Ukraine : à l’ombre des obus la crise humanitaire frappe

Ira ? Ira pas ? La question est sur toutes les lèvres. Ukrainiens et Russes vont-ils reprendre les armes encore chaudes et passer des escarmouches aux grandes manœuvres militaires ? Il est bien difficile de prédire l’évolution de la situation tant les intérêts sont contradictoires dans chaque camp. Pas de guerre (pour le moment du moins), mais pas de paix non plus. Un entre-deux qui génère une grave crise humanitaire qui ne préoccupe pas grand monde, mis à part quelques ONG.

Ira ? Ira pas ? La question est sur toutes les lèvres. Ukrainiens et Russes vont-ils reprendre les armes encore chaudes et passer des escarmouches aux grandes manœuvres militaires ? Il est bien difficile de prédire l’évolution de la situation tant les intérêts sont contradictoires dans chaque camp. Pas de guerre (pour le moment du moins), mais pas de paix non plus. Un entre-deux qui génère une grave crise humanitaire qui ne préoccupe pas grand monde, mis à part quelques ONG.

Les regards sont tournés vers la situation sans précédent des migrants qui arrivent par centaines chaque jour aux portes de l’Europe. Une tragédie à laquelle l’Union européenne semble dramatiquement sans solution alors qu’elle s’est saisie (sous la contrainte) du dossier. Que penser donc des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens dont personne ou presque ne se préoccupe alors que le conflit qui se joue là-bas est censé être primordial pour la sécurité actuelle et future de l’Europe ?

C’est un fait, les Ukrainiens meurent (environ 6 000 morts depuis le début du conflit) et sont obligés de quitter le lieu où ils ont vécu depuis des générations pour sauver leur vie et survivre dans des conditions extrêmement précaires. Outre les destructions importantes directement dues au conflit, deux millions d’Ukrainiens de l’Est sont aujourd’hui réfugiés plus à l’Ouest, en Russie, en Biélorussie et en Pologne. Deux millions de personnes sur les routes et cinq millions qui vivent dans la plus grande misère entre les opérations militaires et la pénurie qui frappe.

Selon un récent rapport du Programme alimentaire mondial, les prix des produits alimentaires dans les territoires contrôlés par les séparatistes sont supérieurs de 59 % à la moyenne des prix dans le reste de l’Ukraine. Une situation intenable pour une population qui doit se calfeutrer et qui ne peut décemment pas travailler pour subvenir à ses besoins. La cause principale du problème est le blocus décidé par Kiev concernant les territoires qu’il ne contrôle plus. Pour affaiblir la position des séparatistes pro-russes, la faim est une arme pas moins efficace qu’un mortier. Mais c’est aussi une arme à double tranchant car il justifie le discours du Kremlin qui insiste sur la volonté des autorités de Kiev de frapper sa propre population car naturellement plus tournée vers Moscou que vers l’Ouest.

S’il est bien difficile de juger du bien-fondé et des véritables intérêts poursuivis par une telle politique, sur le terrain la réalité est on ne peut plus claire. Les civils sont les premières victimes et très peu d’actions sont mises en place pour leur apporter de l’aide. Il ne reste plus que Moscou qui multiplie les convois humanitaires – largement contestés à Kiev qui estime qu’il s’agit plus d’opérations militaires que d’aide aux populations civiles – et les rares ONGs indépendantes qui font le maximum. Une des plus actives est Restoring Donbass qui a notamment mis en exergue la situation catastrophique pour le logement. 10 000 bâtiments ne peuvent en effet plus accueillir des habitants car très lourdement touchés par les bombardements. L’aide qu’apporte l’ONG aux populations restées sur place est précieuse, mais insuffisante au regard de la tâche herculéenne à accomplir. Les colis alimentaires du World Food Programme et du PNUD ne sont qu’une goutte d’eau alors qu’il faudrait un océan.

La situation peut-elle durer ? Malheureusement oui, car Kiev n’a pas la main sur le plan militaire et la Russie semble se contenter d’un pourrissement de la situation. Le Sommet de Berlin pour reprendre la marche vers la paix n’est qu’un dialogue de sourds et il y a peu d’espoir d’un retour à la normale pour les Ukrainiens de l’Est. Pendant ce temps, l’économie de l’Ukraine s’effondre, celle de la Russie vacille et se sont des millions de civils qui font les frais de choix politiques plus que discutables.

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