«Puisqu'ils ne se tairont pas, écoutons des femmes. Uniquement des femmes»

Une des choses les plus violentes que je connaisse : entendre (lire, regarder) les hommes blancs qui ont accès aux médias parler de moi, de ma réalité, de "femme". Qu'ils ne connaissent pas, ne m'ayant jamais écoutée, entendue. Pour changer le monde ne me reste plus qu'une grève de l'attention portée aux hommes.

Au printemps 2020, la colère grondait en nous. Pour ne pas qu'elle nous dévore, nous avons choisi de l'écrire. Nous avons choisi de nous écrire. De femme à femme. Nous nous sommes retrouvées quand cela a été possible. Et c'était la fête des mères. Et pour nous il est important de poser notre propre définition de ce mot "mère". Alors on a écrit depuis là. Et puis on a rassemblé nos textes. ça faisait 48 pages et c'est beaucoup. La brochure s'appelle "ce que je voulais vous dire..." ! On les a imprimées comme on a pu, avec nos ressources de mères sous le seuil de pauvreté ou pas loin. "Mère au foyer", "Mère de famille nombreuse", "mère isolée", "maman solo", derrière ces étiquettes, NOUS SOMMES. 
Dans le sillage de l'appel à témoignages lancé par Mediapart, nous publions ici certains de ces textes. 
Un an plus tard.

Puisqu'ils ne se tairont pas, écoutons des femmes.
Uniquement des femmes.


Je constate que toutes les analyses, articles, interviews, discours relayés en ce moment sont écrits par des hommes.
Dont, étrangement, aucun n'emploie le mot "patriarcat".

Comment analyser la situation sans ce mot ?
Pourquoi sont ils incapables de le voir, le dire ?

J'ai participé à une chaîne de "poèmes et pensées qui nous ont marqué" et je n'ai pas reçu une pensée de femmes.
J'ai vu des couvertures de livres-phares, majoritairement des textes d'hommes.
Nous sommes construit.e.s par des pensées d'hommes-cis-blanc1.

Nous ne pouvons pas continuer à penser le monde à travers eux.
Alors même que nous le savons autrement.

Je propose non pas une grève des femmes, (incapables que nous sommes de nous arrêter), mais

Une grève de l'attention portée aux hommes cis-blancs.

Une grève de l'écoute.

Une grève de la disponibilité.

(C'est donc une grève ouverte à toutes et tous.
Et bien sûr, tu le sais, il faut des hommes cis pour partager et relayer cette grève.
Bien sûr !)

Nos soeurs qui parlent, analysent, commentent, avancent mais aussi témoignent et ont la force du témoignage puisque ce sont elles qui agissent en ce moment et assurent (rien que pour ça on ne devrait les écouter qu'elles), nos soeurs donc qui arrivent à prendre la parole n'ont évidemment pas les mêmes outils médiatiques. Leur micro est moins fort même sur la toile. Ou alors c'est parce qu'un enfant l'appelle derrière elle qu'on l'entend moins bien ? En est-elle moins légitime ? Ne mérite t'elle pas d'autant plus ton attention ?

Je t'invite à toujours observer qui te parle. Comment il se présente. Qu'a-t-il de commun avec toi ? Pourquoi tu l'écoutes, lui ?

Protégeons nos attentions, découvrons des pensées neuves.

Les pensées elles ne sont pas neuves, mais qu'elles reçoivent de l'écoute ça ce serait neuf.


Puisqu'ils ne nous écoutent pas, puisqu'ils ne se tairont pas, écoutons des femmes.

Rien que des femmes.

Après la libération de la parole des femmes, je propose la libération de l'écoute des femmes. C'est courageux aussi.

C'est le seul endroit où ça peut changer les choses.



Marion D.





1 on est « cis-genre » quand on se reconnaît dans le genre qui nous est assigné à la naissance

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.