Félicitations à Médiapart pour la qualité des analyses contenues dans les articles d’hier et d’aujourd’hui (11 et 12 avril 2022) portant sur l’analyse des résultats du premier tour de la présidentielle.
Je voudrais pourtant y rajouter une chose importante, capitale même :
Ce ne sont pas seulement les partis politiques de droite et de gauche qui sont morts, qui ne ressusciteront évidemment pas, mais les idéologies qui leur servaient de paradigmes et qui ont régné au vingtième siècle. Le « catéchisme » de la droite, comme celui de celle la gauche sont comme celui de l’Église catholique : ils portent désormais les populations à l’incroyance.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont, quant à eux, deux formidables comédiens qui arrivent encore à vendre l’illusion aux Français, notamment aux plus âgés, que tout continue comme avant, alors que le monde dont ils parlent est sur son lit d’agonie, à « l’état de mort cérébrale ».
La politique, c’est-à-dire la discipline qui doit penser l’art de vivre en société, est désormais un sujet central pour la vie de l’espèce humaine toute entière. Le cas du monstre Poutine, résurgence des deux grands monstres du vingtième, Hitler et Staline, démontre à quel point la technologie moderne, appliquée aux armes, remet en cause la survie même de l’humanité. La situation « très concrète » de la France, de l’Europe, du monde, démontre qu’un retour urgent à l’esprit de sagesse est une question de survie. Avec la « cacophonie » qu’aura été notre campagne présidentielle 2022, nous assistons à l’exact contraire : un déluge de propositions et de programmes qui ne sont que des « bidouillages » sociétaux et économiques qui se réfèrent à une époque définitivement révolue.
L’homme ne peut évidemment pas revenir à son écosystème ; il doit donc repenser ce qu’on peut appeler un « écosystème artificiel » adapté à la domination de l’espèce sur la planète (passée environ d’un milliard à huit milliards d’individus en deux siècles). Ce système doit être « cybernétique » comme tous les écosystèmes, c’est-à-dire être capable de s’autoréguler, sous peine de disparaître. Le défi politique est donc immense, mais la classe politique mondiale, avec ses diversités, en est encore à débattre de considérations qui relevaient des défis de l’humanité à la sortie du Moyen Âge.
Il nous faut entrer dans le troisième millénaire, dans l’ère du complexe, mais aucun homme politique sérieux ne semble disposé à proposer ce diagnostic et à inviter les populations à cette immense mutation. La pensée politique, d’un extrême à l’autre, semble comme totalement incapable d’entrer dans le vingt et unième siècle et le troisième millénaire. Le point le plus central sera la prise de conscience, par l’humanité entière, que le savoir encyclopédique humain (scientifique, technologique, mathématique, sociologique, philosophique, juridique…) est désormais tel que tout cerveau humain isolé est d’emblée radicalement incapable d’en maîtriser plus qu’une infime partie. Seule, une intelligence collective peut maîtriser ce savoir. Cette absolue évidence vaut condamnation immédiate et radicale de la constitution française faite pour des surhommes, des hommes-dieux. Pour croire au discours de nos candidats, il faut être un « croyant » en l’homme-dieu ou en la femme-dieu pour qui notre constitution est taillée sur mesure !
Au final, la première leçon à retenir de cette présidentielle, c’est l’obsolescence de la pensée politique dominante. Comment, dès lors, s’étonner que les jeunes se détournent de la politique ? Ils ressentent parfaitement tout l’anachronisme et de la situation et du discours de tous les candidats.
C’est avec mes 73 ans que je dis aux jeunes : « révoltez-vous contre la ringardise de la classe politique toute entière et mobilisez-vous car c’est votre « pouvoir-vivre » et celui de vos enfants qui sont en jeu.
Gilles Le Bohec (ancien expert-comptable et essayiste)