Les systèmes de ventilation dans le bâtiment sont-ils sur la sellette ?

Passant en moyenne près de 80% de leur temps en intérieur, les Français sont logiquement exposés de manière répétée aux polluants qui s’y trouvent. Que ce soit au travail ou chez eux, de nombreux éléments toxiques viennent dénaturer l’air intérieur et constituent un risque immédiat pour la santé.

Le monoxyde de carbone, issu des chauffages à combustion par exemple, représente en cas d’exposition répétée un danger mortel pour les occupants tandis que d’autres polluants (produits chimiques, composés organiques volatils, etc.) présentent des risques cancérigènes. Pour éviter de tels effets néfastes et optimiser par la même occasion les consommations d’énergie, une bonne ventilation de son intérieur est indispensable. La RT 2012 impose dans ce cadre l'installation de systèmes de Ventilation mécanique contrôlée (VMC) pour chaque construction et rénovation, mais semble encore manquer de précision et de mesures précises pour être réellement efficace. Explications.

 Ventilation et qualité de l’air intérieur

Si une large part du parc de bâtiments français renouvelle encore son air par ventilation naturelle (ouverture des fenêtres, infiltrations d’air liées aux défauts d’étanchéité, etc.), ce mode de ventilation engendre d’importantes déperditions de chaleur et n’est pas adapté aux exigences de réductions des consommations d’énergie. A l’instar de l’isolation, la qualité du système de ventilation d’un logement fait partie des exigences de la réglementation thermique puisqu’elle participe à la performance énergétique d’un bâtiment dans le cadre d’une construction neuve.

Une bonne ventilation intérieure permet en effet de lutter contre le gaspillage énergétique, mais contribue surtout à la santé des occupants en évacuant les nombreux polluants qui peuvent s’accumuler dans l’air et en prévenant l’excès d’humidité, responsable de l’apparition de moisissures et de la dégradation du bâti. Evoluant au fur et à mesure des réglementations, l’installation d’une ventilation permanente et générale des logements est aujourd’hui obligatoire, et tout nouveau projet de construction ou de rénovation soumis à la RT2012 doit disposer d’un système de ventilation mécanique (VMC), permettant de renouveler de manière rationnelle et maitrisée l’air intérieur, et de limiter les pertes d’énergie causées par l’air extrait ou les fuites.

 Les différents systèmes de ventilations disponibles

Plusieurs systèmes plus ou moins efficaces sont disponibles à l’heure actuelle. La VMC tout d’abord, largement déployée dans l’Hexagone, permet de mieux maîtriser les débits nécessaires au renouvellement de l’air. Elle permet d’extraire mécaniquement l’air intérieur vicié, qui sera remplacé par l’air neuf qui pénètre dans le logement via diverses ouvertures, mais présente un bilan énergétique mitigé. Elle est notamment responsable de plus 70% des déperditions de chaleur dans les bâtiments basse consommation, plus étanches à l’air et mieux isolés. Conçues pour lutter contre ce type de gaspillage énergétique, les VMC double flux, qui récupèrent la chaleur de l’air intérieur pour les transférer à l’air venant de l’extérieur, présentent donc un intérêt croissant, plus particulièrement sur des bâtiments type « passifs » ou « à énergie positive ». Sur le plan technique, une VMC double flux permet d’échanger des calories entre l’air « extrait » (de l’intérieur de la maison) et l’air « entrant » (air neuf puisé à l’extérieur) de manière à réchauffer ce dernier avant de l’amener dans les pièces de vie.

La ventilation mécanique répartie ou ponctuelle (VMR ou VMP) est constituée quant à elle d’aérateurs individuels placés dans les pièces de service. Elle fonctionne selon le même principe qu’une VMC (balayage de l’air depuis les pièces principales jusqu’aux pièces de service d’où il est rejeté, en passant sous les portes de communication), mais convient mieux à la rénovation, surtout quand la pose d’une VMC est trop problématique. Il existe des modèles d’aérateurs silencieux et consommant peu d’électricité, qui peuvent éventuellement être asservis à l’interrupteur de la lumière. En collectif enfin, la VMC-gaz offre la possibilité d’évacuer l’air vicié et les produits de combustion d’une chaudière ou d’un chauffe-eau à gaz, par le même réseau.

