L’insoutenable légèreté de l’être peut-elle permettre à DSK de revenir dans le jeu ?

C’est par le biais d''une tribune savamment référencée sur les réseaux sociaux que Dominique Strauss Kahn s’est exprimé début avril concernant la crise actuelle du CoVID 19 et il a analysé sont impact sur l'ensemble du système économique mondial.

Faisant référence à d’autres pandémies vécues durant notre histoire (La peste, la grippe espagnole), DSK a remis la robe de l’enseignant à science-po en format numérique, parsemant son texte de vulgarisations qui recevront un soutient appuyé de la part du chef de l’Etat suivi de quelques commentaires nauséabonds sur les réseaux sociaux.

Ce brillant professeur aurait pu évoquer l’influence des changements climatiques sur les foules et notamment celui ressenti à la fin du 18 ème siècle qui a précipité la chute de la royauté et vu naître la révolution française, mais DSK a choisi d’utiliser un ton plus proche de celui de CHURCHILL dont il peut se targuer d’avoir le physique, mais pas la carrure.

La victoire n’est pas encore en vue face à la pandémie du CoVID19

Certes, il faut louer en premier lieu l’expérience de cet homme de gauche, tendance social démocrate tout de même, qui ne cache pas son affection pour les théories de Keynes tout en restant distant face à celles de Marx.

Ancien ministre, ancien président du FMI, ancien pensionnaire de Riker Islands et enfin ancien associé de la société luxembourgeoise d’investissement LSK, ce professeur émérite en a vu de toutes les couleurs durant sa carrière et s’est souvent fait descendre par la droite ou le centre-mou, avec toute la condescendance qui caractérise ces formations en mode faux-jeton.

Ces libéraux décomplexés ont, sans doute par jalousie, dénoncé à la fois ses turpitudes pathologiques et son manque d’anticipation pour gérer les crises au sein du FMI. Qu’importe ! DSK a su créer son propre réseau au fil du temps avec le soutien cette fois de son ex-épouse.

Bravo Anne Sinclair et on comprend maintenait pourquoi la chroniqueuse de BFMTV Appoline de Malherbe a porté durant l’interview de Mélenchon une veste à paillettes ainsi qu’une coiffure identiques à celle de l’ancienne icône de 7/7.

Bel hommage ! Anne Sinclair avait un don et quelques atouts pour interviewer la sphère libérale qui cultive à merveille l’entre-soi et l’art du croche-pied. Ces libéraux, souvent de gauche et à géométrie variable aiment à évoquer tantôt le « ruissellement » des gains lorsque tout va bien, donnant au passage un peu d’espoir à ce qui reste de la classe moyenne, tantôt la « solidarité » via le partage des pertes lorsque le gros gadin arrive, tout comme celui que nous vivons en ce moment.

Ces girouettes et « leurs laquais » comme le dit encore Melenchon (qui s’y connaît puisqu’il était lui-même un fervent admirateur de feu François Mitterrand), tournent en boucle dans les arènes des plateaux TV, l’œil humide et la bouche en cul de poule, vantant désormais la « solidarité » envers les services publics et plus particulièrement l’hôpital alors que, quelques mois plus tôt, ils dénonçaient à mots couverts des « chuinements » des personnels de santé effondrés face aux nouvelles fermetures de lits au motif d’une rentabilité qui m’échappe encore.

Est ce que ces « masses » qu'évoque Hannah Arendt, ces classes moyennes  "émergentes" ,  ces "nouveaux pauvres" et autres " gilets jaunes", sont encore disposées à écouter les théories éculées de ces "sachant" qui occupent le terrain depuis plus de trente ans ?

Pas sur…

J’ai appris par mes lectures de Hannah Arendt, ou de Viktor Klemperer, que notre mémoire collective flanche parfois, pour peu que le language soit au préalable travesti par la doctrine.

Face à cette emprise, le divertissement est toujours privilégié face au libre-arbitre.

Le foot, la bière et la télé ou la console, ou même Netflix y contribuent largement pour peu que l'on se mette à regarder n’importe quoi.

