Une révolution en direct

Hier soir, sur Mediapart

Il y aura, peut-être, dans notre société un avant et un après ce grand moment d’information.

Le matin, j’avais lu l’article de l’enquête que Marine Turchi, journaliste, a consacré à Adèle. Précis, fouillé, implacable pour l’auteur des faits. Un article qui montre bien que le silence est réellement l’allié des prédateurs. Le silence de tous ceux qui savent et ne disent rien, le silence de ceux qui pensent qu’un type bien ne peut pas faire ça. Le silence de ceux qui pensent que toucher une petite fille dans son intimité, jouer avec elle, oui à douze ans les enfants qui font confiance sont encore petits ; pas ceux qui souffrent depuis qu’ils sont nés, ceux-là ont grandi trop vite et savent qu’il faut se méfier des adultes puisque même ceux qu’ils aiment le plus les ont déjà trahis.

Je suis allée voir quelques interviews qu’Adèle avait données, pour la promotion de ses films. Et j’ai découvert une personne concernée, par le monde, par les autres, le contraire d’une actrice qui pense que le monde tourne autour d’elle.

Puis j’ai vu qu’elle était invitée pour un live. Je savais déjà que cette jeune femme était courageuse. Courageuse d’avoir résister autant qu’elle a pu alors qu’elle était si jeune encore, entre douze et quinze ans. Je savais qu’elle était courageuse quand j’ai lu ses mots, dans l’article de Marine Turchi. Et je me suis dit que tous les enfants qui ont subi ce qu’elle a subi comprendront mieux, grâce à elle, ce qui n’aurait jamais dû leur arriver.

Hier soir Adèle Haenel a assuré. Marine Turchi a fait du bon travail.  Et Plenel a pleuré, parce qu’il est un homme et qu’il a tout pris dans la gueule, pour tous les hommes.  

Moi aussi j’ai pleuré. Et d’autres aussi, derrière leurs écrans. Parce que les mots d’Adèle, son regard, sa manière de parler pour expliquer l’indicible souffrance, sa manière de s’excuser, ont touché notre dignité, notre humanité.

Adèle ne veut pas que son agresseur aille en prison ; elle veut beaucoup plus, beaucoup plus que ça, elle veut que les gens se parlent, qu’ils s’écoutent et qu’ils se respectent ; elle veut que le monde change, et je lui souhaite d’y arriver. C’est urgent.

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