Quatre mille quatre cent cinquante-deux ariary = un euro

Découvrez la valeur de l'ariary, monnaie malgache, à travers les réalités croisées de mondes si différents partageant la même terre.

Quatre mille quatre cent cinquante-deux. Ce n'est...

- ni l'année où il y aura enfin un État à la hauteur des enjeux à Madagascar, quoique...

- ni le nombre de cas graves ou de décès du Coronavirus à Madagascar, quoique...

- ni le prix moyen en euros, par personne, des habits de la famille présidentielle malgache, quoique...

Non, 4452, c'est l'équivalent en ariary, la monnaie malgache, d'un euro.

Madagascar, quatrième pays le plus pauvre du monde, avec 75% de sa population vivant avec moins de 0,85 euro par jour. Et 95% avec moins de 2 euros par jour. Quelle est la vie d'une famille typique issue des 75% ?

A 0,85 euro la journée pour deux adultes qui essayent de faire vivre la famille,en travaillant six jours sur sept pendant un mois, un couple gagne l'équivalent de 40,8 euros, ou 181.641 ariary.

Une famille malgache est en moyenne composée de cinq personnes. Deux parents et trois enfants. Le riz est la base alimentaire du malgache. Le kilo de riz de la moins bonne qualité coûte environ 1.750 ariary. En zone urbaine, un.e malgache moyen.ne mange 118 kilos de riz par an. Cela fait 9,83 kilos de riz par mois par habitant.e. C'est 17.202 ariary de riz par mois par personne, soit un budget de 86.010 ariary de riz pour cette famille de cinq personnes. Le budget ''riz'' représente l'équivalent de 19,3 euros, ce qui constitue 47,3% du revenu de la famille.

Une fois achetée la base de leur alimentation, le riz, cette famille issue des 75% de la population de Madagascar vit donc avec 52,7% de ses revenus soit 95.631 ariary, ou 21,48 euros. Il faut pourtant payer un loyer, acheter de quoi cuire le riz et ce qu'on mange avec, payer les frais divers, payer l'eau et l'électricité - s'il y en a.

 

Bord de route à Ambatobe, quartier d'Antananarivo, Madagascar. © Marcel Rabe Bord de route à Ambatobe, quartier d'Antananarivo, Madagascar. © Marcel Rabe

Voilà où nous en sommes à Madagascar. Cosette et Jean Valjean étaient bien loti.e.s en comparaison, non ?

Il paraît que la pauvreté c'est surtout l'écart de richesses. Eh bien dans les rues de la belle Tananarive, on voit souvent :

- des scooters TMax, prisés par l'élite quarantenaire du secteur privé, 13.000 euros l'unité soit 57.876.000 ariary, ou 318 mois de travail pour le couple de la petite famille typique ;

- des Toyota Land Cruiser V8, prisées par les petits barons de l'administration publique, 46.000 euros l'entrée de gamme soit 204.792.000 ariary, ou 1.127 mois de travail pour le couple de la petite famille typique ;

- des restaurants où le plat moyen coûte 18.000 ariary, à peine 4 euros me diriez-vous, je dirais plutôt à peine 10 kilos de riz, l'équivalent de ce que mange une personne de cette famille en un mois, englouti le temps d'un déjeuner...

Madagascar, pays des extrêmes, où les pauvres essayent de survivre pendant que les riches pensent que s'ils en sont là c'est parce qu'ils ont travaillé dur. C'est vrai, c'est un travail prenant que d'exploiter et spolier sans relâche et sans vergogne les terres, les richesses, et les personnes de ce pays. Cela nécessite quelques talents bien particuliers : la prédation, la corruption et la lâcheté.

Quatre mille quatre cent cinquante deux. En ariary c'est l'équivalent d'une journée de dure labeur pour une personne à Madagascar. L'équivalent d'un banal macchiato dans un restaurant du centre-ville.

Un chiffre, deux réalités.

Un pays, deux univers. 

Un pouvoir et une bourgeoisie financière, un peuple qui bientôt va se réveiller.

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