ce choix calamiteux ceux qui détiennent les rênes du pouvoir le jour où ils se présenteront de nouveau devant les électeurs.

Mais avec l'état d'urgence, prolongé et renforcé, on franchit un cap. Les perquisitions et les assignations à résidence administratives se multiplient, hors contrôle du pouvoir judiciaire, et donc sans la moindre vérification de leurs fondements. Nous ne saurons jamais si elles ont contribué à la prévention de nouveaux actes de terrorisme, mais il est certain qu'elles auront aussi touché quelques parfaits innocents qui en seront pour leurs frais : « on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs », nous sommes invités à nous y habituer, sans doute en prévision des matins bruns qui viennent.

Surtout, elles auront également visé des activistes engagés dans le mouvent citoyen pour le climat, dans un dévoiement sans fard des motifs présentés par le gouvernement au Parlement pour justifier le texte qu'il lui demandait d'approuver. Bienvenue au pays de la bavure légalisée et éventuellement généralisable !

Au passage, merci aux 6 députés qui ont eu le courage de voter contre cette loi. Malheureusement, ce faisant, ils ne portaient que leur propre position – et espérons-le, celle d'une partie au moins de leurs électeurs – mais certainement pas celle de leurs formations politiques respectives : 551 députés et 336 sénateurs, tous partis confondus ont applaudi des deux mains lorsqu'on a mis la France en congé de démocratie.

Dans un formidable numéro de schizophrénie, les mêmes, tout miel, nous demandent d'aller aux urnes les 6 et 13 décembre prochains en nous promettant monts et merveilles dans nos belles régions de France. Non, ce n'est pas un cauchemar, nous sommes appelés à voter sous le régime de l'état d'urgence, comme dans les pires simulacres de démocratie dont on sait parfois si bien se gausser.

Eh bien moi, je ne sais pas faire. Voter avec un fusil potentiel dans le dos, c'est un exercice qui me dépasse. Et de toute façon, je suis trop en colère pour choisir sereinement. Et de toute façon, je ne saurais choisir entre des listes portées par des partis qui ont donné avec une telle unanimité un blanc-seing aux forces de l'ordre pour camoufler leur incapacité à répondre aux défis de ce siècle.

Pour la première fois en 40 ans, je n'irai peut-être pas aux urnes. Ou si j'y vais ce sera pour y glisser ce bulletin-là :

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