Entrisme russe aux Etats-Unis : Poutine a-t-il infiltré le Tout-Washington ?

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Après les poupées russes, il se pourrait bien que la Russie ait inventé une nouvelle spécialité : les « trolls de Poutine ». Loin de surgir des buissons de la taïga sibérienne, ces trolls seraient, si l'on en croit certains supporters de la perdante de l'élection présidentielle américaine, Hillary Clinton, des hackers et autres prodiges russes de l'informatique, chargés par le Kremlin de promouvoir la candidature de Donald Trump. Et de savonner la planche de la candidate démocrate. Ainsi, et bien qu'il s'en défende, les huiles démocrates n'ont pas hésité à accuser Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, de travailler pour la Russie de Poutine. C'est depuis le site de son organisation qu'ont été divulgués, en plein cœur de la campagne américaine, les milliers de courriels internes à l'équipe de l'ex-First Lady. Un scandale diplomatique et informatique qui a, peut-être, accéléré la défaite d'Hillary Clinton. 

Si une enquête, menée par le FBI, a disculpé Donald Trump de tout lien avec les autorités russes, deux faits posent question. Tout d'abord, il n'est un secret pour personne que l'élection du magnat de l'immobilier new-yorkais fait les affaires du Kremlin. Mais surtout, le seul fait qu'un certain nombre de médias américains accréditent la thèse des « trolls de Poutine » en dit long sur les suspicions qui règnent, outre-Atlantique, sur la porosité de Washington à l'influence russe. Si la guerre froide est bien terminée, Moscou ne semble pas lassé des jeux d'influence. 

L'entrisme russe aux Etats-Unis, une longue histoire

L'entrisme russe dans la vie politique américaine ne date pas d'hier. Il y a dix ans, déjà, Moscou tentait d'avancer ses pions, et de faire valoir ses intérêts, jusqu'aux plus hauts sommets des institutions politiques et médiatiques américaines. Armé du Russian American Business Council, une organisation dotée de 50 millions de dollars, le Kremlin – déjà aux mains de Vladimir Poutine – a mis sur pied une véritable machine de propagande. L'objectif, développer des relations de confiance, bien qu'informelles, avec le Tout-Washington : hommes politiques, businessmen, journalistes... Et faire valoir les intérêts des sociétés russes chez l'Oncle Sam : Gazprom, Rosneft, Aeroflot, Vnesheconombank, etc. Afin de multiplier les chances de succès, le Conseil russo-américain avait alors entrepris d'approcher le gratin de l'élite politique et administrative américaine, en faisant miroiter des places à son conseil de surveillance. 

La rumeur court par ailleurs à Washington selon laquelle la présidente de la chambre de commerce russo-américaine, Helen Teplitskaya, serait à la manœuvre pour défendre les intérêts de Sberbank, l'une des institutions bancaires publiques les plus importantes de Russie. Proche amie de Vladimir Poutine, elle aurait pour mission informelle de nouer des liens étroits avec la nouvelle administration Trump . A en croire un officier chargé du contre-espionnage au sein de l’OTAN, Sberbank fonctionnerait « comme une sorte d’extension du SVR (nouveau nom du KGB) à l’extérieur de la Russie, un nombre important de ses cadres supérieurs étant d’anciens officiers russes du renseignement ».

Récemment aussi, le scandale lié à la révélation par Edward Snowden du système de surveillance mondial mis en place par les services de renseignement américains, a ravivé le spectre d'une influence russe agissant dans l'ombre. Plusieurs élus américains se sont publiquement interrogés, tant sur le fond des documents révélés que sur les moyens dont a disposé l'ancien sous-traitant de la NSA pour organiser sa fuite – jusqu'à son exil moscovite. « Je pense que nous devrions répondre à des questions intéressantes, ce qui nous conduirait certainement à croire que les Russes ont eu, au moins en partie, quelque chose à voir » avec l'affaire Snowden, aurait ainsi déclaré le président de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, Mike Rogers, en 2014. « Tout, depuis la manière dont il a préparé sa fuite, son itinéraire, jusqu'à la façon dont il a abouti rapidement à Moscou », donne foi à la thèse d'un soutien russe, a laissé entendre l'élu.

Une analyse à laquelle souscrivait également Michael McCaul, président de la commission sur la Sécurité intérieure de la Chambre, et selon qui « ce n'était pas le fruit du hasard (si Snowden) avait fini à Moscou sous la direction du FSB », le service qui a pris la succession du KGB russe. Et s'il est un vétéran américain qui ne badine pas avec les interférences russes à Washington, il s'agit bien de John McCain. 

Donald Trump manipulé par Moscou ?

A Washington, le sénateur et ancien candidat républicain à la Maison Blanche mène la bataille contre les réseaux du Kremlin. Dans l'esprit du vétéran du Vietnam, la campagne et l'élection de Donald Trump ont allumé les signaux d'alarme. Ainsi, plusieurs membres de l'entourage du candidat et désormais président-élu américain se sont illustrés, par le passé, par leurs accointances avec le pouvoir russe. A commencer par le propre directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort. Avant de rejoindre le tycoon new-yorkais, Paul Manafort a été l'un des plus proches conseillers de Viktor Ianoukovitch, le président ukrainien renversé à la faveur de la révolution de 2014. Pro-russes, l'ex-dirigeant de l'Ukraine a bénéficié des conseils de l'Américain pour accéder au pouvoir, en 2010. 

Selon le New York Times, le nom de Paul Manafort apparaît également dans une enquête menée par le Bureau ukrainien anti-corruption, qui aurait trouvé la trace de plusieurs versements, d'un montant total de 11 millions d'euros, au profit du conseiller de l'ombre américain. Le camp d'Hillary Clinton ne s'est pas privé d'utiliser ces révélations pour conspuer, durant la campagne, les faveurs que trouve la Russie de Vladimir Poutine dans la bouche de Donald Trump. Plus étonnamment, c'est bien le républicain John McCain qui s'est montré le plus intransigeant, déclarant « qu'il ne fallait avoir aucune confiance dans les déclarations d'un ancien agent du KGB (Vladimir Poutine), qui a plongé son pays dans la tyrannie, assassiné ses opposants politiques, envahi ses voisins, menacé les alliés des Etats-Unis et tenté de compromettre les élections américaines »

Carter Page, un autre conseiller diplomatique du candidat Trump, a lui aussi fait les frais d'accusations de collusion avec la Russie. Au point que les services de renseignement américains auraient gardé un œil sur ses activités économiques en lien avec Moscou. Autant d'indices qui laissent à penser, à défaut de le démontrer, que Moscou entend bien peser sur la politique américaine. 

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