Ce 25 septembre, que fera la France pour bâtir un monde meilleur ?

Lors du concert Global Citizen Live à Paris le 25 septembre, les citoyen·ne·s du monde entier exhorteront la France à prendre des mesures concrètes en matière d'accès à la santé, d'équité vaccinale et de lutte contre le changement climatique.

Cette tribune est signée par les organisations Action Santé Mondiale (GHA), ONE, Equipop, Convergences, l'Association d'Aide à l'Education de l'Enfant Handicapé et Global Citizen.

Dans quelques jours seulement, Paris accueillera Global Citizen Live, un concert planétaire sur le Champ-de-Mars, première manifestation de grande envergure dans la capitale française depuis l’irruption de la pandémie de COVID-19. Près de 20 000 citoyen·ne·s engagé·e·s se rassembleront pour bâtir un monde meilleur, mobilisé·e·s autour de la journée mondiale d’action de l’organisation internationale de plaidoyer, Global Citizen, pour défendre notre planète, vaincre la pauvreté et exiger l’égalité pour tout·e·s. 

Ce monde meilleur auquel nous aspirons est à portée de main. Toutefois, sans efforts individuels et collectifs pour crier haro sur les inégalités et la pauvreté, ces fléaux continueront de sévir.

Et le temps presse.

Des milliers de personnes tentent aujourd'hui de fuir l’Afghanistan, depuis la prise de pouvoir du régime taliban, qui règne avec force et terreur, notamment pour les femmes et les filles. Les reportages d'incendies spectaculaires, de l'Algérie au Brésil, et d'inondations meurtrières, du Mexique à l'est de l'Espagne, font la une des médias. A ce titre, le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) dresse un bilan terrifiant de l'état de notre planète, et souligne l’urgence d’agir sans tarder pour la sauvegarder. 

Quant à la pandémie de COVID-19, qui fait rage dans les pays les plus pauvres, en particulier, nous constatons déjà ses conséquences dévastatrices sur la santé, l’éducation et la pauvreté. La crise sanitaire exacerbe davantage les situations d’insécurité politique ou alimentaire, comme en Afghanistan, Ethiopie, au Yémen ou au Soudan du Sud, pour ne citer que quelques exemples.

Il y a de l’espoir. A travers la planète, les citoyen·ne·s agissent au niveau local, en aidant leurs voisin·e·s et leurs communautés, en faisant des dons, en se portant bénévoles, en signant des pétitions et en rappelant à leurs élu·e·s que rien n’est joué d’avance. Et le cœur y est. Deux-tiers des français interrogés souhaitent une augmentation ou un maintien du budget consacré à soutenir les pays en développement, selon le dernier sondage de l’ONG Focus 2030 publié en juin 2021.

En outre, les Objectifs mondiaux des Nations unies proposent un cadre international qui doit nous permettre de faire face aux défis communs et de coordonner nos efforts pour agir. Depuis l’irruption de la pandémie, les associations se mobilisent sans relâche pour solliciter de nouveaux engagements et financements de la part des gouvernements et des institutions internationales afin de venir en aide aux plus pauvres. 

Lors du concert Global Citizen Live à Paris le 25 septembre, les citoyen·ne·s du monde entier auront les yeux rivés sur la France, pionnière des droits humains. Une nation engagée sur les problématiques d’égalité, de pauvreté, du climat. Une nation dont le peuple lui-même est fortement attaché aux efforts de la France dans ces domaines. 

À cette occasion, nous, organisations de la société civile française, exigeons de l’ambition de la part de la France en matière de santé, droits des femmes et climat. Nous exhortons le gouvernement à prendre des engagements concrets et nouveaux, à la hauteur des enjeux, des responsabilités et de la réputation de notre pays.

Tout d’abord, il est urgent d’agir pour sauver des vies et soutenir davantage les efforts des pays les plus pauvres pour vacciner leurs populations contre la COVID-19. À travers l’Afrique, seulement 3 % de la population adulte était vaccinée contre le virus mortel (contre 58 % de la population des pays du G7). La France s’est déjà engagée à soutenir la levée temporaire des brevets sur les vaccins et à partager 60 millions de vaccins d’ici la fin de l’année 2021, dont 54 millions à travers le mécanisme international de solidarité COVAX. Elle doit absolument respecter ces engagements. Selon les données d’AirFinity, un partenaire de Global Citizen, même en prenant en compte les besoins éventuels d’une troisième dose du vaccin pour les personnes vulnérables, la France dispose de 122 millions de doses en surplus d’ici fin mars 2022. Partager ces doses en excédent, c’est promouvoir l'équité vaccinale.  

La lutte contre la pandémie doit aussi passer par une augmentation de la contribution française à l’initiative multilatérale ACT-A. La France s’est engagée à financer le mécanisme à hauteur de 260 millions euros, ce qui représente seulement 25 % de sa contribution équitable, calculée par rapport à la puissance économique de chaque pays. Cela lui vaut une place tout en bas de l’échelle comparée à d’autres pays membres du G7, les plus riches du monde.

Par ailleurs, la crise sanitaire a touché les femmes et les filles de façon disproportionnée, entravant leurs droits, leur autonomie ainsi que leur accès à la santé et à l'éducation. La France, pays co-hôte du Forum Génération Égalité, qui s’est tenu en juin 2021, et nation qui affiche une diplomatie féministe en proclamant l’égalité femmes-hommes comme sa « grande cause nationale, » doit traduire les promesses politiques de cet été en action, en faisant de la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles dans les pays les plus pauvres une priorité.

Grande absente du Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents (GFF), la France pourrait devenir pays donateur du GFF et contribuer, à la hauteur de 60 millions d'euros, à l’accès aux produits essentiels de santé sexuelle et reproductive et aux fournitures sanitaires pour des millions de femmes et de filles dans les pays les plus pauvres.

La France doit aussi montrer l’exemple dans la lutte contre le changement climatique, et notamment pour soutenir les pays les plus pauvres pour faire face aux inégalités qui en découlent. Elle peut, pour ce faire, dès à présent, annoncer un échéancier et montant précis pour redistribuer ses Droits de Tirage Spéciaux (DTS), un instrument monétaire utilisé en temps de crise, pour aider les nations les plus vulnérables à lutter contre la COVID-19 et le changement climatique et, ainsi, assurer une relance équitable et durable pour tout·e·s.

En prenant ces engagements face aux citoyen·ne·s français·e·s le 25 septembre, à l'occasion de Global Citizen Live, le Président français Emmanuel Macron apporterait une réponse aux problématiques les plus urgentes auquel l'humanité est confrontée, de l’espoir pour les personnes les plus vulnérables, et la confirmation que la France demeure un pays enclin à bâtir un monde meilleur.

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