Une vie de chien (2)

Il était une fois…

o-aquar

On se connaît bien maintenant. On est super copines. Je sais. De nous deux la cheffe c’est elle, même si parfois je  sens bien que physiquement je suis déjà plus forte qu’elle. Alors que  je suis encore une gamine avec mes cinq mois. Un gros bébé. Ce matin on est parti en ballade. Il faisait froid et moi, le froid j’aime ça. Chez moi il y avait de la neige quand je me suis réveillée. J’adore ça. Je me roule dedans, je la mange. Chez elle  il n’y avait rien, que du froid. On est parti sur les hauteurs, sur un autre versant. Pas de neige, juste du givre glacé. C’est pas mal non plus pour se désaltérer… On a pris la ruelle qui monte et très vite on s’est retrouvé dans les bois. Elle s’est penchée vers moi et m’a détachée de la laisse. Elle m’a caressé la tête et m’a dit vas’y, tu peux courir. Alors j’ai foncé, ventre à terre. Pas loin quand même, juste pour lui montrer que je suis contente.  Je sais qu’elle a un peu peur de me perdre. J’ai entendu quand elle l’a dit l’autre jour. Si j’avais les mots je lui aurais dit que moi aussi j’ai peur de la perdre. Même quand je me cache derrière un arbre, et qu’elle ne me  voit plus, je la suis toujours des yeux pour ne pas la perdre de vue. Elle ne devrait pas trop s’inquiéter parce que moi j’ai un truc génial qu’elle n’a pas. Elle le sait pourtant puisque ça aussi elle l’a dit l’autre jour. Je connais son odeur et moi je peux la sentir même de très loin. Quand elle sort de la maison et qu’elle me laisse un peu je sens quand elle revient même quand elle est encore dans la rue et c’est pareil pour tous ceux que je connais. La preuve c’est que chaque fois que quelqu’un que je n’ai jamais vu entre dans l’immeuble, j’aboie comme un chien…  Une fois que j’ai vu les gens, même une seule fois, c’est bon. Moi je sais que c’est normal, c’est un de mes pouvoirs et j’en ai d’autres, mais elle ça la surprend à chaque fois que je sois aussi douée. Tout ça pour dire que je ne risque pas de la perdre. Mais voila, parfois je me laisse distraire. Ce matin j’ai creusé un trou, ça sentait si bon et je l’ai laissée partir puis je l’ai entendue qui m’appelait. Elle est même revenue sur ses pas…  J’ai senti qu’elle était inquiète alors j’ai laissé tomber mes fouilles boisées et j’ai couru pour la rejoindre…  C’est fou tout ce qu’on croise dans les bois. Il y a des humains comme elle, accompagnés ou pas. Et chaque fois ils s’arrêtent pour causer et pour parler, de moi… Ils pensent toujours que je suis un garçon. Alors elle précise que je suis une fille. Puis ils veulent savoir mon nom. Puis mon âge. Je leur en pose des questions moi ? Ils tendent leurs mains et parfois me caressent… Ce matin on a croisé une vieille chienne qui faisait la tête. Moi j’aurais bien joué un peu, j’adore ça, mais elle m’a crié dessus. Sa maîtresse l’a grondée d’être si peu aimable… Elle aussi a demandé mon âge… C’est là qu’elle nous a dit et elle me regardait avec envie,  que la sienne est vieille et acariâtre. Si même les chiens deviennent pénibles avec l’âge, a dit mon humaine à moi, tout bas, quand on est reparti… Moi je suis jeune mais j’ai mon caractère. Comme j’ai oublié d’être bête, je sais jusqu’où je peux aller trop loin avec chacun. Elle, est patiente alors parfois j’en profite un peu,  je l’ai déjà avoué. Moi je découvre les humains et je dois bien le reconnaître, je m’attache à eux, comme eux s’attachent à moi. Elle par exemple, a fait de moi son coach sportif. Chaque fois qu’on sort, on commence par une petite course. Je tiens la laisse dans ma gueule et nous courons sur une cinquantaine de mètres, en montant. Je sais que sans moi, jamais elle ne ferait ça.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.