Une vie de chien (4)

Le monde est beau. Il suffit de regarder.

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Le monde est beau. Il suffit de regarder.

Elle n’arrête pas de me dire ça. Et je me dis qu’Elle a raison. Moi j’aime sortir. Courir dans les bois, ventre à terre. Elle m’encourage. Vas-y, vas-y et moi je cours aussi vite que je peux. Quand je reviens vers elle en pleine course je m’arrange pour la frôler, juste un peu ; pour moi c’est un défi supplémentaire. Si jamais elle bouge à ce moment-là, je peux me vautrer. Le chemin n’est pas large et même pentu à certains endroits. M’en fous. Je cours. Depuis qu’il fait chaud, on sort plus tôt, quand il fait encore frais sous les arbres. Parce qu’au soleil, ouh là. Les humains ne se rendent pas compte ce que ça représente d’être habillé comme en hiver quand il fait au moins 30 degrés à l’ombre. Je crois qu’Elle a compris ça. D’ailleurs je crois qu’Elle comprend tout. Elle lit dans mes yeux et je sais lui dire ce que je veux, rien qu’en la regardant. Parfois elle doute, alors elle me demande de lui dire avec des mots, mais ça, même si j’en connais beaucoup des mots, parler, je ne sais toujours pas. Chez elle il fait frais. De chez Elle on voit sur les toits. Et il s’en passe des trucs sur les toits, ceux qui vivent en bas, ne le savent pas. Il y a des quantités d’oiseaux qui passent et repassent. Des petits et aussi des gros. Elle dit que cette année les pigeons sont plus gros. Moi je ne peux pas dire, je n’étais pas née. Les petits aussi sont plus dégourdis. Même pas peur. Il y en a partout, même dans la rue, et je leur cours après… Quand je vois passer les oiseaux je me mets à la fenêtre et alors j’ai le vertige devant toute cette animation. C’est fou tout ce qui se passe dans la rue. Hier j’ai même vu passer une copine. J’ai aboyé comme une folle pour qu’elle m’entende. Tout le quartier m’a entendue et elle m’a même pas vue. On était trop loin, elle en bas et moi en haut, impossible de jouer… Depuis qu’ils font de gros travaux sur le parking où on se retrouvait pour jouer, je ne l’ai plus croisée. Peut-être qu’elle m’a oubliée. J’adore jouer avec mes congénères. Les petits ont peur de moi maintenant. Moi je ne me rends pas compte, mais tout le monde dit que j’impressionne. Enfin, j’impressionne seulement ceux qui ne me connaissent pas. Les miens savent que je suis douce et câline. Chez Elle depuis quelques temps je fais la sieste sur la canapé. J’ai mon coin. Je ne suis pas difficile, je fais de la place à tous ceux qui veulent s’asseoir. Parfois je n’ai plus de place pour moi. Alors je me fais toute petite, si si j’y arrive et je me blottis au milieu d’eux. J’adore ça. Y a rien à dire, c’est bien la vie de chien. Enfin la mienne. Parce qu’Elle me l’a dit l’autre jour, pour les chiens c’est comme pour les humains. Il y en a pour qui c’est pas marrant tous les jours.

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