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Le Club de Mediapart mar. 30 août 2016 30/8/2016 Édition du matin

Compétitivité et crise de la zone Euro, les responsabilités de l’Allemagne

Lors du dernier conseil européen, Mario Draghi a présenté aux chefs d’Etats une analyse de la situation économique de la zone euro. Ses conclusions concernant la France ont été sans appel et montrent que notre pays souffre d’un manque de compétitivité, du au coût du travail.

Lors du dernier conseil européen, Mario Draghi a présenté aux chefs d’Etats une analyse de la situation économique de la zone euro. Ses conclusions concernant la France ont été sans appel et montrent que notre pays souffre d’un manque de compétitivité, du au coût du travail. Cela amène l’Union Européenne à demander à la France de prendre des mesures pour diminuer le coût du travail et flexibiliser le marché de l’emploi[1]. Cependant, il y a un problème avec cette analyse du président de la BCE. En effet, Mario Draghi a fait une grossière erreur dans sa présentation qui biaise totalement ses conclusions. Il a comparé l’évolution des salaires en nominal (inflation inclue) avec la productivité en réel (hors inflation). On peut voir cette erreur aux pages 9 et 10 de sa présentation[2] avec des salaires (compensation) qui explosent littéralement par rapport à la productivité. Cependant, si on reprend l’analyse en corrigeant cette erreur, on voit que la France a eu une politique équilibrée et respectueuse de la cohésion au sein de l’union, alors que l’Allemagne est ne grande partie responsable des déséquilibres et donc de la crise de la zone Euro. Voici l’analyse que Mario Draghi aurait pu faire s’il n’avait pas mélangé salaires nominaux et productivité réelle.

 

La compétitivité économique d’un pays repose sur sa capacité à produire moins cher que dans les autres pays. Elle est fonction de deux éléments : ses gains de productivité et son inflation. La productivité mesure le volume de production que l’on peut obtenir à partir d’une quantité donnée de travail, de capital et de consommations intermédiaires. Le travail est généralement fourni par les salariés. Le capital provient principalement des actionnaires, qui financent les machines et autres actifs de l’entreprise. Les consommations intermédiaires sont les ressources naturelles, les biens et les services qui rentrent dans la fabrication du produit final. Si l’on regarde en particulier le nombre d’employés nécessaires pour atteindre une certaine production, on obtient la productivité du travail. La recherche et à l’innovation permettent d’obtenir des gains de productivité. Cela permet de produire plus avec une même quantité. Les gains de productivité créent donc de la richesse supplémentaire.

 

Le tout est de savoir que faire de cette richesse accrue. Deux options sont possibles. On peut la redistribuer aux salariés en augmentant les salaires dans les mêmes proportions que les gains de productivité. Cela donne du pouvoir d’achat aux salariés qui peuvent alors consommer et/ou épargner Ou bien, on peut choisir de ne pas augmenter les salaires. Cela permet de produire à moindre coût. L’entreprise peut alors soit augmenter ses marges, soit baisser ses prix de vente et donc gagner des parts de marché. Les gains de productivité bénéficient, dans ce cas, aux actionnaires des entreprises qui peuvent réinvestir et/ou épargner. La question est donc celle du partage des gains de productivité entre le travail et le capital. Si les salaires augmentent comme les gains de productivité, les marges des entreprises restent constantes, le partage de la valeur ajoutée reste la même entre capital et travail, et le niveau de vie des salariés augmente. Si les salaires augmentent moins que la productivité, les marges des entreprises augmentent et la richesse des actionnaires avec.

 

L’autre élément qui permet à une économie de gagner en compétitivité par rapport à d’autres pays est son différentiel l’inflation. Si le taux d’inflation d’un pays, c’est-à-dire la moyenne de l’ensemble des coûts, augmente plus vite que dans les autres pays alors, soit les entreprises perdent des parts de marchés par rapport à leurs concurrents étrangers, soit elles sont obligées de réduire leurs marges, et sont par conséquent fragilisées.

 

D’où vient donc que l’Allemagne a gagné en compétitivité vis-à-vis de la France depuis la création de l’euro? Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas dû à la productivité. En effet, les gains de productivité sont similaires dans les deux pays depuis 1999 comme le montre la Figure 1. Non, l’écart de compétitivité entre la France et Allemagne provient d’une baisse des coûts relatifs allemands, en particulier des coûts salariaux. En effet, au début des années 2000, l’Allemagne a mis en place une politique visant à comprimer les salaires. Cela les a empêché progresser, relativement à la productivité, pendant quasiment une décennie (voir Figure 2). Sur la même période, les salaires en France ont progressé dans les mêmes proportions que la productivité. Les gains de productivité français ont été partagés équitablement entre le travail et le capital (voir Figure 3).

