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Le Club de Mediapart sam. 1 oct. 2016 1/10/2016 Dernière édition

Présidentielle, le 6 mai et les jours d'après

Présidentielle, les jours d’après  Ce que  le peuple souverain  décidera le 6 mai sera primordial pour nos vies. Réglons déjà une chose simple et citoyenne: il faut voter François Hollande pour chasser Sarkozy qui a tant détruit sur son passage et qui s'apprête à porter un coup fatal à la République. Mais cela ne sera pas suffisant, car il y aura le 7 mai et les jours suivants....Les agressions de la finance, l'exaspération des plus fragiles d'entre nous, et la ramification d'une extrême droite qui s'empare petit à petit de la droite parlementaire et du discours public. 

Présidentielle, les jours d’après 

 

Ce que  le peuple souverain  décidera le 6 mai sera primordial pour nos vies.

 

Réglons déjà une chose simple et citoyenne: il faut voter François Hollande pour chasser Sarkozy qui a tant détruit sur son passage et qui s'apprête à porter un coup fatal à la République. Mais cela ne sera pas suffisant, car il y aura le 7 mai et les jours suivants....Les agressions de la finance, l'exaspération des plus fragiles d'entre nous, et la ramification d'une extrême droite qui s'empare petit à petit de la droite parlementaire et du discours public.

 

 

 

 L'hypothèse Weimar

 

Il faut être myope ou inconscient pour ne pas avoir compris que Nicolas Sarkozy allait nous placer dans ce type de situation..Ultra droitier depuis toujours, notre président candidat ne peut que continuer sur son versant autoritaire en faisant intérioriser à son camp les nombreuses théories qui ont toujours composé le projet de droite extrême. Le plus dangereux dans ce petit jeu est justement de faire adhérer une partie de la droite parlementaire a des notions comme l'attaque des corps intermédiaires, le choc des civilisations, le dénigrement des syndicats et des travailleurs qu'ils représentent, la disparition nécessaire d'un droit du travail, le flicage et la poursuite pénale des pauvres, le travail obligatoire, l'ethnicisme, etc...

Cette présidence suit l'évolution d'une partie du courant républicain nord américain: la partie la plus cynique et droitière. 

Cette présidence en ce sens peut s'analyser comme la couveuse idéologique de cette tendance mélangeant le tea party et la droite nationale et faisant le pont avec le milieu des affaires.

En disant décomplexer la droite, cette attitude a ouvert le champ des possibles de l'extrême droite...

Le programme devient simple: libéralisme total pour les marchés financiers , et autoritarisme pour le peuple, ( tolérance zéro pour les uns, dépénalisation pour les autres), et discrimination d'Etat à l'égard des étrangers qui commence avec " les charters"...

Sur ce terreau fait florès les discours les plus violents et les plus dangereux. En témoigne une récente expérience personnelle qui démontre à quel point notre situation  politique devient préoccupante. 

 

A l’initiative d’un café citoyen, (repaire la bas si j’y  suis), j’ai été invité à un débat sur la justice dans une grande ville de l’ouest héraultais, débat comme j’en ai fait des dizaines....

L’ambiance y était un peu étonnante puisque le débat s’est rapidement transformé en invectives, me  traitant de vermine dont il fallait clairement se débarrasser, discours onctueux sur un Front National qui faisait parti de l’arc républicain, le droit des animaux qui serait supérieur aux droits de l’homme .....etc.

Cette soirée particulière se terminait pas la distribution par une personne (se présentant comme professeur) d’un journal intitulé le Lys noir....

La lecture de ce quatre pages est édifiante ( http://lysnoir.tumblr.com/):

Sous un discours pseudo intellectuel et dénonciateur de la société de consommation proposant la décroissance , ce groupe propose ni plus ni moins:

  • la déportation de 3 millions de français en Guyane pour éviter le métissage et assécher la délinquance  on y trouve des phrases comme «dis, tu ne crois pas françois mouloud qu’un voyage te ferait le plus grand bien ?» programme « comment extraire 3 millions de racailles»
  • Proposant une vision ethnique de l’Europe
  • Une prise du pouvoir militaire en cas de victoire de Marine Le Pen

- etc..

Ce type de littérature de potache pourrait être folklorique, si elle ne tordait pas les concepts politiques  et philosophiques dans un seul objectif : abattre la République et transformer la France en régime ethnique .

 

Ce qui est le plus symptomatique c’est la grande apathie de la gauche face à ces évolutions..et l’audience de ce galimatias dans les réseaux citoyens...

 

Si un parallèle avec la République de  Weimar parait trop facile, il convient toutefois d’y faire référence et de s’en souvenir.Relier l’actualité avec l’histoire de  la progression du NSPAD qui amènera Hitler au pouvoir. Cela résonne comme un modèle du genre et fait écho à notre situation actuelle.

