Le Petit Paon et les Moutons Jaunes

Une fable qui nous raconte l'histoire d'un petit paon orgueilleux devenu chef d'une nation...

Je m'en vais vous conter, le récit bien austère,

D'un petit paon sans gloire, au pays de Voltaire,

Président de moutons, et de brebis à traire,

Que de sombres vautours à cette tâche aidèrent…

 

Les ovins ne pouvaient, par leur constitution,

Être représentés, pour mener leur Nation…

Triste démocratie qui n'offre qu'aux nantis,

Aux corbeaux corrompus par de mafieux partis,

La chance d'être élus, au sommet du pays…

 

Dans ce royaume agraire, il y eut élection,

Pour choisir nouveau chef et guider les moutons.

Ceux-ci, trop convaincus, qu'il n'est point bonne affaire,

De confier l'avenir à races étrangères,

Qui feignent un intérêt, différent de l'argent,

Gaspillant les deniers de la petite gent…

 

Point dupe n'est l'ovin, quand on le fait choisir,

Entre un paon ambitieux et une étrange hyène,

Qu'il préféra celui qui se nourrit de graines,

Plutôt qu'un carnassier cherchant son devenir.

 

À l'heure des discours, le paon usa de ruse

Et, fort de sa jeunesse, érigée en promesse,

Gagea d'un renouveau, la réforme en excuse,

Pour tromper nos moutons, qu'il croyait sans finesse.

 

Sans doute notre paon, guidé par son égo,

Pour plaire aux charognards qui furent ses mentors,

Usurpa le pouvoir et oublia à tort,

Que bête est l'animal quand le jugent les sots…

 

Il fit que soient tondus les moutons les plus vieux,

Comme contribution, à l'effort collectif,

Eux, qui de luxe n'ont, que ce manteau laineux.

Il fut ensuite hautain, en parlant des actifs,

Les disant réfractaires et même paresseux…

Ils les obligea donc, soucieux d'écologie,

À payer un impôt pour brouter dans les champs,

Taxe au déplacement, de moutons inconscients,

De leur terrible impact sur le milieu ambiant,

Coupables évidents du grand réchauffement…

 

Le petit paon, ainsi, scia sans le vouloir

Cette fragile branche, en guise de perchoir,

Où il faisait la roue, apanage d'un fourbe

Qui veut plaire à son maître et son échine courbe.

 

Despote démasqué, qui pensa tout savoir?

 

Pantin à son insu, d'un ignoble pouvoir

Usant bien des travers d'un pauvre volatile,

Égotique ambitieux devenu si servile,

Abandonné sera, s'il manque à sa mission,

Renvoyé au bourbier lié à sa condition.

 

Point mouton n'est connu pour être très rebelle,

Et sûr qu'il fallut là que le mépris soit grand,

Pour qu'à l'insurrection l'ovin docile appelle,

Humilié, oublié, trahi assurément.

Et que l'on considère enfin son existence,

Qu'il se teignit en jaune, au cœur de cette France.

Il occupa chemins et lieux de la finance,

Perturbant à son gré le cours des redevances.

Il donna le frisson, aux plus hautes instances,

Pour qui seul le profit donne à la vie un sens…

 

Le pédant petit paon, en toute indifférence,

Point n'entendit le fond et cru velléité,

Qu'il envoya ses chiens mater dans la violence,

Le chant du peuple ovin voulant sa liberté…

Il voulut que l'on pense ainsi des insurgés,

Qu'ils méritent potence, pour avoir dévasté

Capitale et province au feu de leur colère,

Quand tout fut orchestré depuis les hautes sphères,

À rendre illégitime une telle misère

Qu'elle amène moutons, à ne craindre la guerre…

 

Comme histoire le dit, du règne de ce roi,

Étonné que la gent soit en grand désarroi

Et devant son palais vienne brandir des pioches…

Ne comprit le gredin nourrit à la brioche,

Que lorsqu'un peuple à faim il n'accepte de miettes

Même du meilleur pain, car il n'est point mendiant.

Affamé de justice, il rêve dignement,

Vivre de son travail sans craindre la disette.

 

Cher, fut le prix payé, par cette marionnette,

Qu'à mépriser ses pairs, on lui coupa la tête.

 

Fin

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