Pour un dépistage et une vaccination systématiques contre les lobbys pathogènes

Le confinement est un moment propice à la réflexion, surtout lorsque l’on a épuisé le catalogue des séries et les perfusions continues d’infos anxiogènes diffusées sur les écrans. Vient alors le manque, suivi d’une période d’intense agitation avant que le cerveau ne se reconfigure de nouveau pour se poser LA bonne question : « Comment en est-on arrivés là ? »

Je préviens d’emblée mes lecteurs-trices, que je n’ai ni la rigueur d’un éminent scientifique ni celle d’un brillant mathématicien menant ses travaux en double aveugle, insensible au fait que ces derniers soient publiés ou financés.

 Je ne connais pas grand-chose à la médecine en dehors d’une vieille citation de Paracelse

« Tout est poison et rien n’est sans poison ».

Cette incitation pleine de bons sens me protège quotidiennement de tout abus de BFMTV, CNEWS, ou de paracétamol, un médicament pourtant en vente libre qui, si on ne lit pas bien la posologie peut vous flinguer les reins et le foie en un rien de temps.

 Ainsi, je reste donc prudent, voir dubitatif, considérant les attendus du tout récent conseil scientifique CoVID19, dont les membres condamnent régulièrement sur les médias les méthodes pas très empiriques de l’un de leurs collègues, le Professeur Didier Raoult, un scientifique non moins éminent mais doté d’un look « beatnik et grosse baguouze » et qui plus est, propose de vieilles potions bon marché non pas pour soigner mais pour atténuer le mal, en attendant un vaccin qui tarde à venir.

C’est en écoutant chacun des membres du haut conseil clouant médiatiquement ce professeur aux allures christiques que je me suis rappelé d’une citation, de Rabelais cette fois, auteur très en vogue chez les ados (je plaisante), qui a écrit :

 « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

 Et je dois avouer que mon esprit simplement cartésien m’a vraiment fait douter des bonnes intentions de ces scientifiques éminemment respectables, en les voyant déverser leur fiel parfois avec beaucoup de condescendance, rejoints en cela avec nettement moins de retenue par d’autres sommités des plateaux télé, à l’encontre du professeur Raoult qui, ma foi, a le droit de se présenter tel qu’il est, sans artifice, en blouse blanche et chemise à carreaux col ouvert.

 Alors tout comme vous certainement, j’en ai marre de ce confinement. Il fait beau et je voudrais bien, moi aussi, sortir ! Oh, pas nécessairement pour aller bosser mais, par exemple, pour fouler de nouveau le sable humide sur la plage, le matin, avec un petit air marin de face. Seulement, la perspective d’une prune à 135 euros me fait garder la chambre où je suis en train d’écrire ce billet.

 Si tous les confinés du monde voulaient se donner la main et réfléchir en pensant aux lendemains qui déchantent, on pourrait alors faire table rase et identifier d’ores et déjà les responsables, les coupables, mais aussi les sombres entremetteurs dont la mission ne semble pas très philanthropique.

 Errant sur Internet à la recherche d’une vraie information, je me suis intéressé non seulement aux déclarations publiques d’intérêts des membres du conseil scientifique mais également à « l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé » (AVIESAN).

 Cet organisme au nom très philanthropique n’a rien à voir avec une fondation caritative ou un quelconque mécénat.

Sur son site internet, chacun peut lire sa profession de foi dans une novlangue qu’il convient toutefois de décrypter pour peu que l’on soit un peu féru en matière de« lobbying », un anglicisme à la mauvaise réputation en ces temps troublés.

 AVIESAN propose donc d’organiser le partenariat (contacts, échanges) entre les entreprises, les scientifiques, et les différentes institutions et organisme publics de santé. Cette alliance a pour but officiellement « d’aider tous ceux qui souhaitent développer des produits de santé à mieux appréhender le parcours réglementaire » ce qui, à première vue, est une bonne chose si l’on considère que, par le passé, des médecins ont prescrit un peu légèrement, et ce avec la bénédiction des labos et des organismes publics chargés de les contrôler, des anti-diabétiques à des personnes en surpoids dont un pourcentage non négligeable va ensuite passer de vie à trépas. La suite de l’histoire, vous la connaissez avec cette pneumologue opiniâtre au CHU de Brest dont j’ai vu récemment le film tiré du livre.

 Mais je m’égare, revenons à AVIESAN qui a vu le jour en 2009, soit deux ans avant la loi Bertrand, ancien ministre de la santé qui va s’émouvoir du récit de la fameuse pneumologue qui constatait de possibles conflits d’intérêts, sur fond de baisse des budgets alloués à la recherche.