 

 

 

 

Construire d'autres hypothèses pour sortir de la spirale de la peur:

 

Le  programme serait long pour répondre aux enjeux de cette élection de premier tour et déjà faudrait-il surement changer de cadre constitutionnel pour une VI éme république plus démocratique..Mais il convient de rester un instant sur le sujet de l'émergence d'un France bleu-brune, 

 

 

Il est acquis, il me semble que l’on retrouve principalement la peur à l’origine du vote brun de ce premier tour. Peur savamment orchestrée par Nicolas Sarkozy depuis au moins dix ans, ministre de l’intérieur intérieur et président de la République relayé par un story teling médiatique efficace. La destruction méthodique de l’Etat de droit est de son entière responsabilité, les débats idiots sur le fond entre laxistes et responsables, angéliques et sécuritaires en arbitrant toujours avec des images stigmatisantes ont été conçues selon son discours par des médias complaisants et avides d’audience. Il n’y a plus le temps d’aucune réflexion, d’aucune analyse, la politique se confond avec l’émotion.  

 

-Construire d' autres territoires de la République

 

 Comment éviter le retour de l'histoire?

 

 Les explications économiques, de l'extension de la pauvreté et de la précarité sont essentielles: la classe moyenne devient prolétaire, les prolétaires des précaires en voie devenir des SDF.  Mais il faut croiser aussi divers autres facteurs dont celui de l'organisation spatiale du territoire et de l'urbanisme qui relève pour un part de l'Etat central mais aussi des collectivités territoriales dont on sait qu'elles sont majoritairement gérés par le PS.

 

 

 

Comme le fait remarquer l'article de mediapart, l'émergence du vote FN se retrouve soit dans les zones désindustrialisées du Nord et dans le Sud qui n' a jamais été industrialisé mais partout dans les zones péri-urbaines.

L'Hérault que je connais bien n'est plus le midi rouge d'antan, en témoigne les chiffres:

Hollande 26,69 %

Sarkozy 25, 31 %

Le Pen 22 %

Mélenchon 13,27 %

Bayrou 6,86 %

 

Ce sont les zones pavillonnaires, les lotissements a perte de vue qui fournissent les plus gros bataillons de ces votes désespérés..J'avais déjà eu l'occasion d'expliquer le ressenti de cette situation dans un article " les chariots de la folie" ( http://blogs.mediapart.fr/blog/gilles-sainati/230111/les-chariots-de-la-folie) nous en avons aujourd'hui la déclinaison politique. Ces villages devenus dortoirs, des vies au bord du naufrage tant la fragilité de l'emploi et  l'isolement ronge toute sociabilité. C'est le repli sur soi qui prédomine, la peur de l'autre qui peut vous prendre votre boulot, ou même votre voiture dont vous avez un besoin impérieux pour aller travailler.. en espérant qu'elle ne tombe pas en panne et que le prix de l’essence ne va trop augmenter.

Il n'y a plus de quartier vivant, plus qu'une suite d'impasses qui desservent des îlots d'habitation. Pas de plan d'urbanisme, le développement a été laissé à l'appétit clientéliste..

Aucune réflexion sur un vivre ensemble. 

 

Il faut  pointer la responsabilité politique des élus locaux dans cette situation, qui n'ont pas été capables de construire une harmonie sociale et  des quartiers vivables .

Un empilement humain à l'horizontal et à perte de vue , cet urbanisme est à revoir mais a produit les pires réflexes individualistes.. 

La venue de la video surveillance cautionnée par nombre d’élus de tous bords puis des voisins vigilants (si un inconnu vient dans votre quartier, signalez le à la police..) donne à cet univers une ambiance bien particulière et agit comme un catalyseur des peurs, peur de l’altérité.

 

 Combattre le Front National, ce n'est pas comme on le croit s'affronter avec des équipes électorales de ce parti, ni débattre du programme: elles n'existent pas..peu d'affiches, quelques tractages, des candidats inconnus aux dernières cantonales...le programme n’est même pas lu, ni connu par le citoyen.

Le vote FN n'est pas un militantisme,  c'est plutôt la croisée de l' acculturation et de l'isolement et une recherche désespéré du Etat protecteur...

Version post-moderne de la servitude volontaire.

 

L'on entend souvent sur les marchés: " on a tout essayé à alors pourquoi pas ceux là ( le FN)".. 

Ainsi le piège se referme: dédiabolisation de la xénophobie d'Etat,  discours de division des français, isolement et précarité des électeurs qui tombent facilement dans ces discours simplistes. ..

 

Il est donc urgent de reprendre des règles permettant de construire des territoires de la République et non des zones pavillonnaires; repenser l'habitat, sortir de ce pays de petits propriétaires promis par l'homme au pouvoir qui n'est lui même propriétaire d'aucun immeuble sur le sol français.

Voici un programme de gauche compatible avec un regard écologique visant a ralentir l'artificialisation des terres agricoles...

 

L'évocation serait encore longue de propositions politiques, mais le temps presse, et il ne semble pas que nous puissions bénéficier des trente glorieuses pour financer tout cela . 

Nous l'avons vu,  l'issue de ce combat contre notre dégradation démocratique et républicaine est aussi et avant tout culturelle. 

