«Fake sondage», LaRem soutient son président pour être protégée des «fake news»

11 janvier 2018, sondage en ligne sur les fake news, Odoxa pour Figaro, France Info, et dentsu consulting. Les marcheurs semblent inquiets des mauvaises rencontres sur Internet, ils demandent à leur président de nettoyer leur Facebook.

Ce billet a commencé comme un commentaire sur un article de Jean-Jacques Cheval (professeur des universités en information et communication) qui réagissait assez justement énervé par un «fake sondage» Odoxa, en soutien à l’initiative présidentielle sur les «fake news». Mon commentaire devenant trop long, le voilà billet.

Odowa, 2018-01-11 fake news Odowa, 2018-01-11 fake news

Toute la critique du professeur Cheval est évidemment juste, mais je me suis interrogé sur le style à adopter sur ce sujet  pour obtenir le meilleur effet. L’ironie ou l’indignation, par exemple, peuvent irriter une frange de l’opinion pourtant éclairée (je pense à des collègues de l’université). Même si l’on tient le bon côté de l’analyse, des airs que l’on croit conviviaux vont éloigner des gens qui sont pourtant des alliés, avant même qu’ils aient pris connaissance d’une seule phrase.

Il y a donc un ton à trouver pour ne pas froisser dès le départ, et surtout, entretenir l’analyse. Autant démarrer froidement depuis la réalité que l’on sait, sans chercher la persuasion par des effets de chaleur, mais en déroulant simplement la chaîne de nos raisons. Puisque ce genre de billet n’a pas d’effet médiatique, inutile d’en imiter les airs, écrivons comme si nous n’étions pas lu. Cela fait avancer nos propres idées, et tant mieux si des gens suivent et s’en nourrissent pour leur chemin.

Sur ce «fake sondage», il est entendu que les chiffres absolus ne signifient rien et que le commentaire médiatique est orienté. On sait désormais l’intérêt économique du Monde ou Libération à la lutte contre les «fake new» sur Facebook. Si j’étais journaliste, je m’inquièterais plutôt de chercher si cela ne préfigure pas un projet de supprimer les aides d’État à la presse, qui deviennent obsolètes puisque les journalistes seront de plus en plus financés par les GAFAM. Les grandes firmes de l’Internet ayant accaparé la rente publicitaire, les publicitaires n’achètent plus des emplacements dans un média qui promet l’audience, maintenant, le publicitaire en ligne achète des contenus pour retenir de l’audience entre les publicités.

Le président semble travailler à la légitimation de sociétés américaines pour assurer leurs profits sur notre débat démocratique national. Depuis les autoroutes, l’État n’ayant plus grand chose à vendre pour rembourser la dette, la démocratie a du sembler un moindre mal.

Ce sondage donne tout de même un renseignement intéressant, en valeurs relatives.

Odoxa 2018-01-11 «Fake news»
Quelle est votre source principale d’information ?
Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Youtube
Gauche hors PS : 17%
PS : 7%
LaREM : 13%
Droite hors FN : 7%
FN : 24%

PS et Droite restent plus fidèles aux médias traditionnels. FN et Gauche (c’est-à-dire hors PS) ont construit leurs réseaux d’information hors médias traditionnels. Ils sont plus exposés aux «fake news», et pourtant, ils sont ceux qui demandent le moins d’en être protégés par l’État. Ils doivent considérer que leur jugement est assez éduqué pour ne pas craindre d’être faussé par ce qui pullule sur Internet.

Le cas LaREM est plus intéressant. Ils s’informent aussi beaucoup par les réseaux sociaux, on s’en est aperçu pendant la campagne, et pourtant, ils sont aussi les plus nombreux à souhaiter une action de l’État pour agir contre les «fake news». On assiste à une révolution idéologique assez intéressante. Des libéraux souhaitent qu’on leur dise quoi penser. Je propose que leur soit ouvert un Facebook privé, où ils ne rencontreraient plus jamais de mauvaises nouvelles, que des news enthousiasmantes. Mais peut-être qu’ils s'inquiètent de ce que les autres pensent. L’innovation dans la propagande cool et startup des années qui viennent va être intéressante à observer.

Conclusion pratique, s’indigner contre la possible loi «fake news» est une perte de temps. Il faut plutôt se déshabituer des GAFAM, et surtout de Facebook, pour retrouver nos médias nationaux indépendants comme Mediapart, le Canard enchaîné, Alternatives Économiques, Le Media... Et lisons des livres !

 

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