Un naufragé de la sélection du Master

Changement de règles depuis décembre 2016, les universités françaises imposent une sélection en Master 1 sans crier gare. Jusqu’ici on nous promettait une formation jusqu’au Master 1 tant qu’on validait nos années. Les choses ne sont pas aussi simples maintenant.

Étudiant en Biologie je voulais continuer mes études au moins jusqu’en Master 2, la licence de Biologie que j’ai faite est une licence générale et tout comme le baccalauréat général, ce diplôme ne sert qu’à continuer ses études. Naïvement, j’ai cru que le gouvernement n’oserait pas imposer une sélection en Master 1, car il serait extrêmement dur de trouver un travail dans le domaine de la biologie (entre autres) seulement avec une licence. Je me sens vraiment bête.

Ce n’est pas tant la sélection en Master 1 qui me dérange mais la façon dont ça été fait. Depuis le début de mes études supérieures, j’ai vu les collègues des promotions précédentes pouvoir continuer leurs études jusqu’en Master 1 sans aucun souci, parfois en ayant 8 de moyenne puis valider son année aux rattrapages. Puis la loi est passée et appliquée, en plein milieu de ma 3eme année de licence. Même pas au début, au milieu. J'aurais pu comprendre les critiques à l’encontre des étudiants dans mon cas : « T’aurais dû travailler plus » ou le « Le 10/11 de moyenne c’est nul , tu ne mérites pas de continuer tes études ». Oui et non. La sélection s’est mise en place sans aucune transparence, avec des dispositifs de secours calamiteux, c’est insupportable, à la limite de l’insulte.

Lorsque les Masters demandés nous ont refusé, nous avons pu faire une saisine du rectorat pour pouvoir recevoir 3 choix de Masters « en corrélation avec notre licence » et d’après plusieurs témoignages , c’est très loin d’être le cas. Puis se pose le deuxième problème: officiellement le rectorat cherche au moins un Master « dans l’académie originale »où la licence a été validée. Quand on vient de l’université de Grenoble avec autant d’étudiants, je savais qu’il n’y avait aucun espoir. Quelqu’un du rectorat m’a répondu « il y a peut-être de la place à Reims ». Donc lorsqu’on a une réponse, on a 15 jours pour décider si l’on doit traverser toute la France pouvoir espérer continuer ses études dans un Master qui n’est même pas forcément en corrélation avec le domaine qu’on voulait faire. Puis 3eme problème, certains d’entre nous n’ont toujours pas de réponse en Octobre alors que la plupart des cours ont commencé en septembre. Pas très sympa lorsque l’on a un loyer à payer et qu’on ne sait pas si l’on doit travailler en attendant, vu qu'on peut être envoyé n'importe où. Je vous laisse imaginer les frustrations que ça peut engendrer ...

2 257. C’est le nombre d’étudiants qui ont fait la saisine du rectorat. Et pourtant 1379 propositions faites par le rectorat ont été acceptées par les universités et 400 validées par les étudiants. Et encore, ce n’est que la partie visible de l’iceberg, certains d’entre nous n’ont pas pu faire la saisine dans les temps (15 jours après avoir reçu sa lettre de refus) et il fallait au moins postuler dans deux Masters différents. Étant donné le manque de transparence, je trouve ça injuste. Ces problèmes que je viens d’exposer montre l’étendu de la politique menée depuis 10 ans. Je pense que le problème ne vient pas du « trop grand nombre » d’étudiants mais cette manie des gouvernements qui se sont succédé à vouloir restreindre les budgets à tout-va. Ils n’ont fait aucun effort pour accueillir les nouveaux étudiants ou faire des offres de formations. 331 millions d’euros de crédits destinés à l’enseignement supérieur a été annulé cet été.

Je suis triste de vivre dans un pays qui est censé être la 6eme puissance mondiale mais qui n’investit aucunement dans l'éducation et dans l'enseignement supérieur à cause d'une dette impayable. Je suis triste que nous avons investi notre énergie, notre argent et notre temps dans des études supérieures et que finalement, nous sommes jetés à la poubelle.

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