 Dans ce contexte, tout partenariat entreprise-secteur public mérite une attention soutenue.

 Le partenariat de l’Alliance AVIESAN avec, entre autres l’INSERM mais aussi le groupe SANOFI, leader mondial de l’industrie pharmaceutique m’interpelle, considérant la paupérisation actuelle de la recherche publique et le fait que les chercheurs doivent tout de même pouvoir travailler. Notons qu’AVIESAN s’intéresse également au dispositif médical de remboursement du médicament.

 Et c’est là que se pose la première question :

 « Et si certains hauts responsables de la santé et quelques membres éminents du Conseil Scientifique avaient été orientés ou désorientés alors qu’ils étaient en partenariat avec cette fameuse alliance AVIESAN ? ». Suivant le vieil adage journalistique que certains ne se posent pas assez, on est tout de même « en droit de savoir » mais sans pour autant jeter l’opprobre sur toutes ces « sachants » tous plus éminents les uns que les autres.

 Considérant les débats passionnés autour de l’utilisation, ou non, de la chloroquine, chacun est en droit de se demander s’il existe une certaine « porosité » entre certaines sommités au sein des instituts publics et l’industrie pharmaceutique qui, d’un côté « demande de l’aide » afin d’appliquer les règlements et de l’autre doit poursuivre ses objectifs financiers via une stratégie commerciale qui implique toute la puissance de ses nouveaux réseaux.

 Tout en parcourant Internet, je suis tombé sur le profil public de l’actuelle Directrice Générale de la Santé, Mme Geneviève CHENE, éminente enseignante en santé publique, professeur de biostatistiques, ancienne directrice du Pôle de santé publique de Bordeaux et accessoirement ayant exercé bénévolement (selon sa déclaration publique d’intérêts) des responsabilités chez AVIESAN de février 2014 à mars 2017 avant de retourner dans le secteur public

 Même constatation concernant l’éminent professeur Jean-François Delfraissy Président du comité scientifique qui a participé, courant 2016, à une conférence organisée par l’ancien président de AVIESAN, M. Yves LEVY, ce dernier, par ailleurs conjoint de Mme Agnès BUZIN ex-ministre de la santé, a été cité sur des réseaux sociaux complotistes, mais il n’est pas dans mes habitudes de mélanger sphère publique et sphère privée.

 En sondant un peu plus le profil des membres du conseil scientifique, je retrouve le docteur Pierre-Louis DRUAIS, président fondateur du collège de médecine générale depuis juin 2010 qu’il quittera pour aller exercer de nouvelles responsabilités au sein de la HAS (Haute autorité de Santé). Très rapidement, il va rédiger un rapport très technique qu’il remettra à l’ex-ministre de la santé Marisol TOURAINE, rapport dans lequel il mentionnera les actions de l’alliance AVIESAN en page16, sur fond de gestion comptable de la fonction publique hospitalière et de suppression de lits disponibles.

 Parmi ces éminents spécialistes, on trouve également de savants mathématiciens-comptables qui excellent dans la modélisation des pandémies, transformant les malades en de simples données informatiques intégrées ensuite dans le « big-data », analysées puis matérialisées par de splendides courbes qui intéressent vivement les nouveaux actuaires des assurances, toujours à l’affût de données pour évaluer finement le risque, les pertes mais aussi la courbe des gains.

 Prenez le docteur Simon CAUCHEMEZ, éminent mathématicien, et membre du conseil scientifique, qui a participé le 7 février 2019 à un colloque organisé par AVIESAN en la présence de nombreux scientifiques éminents et membre du haut conseil.

Je dois ici avouer que je ne connais vraiment rien à la modélisation mathématique qui, via des algorithmes compliqués et coûteux, et la bénédiction de certains opérateurs téléphoniques, sont en mesure de cartographier les pandémies.

 Passionné par ce que je découvre, me voilà maintenant sur la plate-forme numérique de l’ITMO IM où les professeurs Yazdan Yazdanpanah, et Arnaud Fontanet, le premier virologue de renom d’origine iranienne et le second épidémiologiste renommé, tous deux membres du conseil scientifique supra, animent le groupe « REACT'ing », qui n’est pas une banque en ligne, je le précise mais un réseau collaboratif multi-disciplinaire d’instituts de recherches français, le tout sous l’égide bienveillante de l’alliance AVIESAN et en partenariat avec l’Inserm. Mais est-ce que cet institut public tient encore les manettes ?