 

Figure 1 Productivité, source: Ameco

Productivite.png 

 

Figure 2 Productivité et rémunération en Allemagne, source: Ameco

Prod_et_rem_Allemagne.png 

 

Figure 3 Productivité et rémunération en France, source: Ameco

Prod_et_rem_France.png 

 

 

Cette pression sur les salaires a renforcé les entreprises allemandes par rapport aux concurrents étrangers et a fait baisser le taux d’inflation en Allemagne largement en-dessous de l’objectif des 2% de la Banque Centrale Européenne et qui correspondent au critère de convergence du Traité de Maastricht[3] (voir Figure 4). En effet, cette modération salariale associée à des hausses d’impôts a fortement comprimé la demande interne (Figure 5).  Dans le même temps, la France a scrupuleusement respecté l’objectif de la BCE (voir Figure 4). De ce fait, et n’ayant pas cherché à compresser les salaires et la demande interne, le France se retrouve aujourd’hui avec un déficit de compétitivité important vis-à-vis de son premier partenaire commercial.

 

Figure 4 Inflation en France, Allemagne et objectif de la BCE, source : Ameco

Inflation.png 

 

Figure 5 Demande domestique privée en Allemagne, source : Eurostat

demande_dom_allemagne.png 

 

Cette baisse de la demande interne et  l’amélioration de la compétitivité due à une baisse relative des coûts, en particulier salariaux, a provoqué une explosion du commerce extérieur allemand qui, de fait a été l’unique moteur de la croissance allemande depuis 2000. Le solde du compte courant allemand a atteint de niveaux jamais vus depuis 1950 (voir Figure 6), du même ordre que les excédents chinois. Depuis la création de l’Euro, l’Allemagne a fait reposer sa croissance sur la demande externe, c’est à dire sur les importations de ses voisins.

 

Figure 6 Compte courant en Allemagne, source : Eurostat

Compte_courant_Allemagne.png 

 

En d’autres temps, cet écart aurait été corrigé par une dévaluation du Franc, ce qui aurait fait baisser les coûts relatifs des entreprises françaises. Aujourd’hui, avec l’Euro, cette option n’existe plus.  C’est pourquoi, afin d’éviter que des déséquilibres importants naissent entre ses membres, le traité de Maastricht a instauré des critères de convergence. Ce sont des objectifs qui visent à assurer un développement cohérent et harmonieux entre les différents Etats de l’union monétaire. Ce sont les conditions indispensables pour que fonctionne correctement une union monétaire. Mais l’Allemagne a fait le choix de jouer solo. Elle est en grande partie responsable des déséquilibres qui s’accumulent dans la zone Euro. La France quant à elle, a eu depuis 2000, une politique équilibrée. Elle a su générer des gains de productivité, qu’elle a équitablement répartie entre ses salariés et ses entreprises. Elle respecté les objectifs d’inflation de la BCE. La Commission Européenne et la BCE tancent notre pays et nous enjoignent à rejoindre le modèle allemand. Mais c’est une recommandation infondée. L’Allemagne a réussi car ses voisins achetaient ses exportations. Les dirigeants européens ne comprennent pas que pour être exportateur net, il faut que d’autres pays soient importateurs nets. Vouloir comprimer les salaires et réduire les coûts pour gagner en compétitivité provoque un effondrement de la demande dans la zone Euro et une explosion des inégalités en favorisant les détenteurs de capital. La seule solution pour sortir l’Europe de la crise est de rééquilibrer les balances commerciales. Cela passe par une relance de la demande en Allemagne.

 

Comment le président de la BCE a-t-il pu faire une erreur aussi grossière dans sa présentation, avec des conséquences aussi importantes en terme de politique économique ? C’est un point qui reste à éclaircir, et la question mériterait de lui être posée.

 

 


[1] http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/12/st11/st11253.en12.pdf

[2] téléchargeable à : http://www.ecb.int/press/key/date/2013/html/sp130315.en.pdf?237ca30514d3cb9c3e808a896ae8637d

[3] Selon la BCE : “The Governing Council has also clarified that, in the pursuit of price stability, it aims to maintain inflation rates below, but close to, 2% over the medium term.” Retrieved at http://www.ecb.int/mopo/strategy/pricestab/html/index.en.html

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L'auteur

Bertrand Groslambert

Professeur de finance
Nice - France

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