La nourriture est une arme

« Un festin en pleine famine » par Anuj Chopra Journaliste

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« (…) Je me trouve dans un hôpital bondé, ses couloirs décatis noyés dans une odeur écœurante d’antiseptique. Je vois des visages vieillis par les larmes et des corps brisés par la faim.

L’un d’eux, une mère au désespoir, serre dans ses bras un enfant squelettique aux côtes saillantes et aux yeux creusés. Le petit est un sac d’os, tenant à la vie par un fil, trop faible pour même pleurer. Un médecin essaie de lui faire une prise de sang, mais il ne trouve pas de veine dans son bras décharné. La mère, elle aussi émaciée et affaiblie, murmure doucement à l’oreille du bébé, opposant un maigre espoir au regard vide de l’enfant.

Son mari et elle ont dû faire un choix cornélien : payer une somme démesurée à un taxi pour amener leur progéniture dans cet hôpital ou la consacrer à l’alimentation de leurs autres enfants. C’est une décision qu’aucun parent ne devrait avoir à prendre.

Après avoir été témoin de cette détresse, on m’a dressé un nouveau festin.     

Ce repas somptueux devrait me réjouir, si je ne me trouvais pas dans un pays au bord de la famine. Je n’en veux pas à mes hôtes. Je leur suis infiniment reconnaissant pour une chaleureuse hospitalité à laquelle on ne s’attendrait pas dans un pays plongé dans sa quatrième année d’un conflit brutal.

Mais festoyer dans ce contexte paraît complètement déplacé, répugnant même. Mon estomac fait des nœuds. (…) » Anuj Chopra « Un festin en pleine famine » sur le Making off de l’AFP. Lire la suite

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