Réchauffement climatique : les énergéticiens français en ordre de bataille

En cette fin 2017 et plus particulièrement lors du One Planet Summit, EDF, New Areva ou encore Total ont pu réaffirmer leur volonté de verdir leur production énergétique, afin de satisfaire les engagements de la France en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Emmanuel Macron l'a annoncé le 17 décembre 2017 sur France 2 : d'ici 2022, les centrales à charbon françaises seront éteintes, parce que "c'est cela qui est mauvais pour les émission de CO2". La "mue verte" d'un président que l'on prétendait insensible aux enjeux liés au climat n'est pas anodine. Elle intervient à un moment charnière, où tout est encore possible mais presque déjà trop tard. Deux ans après la signature en grande pompe de l'Accord de Paris, le constat est assez alarmant, puisqu'en l'état, le maintien de la hausse des températures globales en deçà de 2°C est une chimère. Sauf si tous les pays et tous les acteurs décident de s'y mettre.
L'équation à résoudre est simple. La France, parce qu'elle s'y est engagée, doit diminuer ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et repenser son modèle énergétique. Et parmi les activités qui polluent le plus, outre le transport, le bâtiment et l'industrie, les groupes énergétiques tricolores ont une part non négligeable dans l'empreinte carbone du pays. Surtout ceux qui ont encore recours aux sources les plus polluantes, comme la houille ou le gaz. Pour respecter l'engagement français dans la lutte contre le réchauffement climatique mondial, ces derniers doivent donc agir pour la planète. C'est d'ailleurs fort heureusement ce qu'ils ont commencé à faire.

Consommation d'énergie finale

Qu'ils se nomment Total, EDF ou Areva ; qu'ils aient basé leur fonds de commerce sur le charbon, le pétrole, le nucléaire ou les énergies vertes ; qu'ils soient fournisseurs d'électricité ou non, la grande majorité des énergéticiens tricolores a, semble-t-il, pris conscience de la problématique climat et des mesures pour y répondre. Un tournant nécessaire, non seulement pour coller aux engagements étatiques de développement durable mais également – il serait hypocrite de le nier – parce que les nouveaux modes de consommation d'énergie représentent une manne financière dont les groupes ne peuvent se passer.
Les deux leviers sur lesquels ils comptent s'appuyer : d'un côté, la diminution des énergies les plus polluantes ; de l'autre, l'investissement massif dans les énergies les plus propres. Avec, de manière transversale, le développement nécessaire de l'efficacité énergétique tout en garantissant la sécurité d'approvisionnement. Ce sont les grands enjeux de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) telle qu'elle a été adoptée par le gouvernement en 2016, un an après la COP21. Et "le secteur de l'énergie, à l'instar des autres secteurs, doit contribuer à atteindre l'objectif ambitieux de réduction de 40 % des émissions de GES d'ici 2030" avait-il précisé.

Concrètement, la France s'est fixée un double objectif de réduire sa consommation énergétique à 131,4 Mtep d'énergie finale et 219,9 Mtep d'énergie primaire en 2020. Ce qui représente une diminution de 30 % de la consommation d'énergies fossiles en 2030, de 20 % de la consommation d'énergie finale en 2030 par rapport à 2012 et de 50 % de la consommation d'énergie finale en 2050. Un élan vertueux qu'a déjà pris New Areva, puisque l'ancien fleuron du nucléaire français a quasiment atteint son ambition de réduire de 80 % sa consommation d'énergie et de 50 % ses émissions de CO2 en 2020 par rapport à 2004.

Électricité bas carbone

Des bons résultats que Philippe Knoche, directeur général de New Areva, a pu annoncer en marge du One Planet Summit, organisé à Paris le 12 décembre 2017. Soit deux ans, jours pour jours, après la signature de l'Accord de Paris. L'idée : réaffirmer et renforcer l'engagement des entreprises françaises – dont les énergéticiens – pour le climat, en inscrivant les contributions de chacun dans un document intitulé "French Business Climate Pledge" (FBCP).
Les émissions de CO2 pour une électricité nucléaire sur l'ensemble du cycle de production est effectivement de 12 grammes par kilowattheure contre 48 pour le solaire photovoltaïque, par exemple, ou encore 490 g/kWh pour le gaz et plus de 800 g/kWh pour le charbon, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ce qui fait nécessairement d'EDF un bon élève. Le premier électricien d'Europe, qui a massivement recours au nucléaire, "affiche régulièrement moins de 20 grammes de CO2 par kWh en France, soit moins que la moyenne européenne, qui est d'environ 300 g/kWh", renseigne le FBCP.
La stratégie d’EDF a été de miser sur un "mix énergétique [...] équilibré [qui] favorise les énergies décarbonées" et "repose sur la complémentarité : la puissance apportée par le nucléaire, le volontarisme des énergies renouvelables et la sécurité d'approvisionnement qu'apportent ces deux types d'énergie." Un tropisme écolo-responsable que le groupe dirigé par Jean-Bernard Lévy entend maintenir et même approfondir. L'objectif ? "Doubler sa capacité installée au niveau mondial entre 2015 et 2030 de 28 à plus de 50 gigawatts", en construisant de nouvelles capacités renouvelables et nucléaires – en Grande-Bretagne notamment.

Offres "vertes"

Total, de son côté, a une position plus contrastée. Chantre des hydrocarbures, l'énergéticien, a davantage participé au réchauffement climatique qu'il a contribué à l'atténuer. Les moins cyniques verront toutefois dans ses récentes mesures une réelle volonté d'évolution pour se conformer aux standards environnementaux. Dans 20 ans, Total espère ainsi assurer 60 % de sa production d'hydrocarbures grâce au gaz, "la moins émissive des énergies fossiles" d'après le FBCP. Quant au pétrole, le groupe assure sélectionner les projets les plus compétitifs en terme de coûts et de respect de l'environnement.
Et, tout comme EDF d'ailleurs, Total incite ses clients à mieux et moins consommer, en misant énormément sur l'innovation énergétique et en fournissant des offres "vertes", véritable label écologique appelé à se multiplier dans les prochaines années. Une manière, pour les particuliers, de contribuer également à l'effort de lutte contre le réchauffement climatique. En plus des réflexes quotidiens à adopter, comme penser à éteindre les lumières en partant d'une pièce ou ne pas chauffer de manière excessive une habitation. Des pratiques qui tiennent davantage du bon sens, et ne sont en tout cas plus du ressort des énergéticiens.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.