Tout cela stabilise la " force de l’inertie" qui fait ensuite tourner cela gentiment. Si à cela on ajoute un "soma" tout va pour le mieux !

Et voila que ça coince en ce moment. Plus de matchs, plus de "bouts de gras" et plus question d’aller à la supérette pour prendre un pack et risquer 135 euros d’amende. Netflix coupe par intermittence. Les réseaux sont parfois surchargés et la fibre se met à faire du pointillisme !

Voilà maintenant que certains quittent le petit écran des yeux et posent leurs "bédos" pour se mettre à avoir des idées, tantôt violentes par trop d’individualisme et de dénonciation honteuse d'un système bourgeois dans lequel ils ont trop baigné, tantôt géniales du fait de l’apparition de nouvelles solidarités, par exemple en se mettant chaque soir à son balcon pour applaudir les personnels soignants.

On découvre  l' humour douteux des soi-disant spécialistes économiques de BFMTV et l’on peut rire sans crainte du ridicule en découvrant les théories les plus fumeuses.

Bien entendu que la vérité est ailleurs et certains auteurs comme La Boétie ou Alain Duhamel reviennent à la mode... (non je plaisante pour l'un d'entre eux, devinez lequel...).

Mais voilà que moi aussi, je me mets à lire ! Et parfois des trucs compliqués !

Tiens, je l’ai lue moi aussi, l’analyse de DSK ! Eh bien c’est pas si mal !

Rassurez-vous si vous passez en mode "lecture rapide". Il n’y a vraiment rien de transcendant.

Tout juste les mêmes constatations donnant les mêmes effets. Ainsi, la situation des habitants des pays riches qui sont encore trop riches être payés au même niveau de ceux des « pays émergents » et ça en désolerait presque certains qui soutiennent que dans l'autre sens, ça marche pas. (Trop violent pour leur mode de pensée.)

Si l'on poursuit l'analyse de DSK « Il va falloir faire preuve de résilience » face au choc de la crise du CoVID 19. Des chocs, il va y en avoir c'est sur !  En premier lieu sur les populations des pays riches (encore eux) qui pensaient vivre jusque-là dans un monde où la santé publique était préservée. (Raté). Concernant les pays pauvres qui pensaient que le pire était derrière eux et que leur population jeune allait rester et ben non, il va falloir faire face à de nouvelles vagues d'immigration (Encore raté). Concernant les petits porteurs qui pensaient enfin faire des bénéfices sur leurs placements, leurs assurances-vie, les résidences étudiants, l'optimisation fiscale.. et bien... il va falloir attendre (Encore perdu les gars..).

Du bout des lèvres, DSK annonce un resserrement des bourses (diantre !), " un choc sur l’offre et la demande ", des " nationalisations temporaires" (Bigre, ça fait très France Insoumise ). Trotski ! Faut rentrer maintenant !

Puis arrive le coup de grâce avec l'annonce, terrible :

" Les pertes sont inévitables !".

Ça on l’avait bien deviné et j’ai ma petite idée sur celles et ceux qui perdront le plus, je veux parler des « happy tax-payers » que nous sommes tous, et sous toutes ses formes. Les pertes, c'est "démocratique". Allez en parler aux Grecs, ces paniers percés du sud...

Alors que reste-il à la fin de cette démonstration de DSK qui prend la forme d'un come-back subliminal ?

Des milliers de victimes, un système de santé exsangue par trop d’économies de bouts de chandelles, une Europe et des députés aux abonnés absents, un vaccin qui tarde, du rififi au sein du conseil scientifique incapable de s'accorder sur les méthodes empiriques à appliquer et les labos à privilégier. Un manque de masques, un manque d'info, un manque de sérieux...

Mais qu’on se console, Arnaud Montebourg, Xavier Bertrand, sans doute suivis par d’autres dans les prochaines semaines, reprennent du poil de la bête en ce moment.  Qu'on se le dise. La relève est là !

Tout le monde a droit à une seconde chance après tout . A condition toutefois que plus rien ne soit désormais comme avant…

 

 

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