Puisque vous parlez ce soir

Avons-nous le droit d’espérer ?

Espérer que vous allez rejeter le racisme, je dis bien le racisme, comme l’a fait votre ministre de l’Intérieur  l’autre matin lorsqu’il nous a dit qu’il combat le racisme depuis toujours, que c’est même ça qui l’a mis en mouvement politiquement ? Parce que si c’est pour noyer le poisson, pardon, le racisme dans une soupe sans saveur, ça ne nous intéresse pas.

Nous voulons, nous exigeons, oui nous exigeons de vous, des paroles fortes, pas ambigües, pas destinées à rassurer votre droite, voire l’autre, l’extrême… Pas rassurer non plus ceux qui exigent de vous que vous ne parliez jamais du racisme sans parler, aussi, en même temps et d’abord de l’antisémitisme. Pour moi l’antiracisme englobe l’antisémitisme de fait. On ne peut pas se dire antiraciste et être antisémite. C’est juste impossible.

Pendant la grande manifestation hier, on a entendu un con, je dis bien UN manifestant parmi des dizaines de milliers, crier cet horrible « sale juif » lorsque les jeunes fachos identitaires sont venus accrocher une banderole sur le toit d’un immeuble. Et tout de suite votre préfet de police de Paris s’est autorisé à amalgamer l’ensemble des manifestants à cet imbécile. C’est honteux, provocateur comme d’autoriser la manifestation puis de nasser les manifestants jusqu’à l’étouffement. Les enfants et les vieux ont eu peur. Ce n’est pas le rôle d’un préfet de police de faire peur aux manifestants.

Alors oui, nous avons le droit d’espérer, qu’enfin dans notre pays, un président de la République dise haut et fort que les habitants de nos cités populaires, les Arabes et les Noirs subissent le racisme de nos concitoyens en général et des FDO en particulier.

Nous avons le droit d’espérer que les contrôles au faciès c’est fini, que les tabassages pour rien aussi et que dorénavant chaque fois que la police ou la gendarmerie se défouleront sur des personnes avec violence, une enquête sera immédiatement demandée par une instance indépendante.

Nous avons le droit d’espérer que les responsables des commissariats et des gendarmeries soient obligés de faire le ménage dans leurs rangs pour que les parents de tous les enfants noirs ou arabe ne soient plus obligés d’expliquer à leurs petits que dans notre beau pays, ils doivent faire attention, toujours bien se comporter, parce qu’ils sont arabes ou noir et qu’à cause de ça, ils n’ont effectivement pas les mêmes droits que mes enfants ?

Si vous le faites, si vous dites que ce que nous sommes nombreux à espérer, vous aurez contre vous tous les racistes, tous les gens de droite qui veulent vous faire tomber et même des gens qui se disent de gauche qui sont déjà tellement sûrs que jamais vous ne direz ça qu’ils ne vous écouteront même pas.

Si vous dites ça, moi je vous en remercierai, comme je remercie le ministre de l’Intérieur d’avoir été clair l’autre jour.

On ne badine pas avec le racisme, Monsieur le président.

On le combat avec des mots forts et un engagement clair.

 © STC © STC

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