Dur dur d’être une abeille

Il était une fois

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En général, tout va plutôt mal pour nous autres les abeilles. Nous sommes de moins en moins nombreuses. A cause des pesticides que les humains envoient dans les airs et sur les fleurs. Ça nous fait crever en masse. On supporte pas ça nous autres. Si nous disparaissons, les humains n’auront plus rien à manger. Plus de fruits, plus de légumes. C’est quand même nous qui faisons tout le boulot.

Là où moi je vis, nous sommes bien. Comme dans toutes les ruches, nous sommes superbement organisées. Chaque abeille sait ce qu’elle a à faire. Il y a celles qui fabriquent les alvéoles de cire, il y a celles qui font le ménage, celles qui nourrissent les larves, celles qui battent des ailes pour rafraîchir la ruche, celles qui restent devant pour la garder... Moi je suis chargée de ramener de l’eau. Et les plus nombreuses qui vont chercher le pollen.  On butine on butine et on butine encore... Quand nous revenons à la ruche avec nos pieds tout jaunes de pollen, notre reine est contente. Le jardinier aussi. Je sais qu’il nous regarde. Il s’occupe bien de nous. Je crois même qu’il nous aime. C’est bizarre vous trouvez, nous on apprécie. Jamais il ne nous prend tout le miel, comme le font certains apiculteurs qui du coup remplacent notre bon miel par du sucre. Ils pensent que nous ne le savons pas. Et les humains croient qu’ils mangent du miel de fleurs, alors que la plupart du temps ils ne mangent que du miel de sucre... Notre jardinier nous en laisse la moitié. Jamais il ne nous bouscule. Même quand il a déménagé loin, cet hiver,  avec sa famille il a fait attention à nous pour pas qu’on meurt. Il tient à nous. Il y avait de la neige, et ça gelait de partout. Nous avons bien résisté. On s’est fait toutes petites, serrées les unes contre les autres et dès qu’on a vu un peu de soleil on est sorti pour nous dégourdir les pattes et voir comment c’était. Nous avons découvert un très beau paysage, en fait il nous a emmenées à la montagne. Le temps a passé, le printemps puis maintenant l’été. Il nous a fait un jardin magnifique. Il nous a mis des fleurs partout, celles qu’on aime le plus... Les fleurs que nous préférons ce sont les jaunes. Il y en a pal mal, des sauvages qui poussent toutes seules. Des genêts par exemple, mais un jour un homme est venu et les a presque tous coupés. Ça se fait pas de couper les genêts, c’est bon pour plein de choses, on peu faire des balais avec les tiges et en plus les tiges ils sont pleines d’huile essentielle. C’est pour ça que ça pétille quand on les met au feu. Et ça sent bon. Des fleurs jaunes au printemps, il y en a plein d’autres. Des blanches aussi. Parce qu’on les repère bien. Il y a des fleurs qui ne nous intéressent pas beaucoup... Et notre jardinier les connaît bien. Au printemps il y a des gens de la ville qui sont venus pour proposer des géraniums, le jardinier leur a dit que nous autres les abeilles ça ne nous intéresse pas beaucoup. Nous on préfère les belles fleurs des champs. D’ailleurs il nous a semé un jolie prairie. Il y a aussi de la violine, cette jolie petite fleur qui sent si bon le soir... Parfois on voit les humains lever la tête, ils sentent mais ne savent pas d’où ça vient. Le jour ça sent rien... Nous on aime butiner dans les aromatiques, la menthe, la lavande... Nous aimons tout ce qui est doux et sucré. Même le trèfle est bon pour nous. Le jardinier nous a beaucoup regardées, il nous connaît bien maintenant. Nous aussi on le reconnaît. Jamais on le pique. Dans son jardin magnifique il y a plein de légumes qui poussent. Il a mis des cuves avec de l’eau dedans, pour que l’eau soit bien chaude avant d’arroser. Il bichonne les plantes comme il nous bichonne nous. Les plantes aussi il les observe pour voir ce qui pousse bien et ce qui pousse moins bien. C’est là que je cherche l’eau. L’autre jour je ne sais pas comment c’est arrivé, mais je me suis retrouvée à l’envers sur le dos, sur ce grand rond d’eau, en plein milieu. Impossible de me retourner. Je me suis bien dit que voila, c’est la fin pour moi. J’aurais pu espérer vivre entre deux ou trois semaines, mais bon, tant pis pour moi j’aurais dû faire attention...Et le jardinier m’a vue. Il a mis sont doigt et je me suis collée dessus. Il m’a inspectée de près pour voir si je suis entière et délicatement, il m’a posé sur une grande feuille de haricot. J’étais toute mouillée mais bien vivante. Ouf. Bon c’est pas tout ça, mais là je retourne chercher de l’eau pour la ramener à la ruche, et sans me noyer...

 

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