 

Construire une culture populaire,  

 

«Quand j’entends  le mot culture, je sors mon revolver» a pu dire un dignitaire nazi( http://www.dailymotion.com/video/x5p5mg_quand-jentends-le-mot-culture-je-so_news)

Cette présidence n’ a pas été loin de cette pensée. Que l’on se souvienne du débat sur la princesse de Clèves, cette volonté de biologiser tout explication culturelle..

 

La culture, c’est bien là l’enjeu...Mais une culture populaire.

Faire de la culture une démarche populaire et le vecteur de notre mixité sociale et conduire cette action vers l’émancipation citoyenne.

La culture est le remède contre la peur, et doit nous porter vers l’universel et nous permettre de lutter contre les régressions qui guettent notre société

Cette démarche est militante en tout premier lieu et ne peut pas se satisfaire d’une politique du guichet ..

Les réductions tarifaires dans les musées c’est bien, mais si la fréquentations des musées et expositions augmentent, cette démarche  se situe encore dans une consommation comme une autre. 

Et puis, comment avec 600 euros par mois se rendre dans une exposition dans un grand centre culturel ?... Lorsque les besoins vitaux ne sont pas satisfaits cette culture paraît encore plus lointaine et creuse le fossé entre les classes sociales.

 

Cette politique doit être complétée de manière urgente, par une culture dans les quartiers populaires: maisons de quartier, centres sociaux,  c’est un réseau militant et associatif qu’il faut recréer.

Les enjeux démocratiques,  économiques, écologiques sont tels qu’il est impossible de ne pas les faire partager : l’art est un porte d’accès à cette dimension politique. Encore faut il éviter a tout prix la ségrégation culturelle.

L’expérience personnelle menée  autour de retour des droits d’usage ( grappillage, glanage) avec des citoyens précaires est une expérience a méditer en ce qu’elle permet en plus d’être une activité economique suscite une démarche culturelle associant une mémoire collective avec des liens de solidarité.

Décloisonner les actions d’insertion avec une démarche culturelle telle pourrait être un axe de politique publique.

Promouvoir des actions de culture populaire pour recréer du lien social et extirper les peurs et les angoisses voici un chemin possible.

Concevoir la République en territoires de culture et non uniquement en terme technocratique de bassin de consommation et d’emploi, c’est redonner un sens à notre  destin collectif. 

 

La France du XXI eme siècle a hérité d’un régime cesaro bonapartiste. Il était urgent que dans notre débat politique s’installe  autour du projet d’une VI République, plus équilibrée entre les pouvoirs et populaire.

Ce n’est pas simplement qu’une lubie politique de constiutionnalistes éthérés. Cette démarche ouvre sur la dimension culturelle essentielle de la citoyenneté. Les politiques sont perçus par par les français comme une élite qui a oublié «la France d’en bas». D’ailleurs cette expression contient en soit toute la morgue et le racisme de classe qui  pousse a façonner des réactions collectives les plus terribles. Un sentiment de décrochage est né dans ces espaces périurbains.

 

Cette évolution politique brune qui sourde sous l’exaspération de la population sonne comme un danger redoublé dans le cadre de nos institutions actuelles 

 

En France, Il ne faut pas oublier les multiples pouvoirs donnés au Président de la République sous la V ème République et notamment l'article 16: " Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel."

 

De multiples hypothèses peuvent recevoir l’application de ce dispositif., . 

Notre constitution peut ainsi être l'instrument d'une guerre sociale contre toute résistance démocratique et syndicale. Du reste le dénigrement par le président actuel  des syndicats  pour le 1 ° mai 2012 n'est que l’euphémisation de cette guerre sociale..Nous sommes loin du modèle de négociation collective  allemand tant vanté il y quelques semaines !!!

 

La France prise dans une tempête financière  comme en Grèce, pourrait conduire le Président-candidat a utiliser les pouvoirs exceptionnels pour administrer les recettes de choc proposées par le FM I et la commission...Il semble bien  alors que la France ait besoin « présidence normale» pour  affronter ces situations exceptionnelles.

Chasser la techno-finance, sortir de l’illusion mécaniste, donner chair à des solutions de re-localisation industrielles  et paysannes par le soutien effectif des salariés, ouvriers, et paysans. Bref faire confiance au militantisme issu du peuple c’est tout l’enjeu de ces prochaines années.

Pour la République , dans les jours d’après la présidentielle s’ouvre une reconquête culturelle et politique dans ces no man’s land crées par l’avidité des spéculateurs  et la consommation dénuée de tout sens de la destinée humaine. 

Le militantisme qui s’est développé lors de cette campagne de premier tour autour du Front de Gauche a bien été le seul porteur de ces espoirs et d’aspirations citoyennes et ne peut souffrir  de combinaisons politiques. L’aventure malheureuse de EELV doit servir de leçon à tous ceux qui pensent que des petits arrangements d’arrière boutique peuvent remplacer l’action militante dans les quartiers populaires. Afin d’éviter toute illusion, la gauche qui s’est exprimée au premier tour doit continuer inventer la voie autour du programme l’Humain d’abord, compte tenu des enjeux fondamentaux qui sont posés. L’invention politique, sociale, culturelle est urgente.

GS

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gilles.sainati

juriste ayant pour devise Liberté, Egalité, Fraternité,
clermont l'hérault - france

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