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Billet de blog 25 sept. 2022

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L’allocation études ? Assistanat ? Ou investissement ?

Cet été, il y a tous les débats sur la mise en place d’une allocation études. Et tous les discours de gens si courageux, si méritants… qu’ils n’ont eu besoin d’aucune aide pour réussir est inaudible pour moi! Mon parcours me l’a fait comprendre! Et je bosse chaque jour avec des gamins géniaux, dont le courage, aussi immense soit-il, n’abattra pas tous les murs… juste à coup de courage!

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’adorais étudier, j’avais des rêves , des ambitions.  Pourtant, j’ai arrêté mes études. Parce que pour en faire, il faut pouvoir se projeter à long terme ! Croire en la permanence de la vie !

Seulement, quand « demain » semble déjà si loin et incertain… L’avenir devient un puits sans fond insondable, qu’on perd de vue, qui finit par ne plus exister du tout ! N’existe plus que l’heure qui vient, le jour qui suit, si tant est qu’il suive !

Personne n’a compris. J’avais les facilités d’apprentissage, les capacités de travail, la résistance à la pression, et surtout, par-dessus tout, j’avais le COURAGE ! Sans pleurer. Sans me plaindre. En souriant, toujours, j’avais tout encaissé, jusque-là…

Parce que j’étais courageuse !

J’avais cette qualité quasi-divine qui permettait à tous (les adultes) de se laver les mains de ce que la gosse que j’étais subissait !

Parce que j’étais courageuse !

Ces adultes savaient, voyaient et me disaient « T’es courageuse, alors ça ira ! » . Longtemps, j’ai pris cette phrase comme une marque de confiance ! Me rendant presque fière : j’avais quelque chose en plus. J’étais différente ! Ça justifiait l’injustifiable ! J’avais un supplément d’âme. Normal que personne ne m’aide, ne prenne soin de moi puisque j’étais capable de le faire seule ! J’étais supérieure à ces gamins qui avaient besoin de parents aimants, d’attention, d’amour, de vêtements, de nourritures, d'eau, de chauffage et d’argent…

Parce que j’étais courageuse !

Moi, j’étais assez courageuse pour subir toutes les humiliations à la maison ! 

Physique ! Psychologique !

Si courageuse que ni l’inceste ni le viol ne pouvaient me détruire !

Suffisamment courageuse pour que le dénuement, le manque de nourriture, d’eau chaude ou les rats soient ma routine, et que ça ne me brise pas !

Tellement courageuse que jamais quelqu’un n’a imaginé que je puisse m’écrouler !
Puis, à 19 ans, j’ai compris !
Je n’ai jamais été courageuse ! Parce que je n’ai jamais eu le choix !
Le courage, c’est avoir le choix ! C’est prendre une décision ! 

J’avais confondu le courage avec l’instinct de survie…depuis le plus jeune âge, je n’avais fait que batailler pour rester en vie !
Il n’est aucunement question de courage !
Je n’ai jamais été courageuse. Mais je m’étais accrochée à cette idée, à l’idée que ma force et mon courage me sauveraient de tout…
Alors si je n’avais même plus ça, que me restait-il ?
Personne n’avait levé le petit doigt pour moi. Ça avait fini par me convaincre que je n’en valais pas la peine, que je n'étais rien.

Pire, je méritais ce que je vivais.
À tel point que tout le monde se foutait que je m’écroule !
À 19 ans…
J’avais mon bac, inscrite en fac de psycho, je travaillais en parallèle. Pendant mes pauses-déjeuner, j’allais acheter une baguette au supermarché, et j’allais la manger aux toilettes du centre commercial. Pour ne pas être vue. Pour ne pas inspirer la pitié. Je mangeais vite, et je me posais au sol, exténuée, honteuse et je dormais. Un peu. Je retournais travailler, puis je redormais pendant les deux heures et demie de trajet pour rentrer.
Mais je n’arrivais plus à savoir pourquoi je faisais tout ça ! Quand est-ce que ça prendrait fin ? Quand est-ce que j’arrêterais de me battre pour survivre ? Dans quel but ? Pour quel objectif ?
Puisque tout finissait toujours par s’effondrer autour de moi !
Puisque chaque nuit, je me demandais comment tenir encore une journée !
Puisque m’endormir était devenu l’espoir de ne plus avoir à me réveiller !
Puisque la certitude de mourir un jour était la seule chose rassurante dans le fait de vivre !
Puisque m’inquiéter pour le jour même prenait le pas sur le reste !
Puisque le futur n’était qu’une possibilité incertaine…

J’ai perdu pieds petit à petit.

