De l’énergie primaire à l’énergie secondaire

Si le coût des différentes sources d'énergie est facilement comparable sur la facture du consommateur, celui-ci demande toutefois un calcul complexe au préalable prenant en compte les étapes nécessaires à chaque filière de production. Dans ce domaine, on distingue les sources d'énergie primaire comme le fioul, le charbon, le gaz mais aussi le bois, le vent, l'eau et le soleil, qui nécessitent peu ou pas de transformation pour leur utilisation finale. L'électricité, énergie la plus utilisée en France avec 42 % de la consommation totale, fait elle partie des énergies secondaires, tout comme le pétrole après raffinement du fioul. Elle nécessite en effet une transformation plus importante qu'une énergie primaire. Il en est de même pour le gaz ou le charbon via les centrales thermiques, l'uranium via les centrales nucléaires, ainsi que le vent, l'eau le soleil via les technologies d'énergies renouvelables. Pour pouvoir déterminer le coût réel de l'énergie et comparer l'efficacité des différentes filières, le coefficient énergétique convertit la valeur de l'énergie finale, celle mise à disposition de l'utilisateur, en son équivalent d'énergie primaire. 

Jusqu'à récemment, la Réglementation thermique 2005 (RT 2005) était favorable au chauffage électrique, devenu le mode de production le plus populaire en France pour son faible coût et sa facilité d’installation. Mais la RT 2012, qui lui a succédé, a fixé une valeur maximale de consommation d'énergie de 50 kWh/m2/an qui, compte tenu du coefficient énergétique de l'électricité (2,58), a abaissé cette limite à 19,4 kWh/m2/an. Cette conversion, qui visait à diviser par trois la consommation énergétique conformément au Grenelle de l'environnement, a alors largement pénalisé l'installation de convecteurs électriques au profit de pompes à chaleur et de chaudières plus performantes ainsi que de systèmes de chauffage à gaz, à bois ou à charbon. Contrairement à l'électricité, les énergies primaires bénéficient en effet d'un coefficient unique égal à 1, qui ignore complètement les coûts d'extraction, de transformation et de transport jusqu'au point d'utilisation finale. Par exemple, le fioul qui sert d'essence à nos voitures nécessite d'être d'abord extrait du sol, puis raffiné et enfin acheminé par camion, train ou bateau vers sa destination terminale. Une dépense d'énergie qui n'est pas prise en compte par ce coefficient.

Revoir le coefficient énergétique de l'électricité pour plus de cohérence

Autre oubli du RT 2012 : l'impact environnemental à travers les émissions de gaz à effet de serre (GES), beaucoup plus important pour les filières fossiles que nucléaires. En France, les émissions en CO2 liées à la production d'électricité ont en effet diminué de 45 % entre 1990 et 2015, tandis que celles liées au gaz ont augmenté de 25 % sur la même période. Une tendance qui va à l'encontre du projet de loi sur la transition énergétique, visant à réduire les émissions de GES de 30 % en France d'ici 2030. En 2018, de nouvelles exigences doivent être ajoutées à cette loi afin de prendre en compte les émissions de GES, mais aussi le cycle de vie des ressources consommées et l'intérêt environnemental des énergies renouvelables. Baptisé RE 2018, le futur texte de référence devrait donc changer encore la donne en matière d'énergie. Le label BEPOS impose ainsi une production énergétique supérieure à la consommation selon le principe des constructions passives. Une législation qui favorisera également, avec l'adoption de la RT 2020, les capteurs solaires, panneaux photovoltaïques et autres raccordements aux réseaux de chaleur alimentés au moins à 50 % par des énergies vertes.

L'énergie électrique aussi devrait y gagner un léger avantage par rapport aux combustibles fossiles grâce aux progrès importants en matière de décarbonation. Mais cette avancée ne suffira pas à combler l'écart créé artificiellement par un coefficient énergétique surestimé par rapport à celui au contraire sous-estimé des énergies primaires. D'autant que ce coefficient ne prend pas du tout en compte l'électricité primaire produite par d’autres moyens que les centrales thermiques classiques : énergie nucléaire, hydraulique, éolien, photovoltaïque ou géothermie. "La décarbonation par transferts d'usages vers l'électricité est plus pertinente que les transferts vers le gaz [...] pour atteindre les ambitions de décarbonation profonde qui marquent aujourd'hui les politiques énergétiques européennes", plaident Xavier Degon et Rémy Ruat, experts en équilibre offre-demande de l'électricité chez EDF. D’ailleurs, dès 2012, l'office de statistiques de l'Union européenne Eurostat préconisait d'abaisser le coefficient énergétique de l'électricité à 2,2 et de réévaluer celui des énergies fossiles, et notamment du gaz, à la hausse. "La modification de ce coefficient à 2,2 conduirait à encourager la mise en place de dispositifs de chauffage électrique, dont certains comme les pompes à chaleur sont performants. Le coefficient actuel les défavorise nettement par rapport aux systèmes de chauffage au gaz."

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.