Vers une sortie de crise en Ukraine

La fin du tunnel est à portée de vue dans le conflit ukrainien, mais la route est encore semée d'embûches. Tel est le bilan que l'on peut dresser à l'issue du sommet de Paris qui a permis à l'Ukraine, la Russie, l'Allemagne et la France de rapprocher leurs points de vue. Les accords de Minsk 2 sont plus que jamais un horizon accessible même s'il a été annoncé que les élections locales dans l'Est du pays seraient reportées à début 2016.

Après un an et demi de conflit et plus de 8 000 victimes, la paix est enfin à portée de vue dans les plaines ukrainiennes. Depuis avril 2014, les Ukrainiens se livrent à une guerre fratricide alimentée par Moscou d'un côté et les Occidentaux de l'autre. L'automne 2015 arrive avec dans ses bagages des espoirs de paix sérieux en raison du changement de contexte (international). La Syrie est revenue au centre de toutes les préoccupations après un coup de poker russe que les analystes tentent toujours de comprendre dans les moindres détails. L'envoi d'hommes, de matériel et le début des frappes aériennes le 30 septembre par l'aviation russe sur des positions tenues par des adversaires de Bachar el-Assad (pas forcément Daech à en croire les premiers témoignages) changent la donne au niveau international. L'épicentre des relations internationales se trouve désormais en Syrie et non plus en Ukraine.

Tandis, que l'avenir du Moyen-Orient et la manière d'éradiquer les groupes terroristes hantent tous les esprits, l'Ukraine se retrouve face à elle-même. Dix-huit mois de guerre ont essoré l'économie du pays et traumatisé ses habitants. Les sponsors de ce conflit ont maintenant la tête en Syrie et laissent chaque camp face à ses responsabilités. Côté séparatistes, de nouvelles actions de guerre les mettraient en porte à faux vis-à-vis de Moscou qui souhaite désormais ne pas envenimer la situation. Côté gouvernement ukrainien, le temps est à l'orage avec une situation économique catastrophique, un jeu politique des plus compliqués et des pressions occidentales pour ne pas faire capoter le regain d'espoir de parvenir à une sortie de crise. Tous les éléments sont en place pour que la paix règne enfin.

Le retour au calme

Le sommet qui s'est tenu à Paris le 2 octobre et qui a réuni Ukraine, Russie, Allemagne et France s'est conclu avec l'espoir bien réel que la situation s'apaise définitivement. Depuis le 1er septembre, le cessez-le-feu est bien respecté, une première depuis qu'il en a été question dans les accords de Minsk. Le porte-parole d'Angela Merkel a déclaré que « le processus de Minsk est difficile sur de nombreux détails mais le cessez-le-feu est largement respecté depuis le 1er septembre. Cela montre l'influence qu'a la Russie sur les séparatistes. Enregistrer des succès sur ce chemin difficile, voilà l'objectif ». Les soldats ukrainiens morts depuis début septembre sont décédés à cause d'engins explosifs laissés par les séparatistes et non au cours d'escarmouches.

Autre signe que la paix est à portée de main, un accord de principe a été trouvé pour que les armes de moins de 100 mm ne soient pas présentes dans une zone tampon large de 15 km de part et d'autre de la ligne de front. L'information a été confirmée par le président Porochenko et seule l'annonce du report des élections locales dans l'Est de l'Ukraine est venue rappeler que la situation est tendue sur le terrain. Prévues le 25 octobre, elles auront finalement lieu début 2016, 90 jours au maximum après le prochain vote d'une loi électorale. Les rebelles avaient prévu pour leur part de tenir des élections une semaine auparavant. Mais sous la pression de Moscou, aucune élection non reconnue par Kiev ne devrait finalement avoir lieu. Les conditions d'une paix durable se précisent avec plus de force chaque semaine et la nouvelle phase qui s'ouvre dans le conflit syrien devrait permettre un retour à la normale dans l'Est ukrainien.

Une chasse aux sorcières sélective

Mais pour que l'Ukraine puisse se relever complètement d'une guerre civile, le travail de réconciliation doit être entamée dès aujourd'hui afin de rapprocher les adversaires et leur montrer que les points communs sont bien plus nombreux que les différences. Le vote au Parlement ukrainien de la loi relative à l'autonomie des territoires a vu de violentes contestations dans les rues de Kiev débouchant même sur le décès de policiers.

Les esprits sont encore très tendus et certains se sont même lancés dans une chasse aux sorcières qui met à l'index tous ceux qui ont travaillé à un moment donné avec l'ancien pouvoir symbolisé par l'ex-président Ianoukovitch. C'est ainsi qu'un ancien ministre des Revenus, Oleksandr Klymenko, a dû fuir le pays pour ne pas être pris dans la grande épuration politique qui continue encore aujourd'hui. L'homme souligne qu'il a lui même fait voter une loi pour amener les oligarques à payer leurs impôts comme tous les contribuables, mais son passage dans l'équipe Ianoukovitch est considéré comme une faute impardonnable.

Une position difficile à comprendre quand on sait que le président Porochenko a lui aussi été ministre de Ianoukovitch. La chasse aux sorcières se fait de manière très sélective donc, mais ce n'est qu'en invitant tous les Ukrainiens à se réunir que la paix sera vraiment gagnée. Le travail ne fait que commencer et il faudra de la patience et une bonne volonté de tous pour y parvenir.

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