Pourquoi manquons-nous de tests ?

Pourquoi ce manque de tests et leur utilisation aussi restrictive ? Pourquoi ce manque de réactivité à la proposition des laboratoires vétérinaires de participer au dépistage alors qu'ils ont des moyens beaucoup plus importants que les laboratoires d'analyse médicale ? Pourquoi ce virus est-il particulièrement dangereux ?

Pourquoi manquons-nous de tests ?

 

Alors qu’en Corée du sud, à Singapour ou en Allemagne, les tests sont déployés à large échelle permettant de connaitre les porteurs du virus y compris les porteurs sains et de les isoler le temps de leur contagiosité, rien de tel en France où les tests sont réservés aux professionnels de santé qui présentent des symptômes, aux patients hospitalisés, aux personnes à risque qui ont des symptômes (traitements diminuant l’immunité), aux femmes enceintes et seulement aux trois premiers patients atteints dans le cadre d’une structure d’hébergement collectif (EHPAD).

Des annonces sont faites concernant le déploiement des tests sérologiques (examens sanguins). Ces tests permettront de savoir si l’on a développé des anticorps contre le virus même en l’absence de tout symptôme (porteurs sains). La difficulté vient du fait qu’il s’agit d’un virus ARN (Acide Ribo Nucléique) nettement plus petit qu’un virus ADN (Acide Désoxyribo Nucléique). Ces virus sont sujets à de fréquentes mutations, les virus répliqués par les cellules n’étant pas systématiquement identiques à l’original. Il en découle que l’immunité mise en évidence par le test sérologique ne sera sans doute ni totale ni durable. Ceci rend également plus difficile la mise au point d’un vaccin.

Depuis 2010 les laboratoires d’analyses médicales qui font les examens en dehors des centres hospitaliers sont soumis aux ordonnances « BALLEREAU » qui sont l’application en droit français de directives européennes.

Michel BALLEREAU, haut fonctionnaire, est médecin pneumologue et énarque, il a occupé diverses fonctions dont celle de conseiller général des établissements de santé au sein du ministère de la santé et des affaires sociales, fonctions qu’il a quitté en Août 2010 pour passer au service d’un groupe hospitalier privé exploitant notamment des EHPAD (Noble Age).

Ces ordonnances ont imposé aux laboratoires une accréditation tatillonne et coûteuse délivrant avec parcimonie l’autorisation d’effectuer certains examens dont les tests par PCR (Polymerase Chain Reaction), technique qui permet la reproduction rapide du virus (polymérisation) rendant ainsi possible sa détection dans un prélèvement au contact d’une « amorce ». Cette amorce est constituée de quelques éléments de la chaine ARN du virus.  Pour rappel, le séquençage du virus (sa composition) est connu depuis le mois de Janvier 2020. La contagion du COVID19 s’effectuant par voie respiratoire, ce prélèvement doit avoir lieu dans les voies aériennes au moyen d’un écouvillon introduit profondément dans une narine jusqu’à l’entrée du pharynx qui est la cavité située au fond de la bouche. Lorsqu’il s’agit d’une contagion par voie sanguine comme la maladie de Lyme (piqure de tique), l’examen s’effectue sur un échantillon de sang.

Suite à ces ordonnances qui ont exigé des laboratoires d’analyse médicale une normalisation poussée à l’extrême, la plupart d’entre eux ont abandonné les machines devenues inutiles ainsi que les produits de base leur permettant de réaliser eux même les amorces, technique à laquelle tous les pharmaciens et médecins biologistes ont pourtant été formés. Seuls sont restés opérants les laboratoires de CHU, les laboratoires de recherche, ceux de certains centres hospitaliers et les laboratoires privés centraux des regroupements qui se sont formés par le rachat des laboratoires de proximité par de plus gros. Il a été exigé que les examens se fassent au moyen de kits fabriqués par l’industrie pharmaceutique. A l’exception des kits en cours de mise au point par le laboratoire Bio-Mérieux qui convient à toutes les machines PCR, les autres ne fabriquent que pour les machines de leur marque. 

