Stockage liquide de l’énergie solaire : une innovation à suivre

Dans la course passionnante à l'innovation technique qui doit permettre à terme de profiter des énergies renouvelables d'une manière abondante et peu coûteuse, une percée a peut-être été réalisée par une université suédoise. Des chercheurs ont réussi à stocker dans un fluide de l'énergie solaire puis à la libérer.

La phase d'application industrielle est encore lointaine, mais les espoirs sont légitimement grands.

Depuis plus d'une décennie, les énergies renouvelables ont le vent en poupe. Solaire, éolien, biomasse, toutes les solutions offertes par la nature sont étudiées aux quatre coins du monde, car si les sources d'énergies ne manquent pas, il faut savoir les maîtriser. Le défi est en passe d'être relevé par des chercheurs de l'université de Technologie de Chalmers, à Göteborg (Suède). Le projet de captation de l'énergie solaire dirigé par Kasper Moth-Poulsen a été lancé il y a six ans déjà et a franchi une étape importante dans la maîtrise de l'énergie solaire.

Il n'est pas question de panneaux, mais de molécules synthétiques sensibles à la lumière du soleil. En les éclairant, ces molécules stockent de l'énergie dans leurs liaisons chimiques. Une fois « chargées », si on les met en contact avec un catalyseur, l'énergie se libère et les molécules reprennent leur forme initiale. L'opération peut être répétée 140 fois avec le même résultat. Il y a quatre ans déjà, ces mêmes chercheurs avaient réussi à convertir la lumière du soleil en énergie via une molécule fabriquée à partir du ruthénium.

Cette première étape encourageante n'était pas exempte de deux obstacles. Le premier (extrêmement important dans la perspective d'application industrielle) était son coût élevé, car le ruthénium est un élément rare et donc cher. Le second était le faible pourcentage de lumière solaire récupérée en énergie (0,01 %). Dans une récente publication, Kasper Moth-Poulsen et ses collègues ont annoncé avoir changé de molécule – une molécule plus performante et moins coûteuse. Le double obstacle est levé, mais il reste qu'avec un rendement de 1,1 %, il n'est pas encore envisageable de passer à la phase industrielle.

On peut toutefois se réjouir de l'évolution de cette petite équipe sur une période aussi courte. En quatre années les résultats ont été multipliés par 100. En recherche scientifique, tout n'est pas linéaire et parvenir à des performances assez grandes pour envisager des applications concrètes pourraient se faire attendre encore longtemps. Mais les idées d'application sont multiples et pourraient se traduire dans un premier temps avec la production d'eau chaude sanitaire. Affaire à suivre ! 

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