glorieux
Frédéric Glorieux, mortel jovial
Abonné·e de Mediapart

74 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 janv. 2018

«Fake sondage», LaRem soutient son président pour être protégée des «fake news»

11 janvier 2018, sondage en ligne sur les fake news, Odoxa pour Figaro, France Info, et dentsu consulting. Les marcheurs semblent inquiets des mauvaises rencontres sur Internet, ils demandent à leur président de nettoyer leur Facebook.

glorieux
Frédéric Glorieux, mortel jovial
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce billet a commencé comme un commentaire sur un article de Jean-Jacques Cheval (professeur des universités en information et communication) qui réagissait assez justement énervé par un «fake sondage» Odoxa, en soutien à l’initiative présidentielle sur les «fake news». Mon commentaire devenant trop long, le voilà billet.

Odowa, 2018-01-11 fake news

Toute la critique du professeur Cheval est évidemment juste, mais je me suis interrogé sur le style à adopter sur ce sujet  pour obtenir le meilleur effet. L’ironie ou l’indignation, par exemple, peuvent irriter une frange de l’opinion pourtant éclairée (je pense à des collègues de l’université). Même si l’on tient le bon côté de l’analyse, des airs que l’on croit conviviaux vont éloigner des gens qui sont pourtant des alliés, avant même qu’ils aient pris connaissance d’une seule phrase.

Il y a donc un ton à trouver pour ne pas froisser dès le départ, et surtout, entretenir l’analyse. Autant démarrer froidement depuis la réalité que l’on sait, sans chercher la persuasion par des effets de chaleur, mais en déroulant simplement la chaîne de nos raisons. Puisque ce genre de billet n’a pas d’effet médiatique, inutile d’en imiter les airs, écrivons comme si nous n’étions pas lu. Cela fait avancer nos propres idées, et tant mieux si des gens suivent et s’en nourrissent pour leur chemin.

Sur ce «fake sondage», il est entendu que les chiffres absolus ne signifient rien et que le commentaire médiatique est orienté. On sait désormais l’intérêt économique du Monde ou Libération à la lutte contre les «fake new» sur Facebook. Si j’étais journaliste, je m’inquièterais plutôt de chercher si cela ne préfigure pas un projet de supprimer les aides d’État à la presse, qui deviennent obsolètes puisque les journalistes seront de plus en plus financés par les GAFAM. Les grandes firmes de l’Internet ayant accaparé la rente publicitaire, les publicitaires n’achètent plus des emplacements dans un média qui promet l’audience, maintenant, le publicitaire en ligne achète des contenus pour retenir de l’audience entre les publicités.

Le président semble travailler à la légitimation de sociétés américaines pour assurer leurs profits sur notre débat démocratique national. Depuis les autoroutes, l’État n’ayant plus grand chose à vendre pour rembourser la dette, la démocratie a du sembler un moindre mal.

Ce sondage donne tout de même un renseignement intéressant, en valeurs relatives.

Odoxa 2018-01-11 «Fake news»
Quelle est votre source principale d’information ?
Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Youtube
Gauche hors PS : 17%
PS : 7%
LaREM : 13%
Droite hors FN : 7%
FN : 24%

PS et Droite restent plus fidèles aux médias traditionnels. FN et Gauche (c’est-à-dire hors PS) ont construit leurs réseaux d’information hors médias traditionnels. Ils sont plus exposés aux «fake news», et pourtant, ils sont ceux qui demandent le moins d’en être protégés par l’État. Ils doivent considérer que leur jugement est assez éduqué pour ne pas craindre d’être faussé par ce qui pullule sur Internet.

Le cas LaREM est plus intéressant. Ils s’informent aussi beaucoup par les réseaux sociaux, on s’en est aperçu pendant la campagne, et pourtant, ils sont aussi les plus nombreux à souhaiter une action de l’État pour agir contre les «fake news». On assiste à une révolution idéologique assez intéressante. Des libéraux souhaitent qu’on leur dise quoi penser. Je propose que leur soit ouvert un Facebook privé, où ils ne rencontreraient plus jamais de mauvaises nouvelles, que des news enthousiasmantes. Mais peut-être qu’ils s'inquiètent de ce que les autres pensent. L’innovation dans la propagande cool et startup des années qui viennent va être intéressante à observer.

Conclusion pratique, s’indigner contre la possible loi «fake news» est une perte de temps. Il faut plutôt se déshabituer des GAFAM, et surtout de Facebook, pour retrouver nos médias nationaux indépendants comme Mediapart, le Canard enchaîné, Alternatives Économiques, Le Media... Et lisons des livres !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Nouvelle-Calédonie: débats autour du colonialisme français
Recommandés par nos abonné·es

À la Une de Mediapart

Journal — France
Des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils et elles se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants, très actifs sur les réseaux sociaux.
par Caroline Boudet
Journal — France
Une peine de prison aménageable est requise contre François Fillon
Cinq ans de prison dont quatre avec sursis, la partie ferme étant « aménagée sous le régime de la détention à domicile », ainsi que 375 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité ont été requis lundi 29 novembre contre François Fillon à la cour d’appel de Paris.
par Michel Deléan
Journal — France
Au tribunal, la FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget
Journal — France
« La droite républicaine a oublié qu’elle pouvait porter des combats sociaux »
« À l’air libre » reçoit Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, pour parler de la primaire. Un scrutin où les candidats et l’unique candidate rivalisent de propositions pour marquer leur territoire entre Emmanuel Macron et l’extrême droite.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Un jour dans ma vie militante : l’Etat réprime impunément des familles à la rue
[Rediffusion] Jeudi 28 octobre, soutenues par Utopia 56, plus de 200 personnes exilées à la rue réclamant l’accès à un hébergement pour passer l’hiver au chaud ont été froidement réprimées. L’Etat via son organe répressif policier est en roue libre. Bénévole au sein de l’association, j’ai été témoin direct de scènes très alarmantes. Il y a urgence. Voici le témoignage détaillé de cette journée.
par Emile Rabreau
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO
Billet de blog
Penser la gauche : l'ubérisation des militant·e·s
Les mouvements politiques portent l’ambition de réenchanter la politique. Pour les premier·e·s concerné·e·s, les militant·e·s, l’affaire est moins évidente. S’ils/elles fournissent une main d’oeuvre indispensable au travail de terrain, la désorganisation organisée par les cadres politiques tendent à une véritable ubérisation de leurs pratiques.
par Nicolas Séné
Billet de blog
Militer pour survivre
Quand Metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.
par blaise.c