La perméabilité à l’air des bâtiments

Logiquement associée à une ventilation efficace, la perméabilité à l’air du bâtiment doit permettre elle aussi de garantir une bonne qualité de l’air intérieur. Cette perméabilité (appelée aussi étanchéité) définit la sensibilité du bâtiment vis-à-vis des écoulements aérauliques parasites causés par les défauts d'étanchéité de son enveloppe, ou plus simplement la quantité d’air qui entre ou sort de manière non contrôlée à travers celle-ci. Cette quantité est calculée par la mise en rapport de la valeur du débit de fuite traversant l'enveloppe du bâtiment et de l’écart de pression donné. Elle s’exprime en m3/(h.m²).

Dans le cadre de la RT 2012, le traitement de la perméabilité à l’air des bâtiments à usage d’habitation est obligatoire. La réglementation établit d’ailleurs des objectifs de performance et pour la première fois, les seuils ont été fixés à 0,6 m3/(h.m²) pour les maisons individuelles, et 1 m3/(h.m²) pour les logements collectifs. La mesure de perméabilité à l'air d'un bâtiment ne sera par ailleurs valide, dans le cadre de la RT 2012, que si elle est réalisée par un opérateur autorisé par le ministère en charge de la construction, soit l’actuel Ministère de la Cohésion des Territoires. La RT 2012 permet toutefois de s’affranchir d’une mesure systématique en fin de travaux pour les bâtiments ayant suivi une démarche qualité certifiée par un organisme certificateur accrédité.

La RT 2012 face à ses incohérences

De plus en plus étanches donc, nos maisons progressent logiquement en matière de déperditions de chaleur et de performance énergétique. Un constat positif de prime abord mais qu’il faut relativiser puisqu’il impose d’un autre côté un déploiement concomitant des systèmes de ventilation adéquats. En effet, si sur le plan thermique les bénéfices d’une moins grande perméabilité à l’air sont évidents, il n’en va pas de même en ce qui concerne la qualité de l’air intérieur. « Lorsque le logement est doté d’un bon système de ventilation, tout va bien, mais si ce n’est pas le cas, le confinement peut avoir des impacts néfastes sur la santé des occupants », explique Pierre Deroubaix, ingénieur en charge des questions de ventilation au sein du service Bâtiment de l’ADEME.

Problème, malgré toutes les normes issues de la Réglementation thermique 2012, l’importance des systèmes de renouvellement d’air est encore largement sous-estimée dans l’Hexagone, et les contrôles très peu fréquents. Ces contrôles, mis en place récemment à l’initiative de l’Ademe, via le protocole Promevent, restent volontaires, et s’attachent pour le moment à mettre au point « un protocole de diagnostic des systèmes de ventilation mécanique du secteur résidentiel afin de fiabiliser et d’unifier les pratiques de mesures ». L’Ademe souhaite par ce biais que la question de la ventilation soit traitée avec la même attention que celle de l’étanchéité à l’air, et que la prochaine réglementation thermique impose une démarche qualité sur la mise en place des systèmes de ventilation au même titre que les normes strictes appliquées à la perméabilité.

Selon les derniers contrôles de règles de construction (CRC) menés par le CEREMA (Centre d’études et d’expertises sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) sur les constructions neuves (résultats relayés par l’Ademe), les taux de non-conformité en matière de renouvellement de l’air seraient de l’ordre de 66% en maisons individuelles et de 44% en habitat collectif, avec pour conséquence une forte concentration de moisissures dans plus d’un logement français sur trois.

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