Pour finalement, arrêter mes études !
Je me suis détestée pour ça ! Non seulement, je n’étais pas courageuse, mais en plus, j’étais faible et j’échouais !
Il n’y avait pas de pires punitions pour moi. Je me sentais humiliée.
Je ne méritais pas de m’en sortir.
Mais j’ai grandi, j’ai travaillé sur moi, j’ai affronté mon passé et j’ai réalisé…
Je n’étais pas courageuse !
Je n’étais pas faible non plus !
C’était un échec. 
Mon échec, mais pas que…
L’échec était collectif !
J’ai arrêté mes études alors que j’avais les facultés d’apprentissage, la capacité de travail et la résistance à la pression. J’en rêvais. Aucune bonne raison à cet abandon si ce n’est que je n’étais pas surhumaine !
J’étais seule depuis toujours. Et là, j’aurais eu besoin d’un coup de pouce. Pour tenir bon !
J’étais une gosse, qu’on aurait dû protéger, et on m’a laissé me débrouiller.
Ce n’est pas moi qui ai manqué de courage, puisque je n’avais pas d’alternatives !
C’est vous tous qui avez manqué de courage.
Vous, les adultes, qui n’avez pas fait de signalements !
Vous, les enfoirés, qui avez profité de mon désarroi !
Vous, les responsables politiques, qui ne vous êtes jamais battus pour que les enfants si mal nés qu’ils n’ont qu’eux-mêmes, ne gâchent pas leurs possibilités !
Vous, les personnalités, qui vous nous faites sentir minables en prétendant que vous ne vous en êtes sortis uniquement grâce à votre talent et à votre travail parce que vous ne réalisez même pas que ce que vous aviez si naturellement vous a offert un tremplin pour la vie !
Vous tous, qui ne réalisez pas le privilège fou qu’est d’avoir au moins une personne qui vous aime inconditionnellement, vous regarde et croit en vous. Pauvre ou riche, c’est hérité de la plus belle des aptitudes à vivre !  
Vous tous, qui faites du mérite et du courage, les deux faces d’une même médaille, vous permettant de ne pas avoir à vous demander comment vous en êtes réellement arrivés là !
Vous manquez de courage !
Et les responsables politiques sont lâches !

J’ai arrêté mes études, et c’est un échec collectif.
Je n’étais pas surhumaine, j’étais une gamine qui se battait pour exister et qui n’a pas trouvé d’autres solutions que de mettre fin à ses études bien trop tôt, et de jeter aux ordures tout ce qu’elle avait pu espérer.
Si j’avais eu une allocation étude, j’aurais eu la sécurité nécessaire pour avancer, miser sur mon avenir et pour étudier. Plus important, j’aurais pu me mettre à l’abri de mes parents, et de ceux qui profitent des gosses en détresse.
Si j’avais eu une allocation étude, prendre soin de moi n’aurait plus été une bataille, et j’aurais pu me concentrer sur l’obtention de diplômes.
Si mon pays avait cru en moi, s’il avait compris que j’étais aussi méritante qu’une autre, s’il m’avait tendu la main au lieu de me demander à moi de courir après sa considération, j’aurais pu finir les études que je rêvais de faire !
Si j’avais eu une allocation étude, je ne serais pas devenue une assistée, mais je serais devenue un être humain avec ce droit à l’auto-détermination qu’on m’avait, jusque-là, dénié.
Des jeunes dans la même situation, il y en a des milliers.
Si abîmés qu’ils ne peuvent plus penser qu’un jour ça ira.
Avec des rêves brisés, car ils n’ont personne.
Si épuisés qu’ils lâchent leurs études.
Des jeunes dans la même situation ne devraient pas être ignorés.
Puis il y a les autres, aux parcours divers, aux histoires différentes mais qui ont tout autant besoin de soutien.
De vos égos, vous les invisibilisez. 

À grand renfort de mérite et de courage, vous les réduisez au silence.
Vous les contraignez à être dociles parce qu’eux-mêmes ont intériorisé votre discours, persuadés qu’ils ne méritent pas plus et qu’ils ne sont pas assez courageux !

Alors cette aide…

Peu importe que quelques étudiants en profitent alors qu’ils pourraient faire sans si ça permet à des enfants mal nés, mal aimés de devenir courageux et méritants au lieu de rester des survivants !

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