 Ici se pose bien évidemment la question du financement de la recherche publique. Considérant les réductions budgétaires qui ont mis à plat la recherche française je me pose les questions de :

 Qui finance quoi ? Quelles sont les orientations ? Qui décide ? Et in fine, qui dépose les brevets et sur quoi ?

 La consultation d’un vieil article du Monde datant de 2016 me renseigne sur les dégâts et les premières évaluations, à l’époque, de la casse opérée dans le domaine de la recherche publique.

Ces inquiétudes des chercheurs seront reprises par les sénateurs trois ans plus tard, en 2019 lors de l’examen du projet de loi des finances.

 L’expert infectiologue, le professeur Denis Malvy, également membre du conseil, pourrait à ce titre nous rassurer vu qu’il maîtrise pleinement les techniques de communication et la vulgarisation de la parole scientifique auprès des profanes que nous sommes. Il saurait, à ce titre, nous rassurer sur les objectifs d’AVIESAN. Se souvient-il de la conférence à laquelle il a participé en 2016 avec l’actuel président du Conseil scientifique M. Jean-François DELFRAISSY organisée par l’Alliance ?

 Et que dire de la présence d’AVIESAN dans une publication de l’académie nationale de médecine datant de novembre 2014 ? En page 1526, les sages reviennent sur le travail exemplaire du CHU de Bordeaux (une fois encore) dans lequel officie le professeur Denis Malvy et adressent leurs « remerciements » à AVIESAN. Merci de la part de qui ? Merci pourquoi ?

 Mais rendons ici honneur aux femmes, encore si rares aux postes à responsabilité en citant cette fois un autre membre éminent du conseil scientifique, Mme Laeticia Atlani-Duault, dont la biographie mentionne qu’elle est également « un des membres fondateurs du conseil scientifique de REACT'ing (INSERM/AVIESAN) ce qui est tout à son honneur d’autant plus que ce travail a été non rémunéré selon sa déclaration publique d’intérêt. Cette éminente spécialiste est chargée de préparer et coordonner la recherche pour faire face aux crises sanitaires liées aux maladies infectieuses émergentes.

Sa nomination au sein de ce conseil et sa proximité avec l’Alliance n’entament en rien ses compétences pour établir une stratégie et lutter contre le CoVID19.

 Quant au professeur Bruno Lina, il faut rappeler que ce virologue de renom s’est exprimé sur BFMTV en se positionnant contre l’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine avec un verdict sans appel pour l’heure. « On a pas la preuve aujourd’hui que ce traitement peut marcher ».

Le professeur Lina est un « sachant » qui a, lui aussi, participé à des travaux « soutenus » par REAC'Iing. Sa méthode est écrite dans ce court extrait :

 « L’approche innovante développée par le laboratoire est basée sur le repositionnement de médicaments déjà sur le marché pour de nouvelles indications thérapeutiques antivirales, qui présente l’avantage majeur de diminuer drastiquement la durée et les coûts de développement de cette nouvelle génération d’antiviraux. Le laboratoire a validé sa stratégie contre la grippe avec notamment la mise en place d’un essai clinique multicentrique de phase 2b (FLUNEXT TRIAL PHRC #15-0442 – ClinicalTrials.gov identifier NCT03212716). Pour ses travaux sur le virus SARS-CoV-2, le laboratoire a déjà bénéficié d’un financement du consortium REACT'ing (consortium multidisciplinaire mis en place par l’Inserm et ses partenaires d’Aviesan).

 Pourquoi dès lors ne pas valider les essais sur la chloroquine et l’hydroxychloroquine, même de façon « raisonnée » comme il est stipulé dans ce document diffusé par le Centre international de Recherche en Infectiologie ?

 Le sociologue Daniel Benamouzig, autre membre du conseil est Directeur de recherche au CNRS, établissement public, et enseignant à Science-Po. Ce « sachant » n’est pas médecin, mais il en connaît un rayon puisque, selon son cv public, il enseigne « dans de nombreux domaines relatifs à la santé ».

 Précisons que ce membre éminent du conseil scientifique a été précédemment Directeur de l’ITMO (Institut Thématique Multi-Organisme) Santé Publique de l’Alliance AVIESAN aux côtés de Geneviève Chêne 1puis de Corinne Alberti, à partir de 2016.

Il était auparavant Directeur-adjoint de l’ITMO Santé Publique, sous la Direction de Jean-Paul Moatti puis de Geneviève Chêne.

