« L’humanité sur un bateau »

Par Shahzad Abdul, journaliste. Un récit à lire sur le making-off de l’AFP.

A lire et à regarder ici

Extraits

lhumaite-sur-un-bateau

« J'ai décidé de raconter ce quotidien fait de coups de sang, tantôt tendu tantôt extrêmement calme, quasi-schizophrénique en détaillant chaque morceau de ce drôle de puzzle, sans y ajouter de commentaire.

D'une part des membres de SOS Méditerranée usés par une présence renforcée sur le pont, que l'on retrouvait en pleurs dans les arcanes du navire, ou les yeux cernés, à se demander comment des personnes qu'ils avaient secourues pouvaient désormais les menacer physiquement. L'un d'eux, les yeux injectés de sang par manque de sommeil, m'a entraîné dans une salle des machines assourdissantes comme pour se confesser: "C'est sûr que c'est comme le reste de l'humanité, il y a des gens bien et des gros cons. Mais je suis en train de perdre foi en l'humain". Publiquement, l’ONG a toujours soigné ses mots, évoquant la “détresse psychologique aiguë” des personnes à bord. De l'autre, des migrants qui, pour une écrasante majorité, attendaient calmement mais dont certains pouvaient se laisser aller à un jeu de la concurrence dans l'exil. »

« La scène est bien connue, depuis 2015, mais croiser, au milieu de nulle part, le regard de ces personnes entassées qui ont pris la mer au péril de leur vie, voir ces visages apeurés s'illuminer en apercevant les secours, cela reste une expérience humaine renversante ».

« Pourquoi certaines personnes, y compris moi, peuvent voyager ou migrer librement tandis que d’autres doivent risquer leur vie ? »

Shahzad Abdul

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.