Autant de rigidités qui ont fortement réduit notre capacité à effectuer ces tests, les seuls permettant de distinguer qui est contagieux (émission de postillons infectants) ou pas. Il ne s’agit pas de tester tout le monde tous les jours comme le disent les éléments de langage actuellement en cours, mais de se donner les moyens de dépister les personnes contagieuses et de leurs contacts afin de prendre les mesures d’isolement nécessaires pour éviter toute nouvelle propagation de l’épidémie.

Il reste néanmoins une réserve encore inexploitée à ce jour : celle des laboratoires vétérinaires qu’ils soient de recherche, départementaux ou privés. Ces laboratoires ont une grande expérience des tests par PCR qu’ils pratiquent pour rechercher de nombreux agents infectants sur les animaux, notamment sur les animaux d’élevage. En outre, l’essentiel de leur activité se situe durant les mois d’hiver en stabulation, ils sont donc nettement plus disponibles maintenant que les animaux sont dehors. Dès la mi-Mars, ces laboratoires qui disposent d’une capacité de 150 à 300.000 tests par semaine se sont proposés (cf article du journal Le Point du 3 Avril) alors que nous n’en avons réalisé que 97369 entre le 10 Mars et 10 Avril (coronavirus.fr) ! Il a fallu attendre un décret du 4 Avril pour que cette participation soit acceptée. Autorisation assortie de conditions restrictives :

  • Les tests ne pourront être réalisés que si les laboratoires d’analyse médicale sont dans l’incapacité de les faire et uniquement après avoir été mandaté par le représentant départemental de l’ARS
  • Ces tests seront réalisés sous la tutelle d’un laboratoire d’analyse médicale avec lequel le laboratoire vétérinaire devra passer une convention.
    • Le laboratoire d’analyse médicale lui adressera les échantillons à analyser
    • Il ne devra rendre les résultats qu’au laboratoire dont il dépend tout cela accroissant la chaine des intermédiaires.
    • Interdiction de réaliser les prélèvements au risque de créer à ce niveau des « goulots d’étranglement » si on se décide à faire du dépistage de masse.

D’autres pays ont déjà activé la filière vétérinaire (notamment l’Allemagne, l’Italie, les USA) et achètent en France les réactifs produits par ces laboratoires dont nous ne nous servons toujours pas ! (cf article du journal Le Point)

Depuis le discours du président de la République du 13 Avril, le début de déconfinement est prévu pour le 11 Mai, c’est-à-dire presque deux mois après son commencement. Nous devrions disposer à cette date de suffisamment de tests diagnostiques et de tests sérologiques qui permettront de savoir si l’on a développé des anticorps contre le virus même en l’absence de tout symptôme avec les limitations exposées plus haut.

Accessoirement, si ces tests sont réalisés à une grande échelle, ils permettront aux épidémiologistes de calculer ce qu’ils appellent la prévalence de l’épidémie c’est-à-dire le rapport entre le nombre de personnes affectées avec ou sans symptômes et le nombre d’habitants. Cette prévalence permettra de calculer la mortalité réelle du Sars-Cov2 responsable de la maladie appelée COVID19.

Il reste à espérer que la date du 11 Mai a été choisie dans le but de protéger la santé des habitants et non en fonction de considérations purement économiques, que les tests promis soient au rendez-vous ainsi que les équipements protecteurs notamment les masque en nombre suffisant pour que tous en portent non par choix mais par obligation. Et surtout que nous ne serons pas une fois encore victimes de décisions politiques inappropriées et d’un excès de bureaucratie.

Dr Gérard MACHLINE – médecin retraité

 

PS : en ce qui concerne les prélèvements par écouvillonnage, ils sont sans aucun doute plus faciles sur un humain consentant que sur un cheval qui ne l’est pas systématiquement. Il n’y a pas d’autre raison que réglementaire pour que les vétérinaires ne puissent pratiquer ce geste.

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