 M. Daniel Benamouzig a représenté l’Alliance AVIESAN dans diverses instances, en particulier au Directoire de l’Alliance ATHENA (Alliance nationale pour les sciences humaines et sociales).

 Voilà un spécialiste renommé qui connaît bien son affaire et devrait pouvoir affirmer qu’AVIESAN n’est certainement pas en position d’influencer la politique de la recherche publique française, les membres du conseil ou toute autre institut public de santé.

 Finissons-en avec le professeur Didier RAOULT, autre membre du conseil, empêcheur de tourner en rond, mondialement connu pour ses recherches sur les virus et accessoirement victime de menaces de mort en raison de ses prises de position concernant l’efficacité de deux médicaments, la chloroquine et l’hydroxychloroquine.

 Cet éminent professeur pourrait-il avoir des intérêts sulfureux avec des fabricants de shampoing ou de bijoux fantaisies ?

 Je dois ici avouer qu’après une longue recherche dans les méandres d’internet, je n’ai rien découvert de tel.

Rien, nada, même pas chez AVIESAN ! Pas étonnant dans ce cas, que le professeur RAOULT soit critiqué par ses pairs au sein du Conseil Scientifique, au motif que sa méthode empirique n’est pas la bonne, lui qui se permet en plus d’avoir le soutien appuyé de Bernard Tapie.

 Quel toupet !

 Mais constatons que la courbe de popularité du « professeur Chloroquine » semble monter à mesure que celle des membres du conseil stagne et que certains « pleurnichent » comme le dirait le chroniqueur Yves Calvi, dans Telerama, déplorant que leur travail reste bénévole,  qu’ils ne comptent pas leurs heures et que tout le monde s'en fout ! Ce dévouement mérite ici d’être signalé.

 Dirigeons-nous maintenant vers le sud, où cet institut marseillais sent le pastis.

Cette structure ne pourrait-elle pas être le repaire de lobbyistes issus de la cité phocéenne, à l’accent marqué, et à la solde d’une start-up opaque en phase de breveter une nouvelle molécule ?

 Peau de biker encore ! La déclaration publique d’intérêts présentée par le professeur (n° 83345) auprès du conseil scientifique ne mentionne rien de particulier en dehors d’un partenariat de recherche avec Hitachi Europe.

Bon…

Juste une observation de l’IGAS en 2015 (inspection générale des affaires sociales), qui a relevé un fonctionnement trop « vertical » au sein du CA de cet institut qui présente ses financements sans mentionner Hitachi Europe mais également sans mentionner une quelconque alliance avec AVIESAN.

 

En conclusion, je réitère que ce papier a été écrit en mode confinement, qu’il n’a aucune valeur scientifique et qu’il n’a jamais eu pour but de critiquer la parfaite probité des membres du conseil scientifique ni celle du coiffeur ou la coiffeuse visagiste du professeur Raoult.

 Il est le fruit d’une réflexion d’un être torturé par de trop longues heures passées devant son écran à décrypter l’information sur les réseaux sociaux où le pire côtoie le pire encore ; un confiné qui se désole de voir toutes ces prises de bec stériles sur les plateaux corridas avec des êtres gesticulants sous le regard du présentateur faussement sérieux, parfois avec la participation d’anciens soixante-huitards en mal d’audience devenus entre temps d’affreux réacs.

 Car cette crise du CoVID 19 a tout de même un avantage.

 Elle révèle les mentalités. Elle éclaire sur ce qu’il y a de meilleur ou de pire en chacun de nous. Elle nous montre qui sont ces héros très discrets au sein des trois fonctions publiques que l’on veut étouffer sous le poids d’une dette artificielle pour mieux les trucider et laisser la place à « de nouvelles alliances. »

Chaque soir vers 20h, je sors sur le balcon pour applaudir tous les personnels de santé qui sont en première ligne et dénoncent encore leur manque de moyens, tandis que d’autres changent de discours au gré du vent médiatique.

 Ce rituel des applaudissements est même repris sur BFMTV.

 CNEWS se contentera d’en faire une (mauvaise) blague le premier avril dernier…

 Je vous laisse juge.

 Il y aura donc bien un avant et un après CoVID19, et j’invite chacun-e à participer pleinement à la suite de cette aventure, non pas simplement pour remettre la machine économique en marche, comme si de rien n’était, mais pour élaborer une réflexion commune et remettre l’humain au centre d’une société plus juste.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.