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Billet de blog 5 mai 2017

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Les NiNi font don de leur haine à Marine le Pen

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Lundi premier mai. 14 h 30. J’arrive Place de la République. Dans l’expectative. Je fais le tour, je lis les pancartes, les slogans : contre le Front National certes, mais contre Macron aussi. « Ni Marine Ni Macron », « Ni patrie Ni patron ». On ne veut pas se faire avoir par la « Finance ». On n’est pas dupe, on est lucide : le cynisme est du côté du Système, des Marchés Financiers, des Banquiers...

Vais-je rentrer chez moi bredouille ? Non. Je trouve un cortège, heureux et gai, un cortège sans haine, sympathique : #lepennon. Je m’incruste, je marche, j’en suis. Un jeune, à côté de moi, dit : « Nous sommes la France. Voilà, c’est ça la France ». De la musique, Mickael Jackson, Black or White, le Chant des partisans, un mec qui crie dans le micro : « Le Pen Non, le 7 mai, nous voterons Macron, résolument, quoi qu’il nous en coûte » et aussi « Nous nous battrons jusqu’au bout pour ne pas nous réveiller le 8 mai avec Marine le Pen ». Des gens applaudissent, des trottoirs, des balcons. Ça fait mouche, j’ai le sentiment que ce n’est pas inutile. Mais les orgas font gaffe, ils gardent leurs distances avec le cortège CNT qui nous précède, et nous demandent de nous disperser quelques centaines de mètres avant la Place de la Nation et d’enlever de nos vestes les autocollants #lepennon et de ranger nos affiches.

Des jeunes en début de cortège portent une banderole « Marine le Pen, tu n’auras pas ma haine ». Jolie référence. Ne pas donner sa haine à Marine le Pen, voilà, c’est ça, l’enjeu. Pas de cadeau. Quand la maison brûle – et elle est en train de brûler -, on sauve ses habitants, on ne sauve pas ses petites affaires personnelles, ses objets, ses souvenirs. On sauve des vies.

On m’a dit un jour qu’une étude très sérieuse – je vais chercher la référence parce que là pour le coup, c’est d’actualité – a montré que lorsqu’il se produit une catastrophe, un tsunami par exemple, des gens meurent alors qu’ils auraient pu sauver leur peau et celle de quelques autres, parce qu’ils ne mesurent pas l’urgence de la situation et prennent le temps de remplir leurs poches des petits objets dont ils ne veulent pas se séparer.

Toi qui criais le premier mai « Ni Macron Ni le Pen », tu fais partie de ceux-là, qui ne veulent rien perdre de leurs petits objets : tu penses acquis sociaux, 35 heures, impôts, classe moyenne écrasée, prolétarisation des intellectuels. Tout cela est recevable en « temps normal » mais là, on est au bord du précipice. Tu ne veux pas perdre une miette, ça t’obsède, quitte à ce que d’autres paient la note à ta place. Ca ne durera qu’un temps. Si MLP est élue, c’est tout le pays qui se cassera la gueule, plus vite que son ombre. Un franco-algérien m’a dit une fois et ça m’est resté, que les français n’avaient pas assez médité la leçon de la guerre civile en Algérie, la leçon la plus importante selon lui, à savoir qu’il suffit d’éliminer quelques-uns seulement – bien choisis - et c’est le pays tout entier qui décroche avant même de pouvoir dire ouf. Ca va très vite.

Alors, oui, heureusement que ce premier mai, il y avait des #lepennon, pour faire entendre leur voix, vivante et gaie. Des gens de gauche pour qui « avoir la honte » n’équivaut pas à « avoir la haine » et qui ont crié dans les rues de Paris : « Le Pen Non, nous voterons Macron, sans hésitation et résolument, quoi qu’il nous en coûte ».  Voilà, c’est dit : quoi qu’il nous en coûte. Des gens qui ont bien plus peur de Marine le Pen que de perdre, qui n’étaient pas là dans les rues de Paris parce qu’ils ont peur pour leurs petits objets personnels et autres bijoux de famille. Quand la maison brule, la priorité, l’urgence, c’est de sauver les gens qui sont dedans.

Des objets, nous en retrouverons. Une table et des chaises pour meubler la maison, nous en retrouverons. Et même dans la rue, nous en retrouverons. Mais toi qui a chanté à tue-tête ce jour-là dans les rues de Paris, le tube du printemps 2017, « Emmanuel Macron = Marine Le Pen », et qui a dansé le diable au corps, tu m’as donné l’impression d’avoir oublié la chance que tu as d’avoir une table et des chaises. Alors quoi ? Le pauvre n’est plus ton frère, l’immigré n’est plus ton frère, les damnés de la mondialisation ne sont plus tes frères ? Comment c’est arrivé ? Que le pauvre, l’immigré, le damné de la mondialisation brûlent dans la maison en feu, c’est pas ton problème ? Ton problème à toi, c’est surtout de ne rien perdre, de ne rien lâcher de tes petits objets ? Tu penses lutter contre le grand méchant Capitaliste mais ne vois-tu pas que le discours capitaliste t’a bouffé le cerveau tout cru ?

Le soir du premier tour, moment inoubliable de télévision : ces deux jeunes insoumis qui affirment Ni EM Ni MLP avant même la prise de parole de leur chef. L’un dit : « la finance ou la haine, c’est impossible », on comprend que la finance et la haine, c’est du pareil au même et l’autre ajoute « les multimilliardaires… ». « Multimilliardaires », le mot est lâché. Pourquoi celui-là ? Tu aurais pu dire « les grands groupes mondialisés » ou même, pourquoi pas ? , « la droite internationale ». Non tu as dit « Multimilliardaires ». Oui, il y a des multimilliardaires, il faudra t’en remettre et même plus, il faudrait t’en remettre, là, maintenant, ça urge parce que ce sera bien plus difficile de se remettre de l’accession au pouvoir de la bande des fachos marinistes. Et avec eux, le pillage sera bien mieux organisé et selon des termes bien plus dégueulasses que la spoliation dont tu te sens victime de la part des « multimilliardaires » - lesquels par ailleurs sauront très bien s’accommoder des fachos au pouvoir : ils prendront leur petit panier pour n’en pas perdre une miette, tu connais la chanson. Ne vois-tu pas que ton insoumission est à l’eau-de-rose et qu’elle te mènera tout droit à la soumission au pire ? Parce que Marine le Pen a tué le père pour le pire. Et ça, quand même, c’est d’un autre niveau que l’existence des multimilliardaires.

Toi qui portais haut ta bannière « Je suis NiNi », ni Macron ni le Pen, le premier mai dans les rues de Paris, toi qui mets sur le même plan « la finance et la haine », sais-tu que, à ne rien lâcher de tes petits objets, conformément au dit des enfants « c’est celui qui dit, qui est », c’est la haine qui te porte et que ta haine, le 7 mai 2017, tu en feras don à Marine le Pen ? Pour quelqu’un qui ne supporte pas de perdre, c’est un beau cadeau. Elle va adorer.

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