La LICRA, Zemmour et l'islamophobie: ou de la "querelle de l'antiracisme français".

Le positionnement de la LICRA au sujet de la condamnation d'Eric Zemmour ce 03 Mai 2018, risque de creuser le fossé de défiance, entre d'un côté la LICRA et de l'autre les autres acteurs de l'antiracisme.

 La LICRA, Zemmour et l'islamophobie: ou de la "querelle de l'antiracisme français".

 

Énième épisode de la désormais publique "querelle des antiracismes/antiracistes" en France, depuis 2016 au moins. Portant sur l'opportunité ou non de faire usage du concept "islamophobie". Le positionnement de la LICRA au sujet de la condamnation d'Eric Zemmour ce 03 Mai 2018, risque de creuser le fossé de défiance, entre d'un côté la LICRA qui s'est satellisée au désormais controversé "Printemps Républican" (des Laurent Bouvet et Gilles Clavreul) depuis la jonction opérée sous la houlette d'Alain Jakubowicz et de son continuateur Mario Stasi. Et de l'autre, la majorité des acteurs du champ de l'antiracisme, tant anciens (ex:LDH) que nouveaux (ex:CCIF) et de manière générale, la gauche non-vallsiste (la vrai gauche quoi).

   

En effet, ce 03 Mai 2018 après des années de procédure, finalement Eric Zemmour vient d’être condamné. Même si que, d'une certaine façon, il est "sauvé par le gong" de la nouvelle jurisprudence (plus souple ... "laxiste ?"), faisant en sorte que 3 sur 5 des passages incriminés, et non des moindres, ne soient pas retenus. Comme le rapporte Francetvinfo, [la cour d'appel a estimé que ces passages ne comportaient "pas d'exhortation, même implicite, à la provocation à la haine, telle que la nouvelle jurisprudence" l'impose] … Le veinard !

De mon côté, en tant qu'observateur sur la question depuis quelque temps, comme objet d’étude, je me suis permis de voir la réaction de la LICRA … Cette valeur sûre des associations antiracistes, comme notamment elle a tendance à le rappeler laconiquement,"Antiraciste depuis 1927". Et là, rien. Mais quand même un "rien" instructif ! … Relevant de l’implicite, de l'impensé (de l’indicible me dirait-on tout simplement à la LICRA).

En effet, ce silence instructif de la LICRA sur la condamnation de Zemmour (qui n'a rien à voir avec un week-end prolongé ou pas par des ponts), s’explique tout bonnement par la volonté de ne pas prononcer le mot "islamophobie" et ses déclinaisons, « islamophobe» en parlant de l’auteur et « propos islamophobes » en parlant de l’objet du délit. Que pour sa part, toute la presse s’est empressée d’utiliser depuis jeudi.

Pourtant ils ont été prompts sur d'autres affaires ces derniers jours:

  • Notamment sur l'affaire Aviv Zonabend... Vous savez, ce conseiller municipal de Toulouse, qui de passage en Israël, s’est permis de dire « qu’il y a trop d’arabes à Toulouse». En invoquant après coup à sa décharge sa mauvaise maîtrise de l’hébreu, puisque voulant dire « trop d’islamistes » . Ce qui n’a pas convaincu Jean-Luc Moudenc qui vient de le démettre de ses fonctions, après avoir fait appel à des traducteurs, pour s'en assurer.
  • Dans la même période, ils se sont même félicités de la fermeture de la page facebook de "Génération Identitaire", qui se sont illustrés en train de faire les gardes-frontières récemment, dans une chasse aux migrants à la "hongroise". 
  • Ils ont même revendiqué être en premiere ligne contre le « racisme anti-blanc », en ne manquant point de rebondir au passage, sur des propos exagérés d'un twitto, sur les reunions non-mixtes issues des mouvements indigénistes et d'extreme-gauche, qu'ils combattent (avec une claire accusation de racisme "anti-blanc" du coup). 

Mais sur Eric Zemmour rien …

En fait, l'explication c’est que, quand il s’agit d’ "arabes" dans les propos incriminés, ils s’associent, se félicitent ou intentent eux-mêmes le procès. Que ce soit pour Georges Bensoussan en 2017. Ce bon client depuis quelques années, d’abord sous-pseudo et désormais à visage découvert, dans la stigmatisation tout azimut et l’amalgame systématique au sujet des banlieues et des musulmans. Qui désormais, verserait même dans l'essentialisation, la race et les hypothétiques inclinations raciales. Puisque selon lui, le "nouvel antisémitisme" se téterait avec le lait maternel chez les arabes !

Ou que ce soit, comme il y a quelques années, lorsqu'ils ont littéralement «terrorisé» un Zemmour, suite à ses propos sur les « trafiquants noirs et arabes », au point que celui-ci rédigea une lettre d’excuses à la LICRA !... Vous vous rendez compte, Zemmour s’excusant !? … Pourquoi donc ne pas relayer et se féliciter de la condamnation de cet entrepreneur de la haine ces derniers jours ? …  

La réponse est tout bonnement que le terme "islamophobie" admis partout, par tous (la preuve, toute la presse l’a utilisé ces derniers jours encore), ils l'ont en horreur et le combattent "avec la dernière énergie"...Et ça, c'est dû au virage "vallsiste" d'Alain Jakubowicz qui a poussé la LICRA à faire cavalier seul, au grand dam de la LDH, du CCIF et d'autres, depuis au moins les affaires du burkini.

Comme quoi les ravages de la #bandeàValls, instituée en "Printemps Républicain" et élargie en "Toujours Charlie", perdurent. Puisque c’est de ce cercle que viennent les coups de canif au sein de l’antiracisme depuis quelques années… Notamment sur la question de l’islamophobie, que ce soit du fait d'un grand chercheur, comme Gilles Kepel, guest-star et valeur sûre du "Printemps Républicain" ou de Caroline Fourest qui a popularisé cette intox de l’invention des iraniens du terme islamophobie (rien que ça !). Un positionnement  qui s'est affûté et précisé, lors des colloques de 2016, puis des journées « Toujours Charlie», au grand dam de Charlie Hebdo qui s'est dissocié via Guillaume Erner, conscient de l’entrisme et de la recuperation vallsiste, au point de ne pas s’associer à ces journées officiellement. 

 

D’où cette question... La LICRA de Jakubowicz et désormais du continuateur Mario Stasi (il n’est pas élu, mais reprend la charge suite à la démission de Jakubowicz), épinglée dernièrement par Mohamed Sifaoui, qui en a démissionné  à cause d'un climat particulier, loin d'être antiraciste (pour ne pas dire "communautariste", un comble !) … Est-elle seule sur la bonne voie, alors que le reste des mouvements antiracistes et toute la presse, seraient devenus des agents iraniens ou des idiots utiles en employant le terme "islamophobie" ? … Ou bien a-t-elle tout bonnement foiré, sur ce coup et quelques autres, depuis  le virage vallsiste, dû à l’aventurisme d’un  Jakubowicz, misant sur le présidentiable Valls en 2016 (comme toute la #bandeàValls ), qui lui prônait cette approche consistant à nier l’islamophobie (normal, puisqu’il s’y adonnait lui-même étant premier ministre) ?…

 

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