C'est quoi l'intégration ?

« C’est quoi l’intégration ? J’ai de la chance d’avoir un boulot, je paie mes impôts, je paie mon essence comme tout le monde, je paie mon loyer et pour beaucoup de gens je ne suis toujours pas intégré. On parle toujours d’intégration. C’est quoi être intégré ? Je ne sais pas. Qu’on me dise ce qu’il faut faire pour être intégré".

« C’est quoi l’intégration ? J’ai de la chance d’avoir un boulot, je paie mes impôts, je paie mon essence comme tout le monde, je paie mon loyer et pour beaucoup de gens je ne suis toujours pas intégré. On parle toujours d’intégration. C’est quoi être intégré ? Je ne sais pas. Qu’on me dise ce qu’il faut faire pour être intégré".

Mémoires d'immigrés l'héritage maghrébin 1 - 2 - 3 © Maroane Boutayeb

"C’est l’Aïd dans trois jours. On est obligé de se cacher comme des voleurs… Alors que c’est une fête. La fête du pardon. C’est une fête que nous aimerions partager avec beaucoup de gens, avec des personnes d’autres religions. Mon père m’a transmis son islam, c'est-à-dire le savoir, le respect des autres. J’aurais bien voulu moi inviter des collègues de bureau à la fête pour qu’ils voient comment on pratique l’Aïd. Mon on ne peut pas. On est obligé de se cacher. Partir à 200 km pour tuer un mouton dans une ferme. Bientôt ils vont nous demander une carte grise pour un mouton. Alors que je suis français. Français et musulman. »

 

 « C’est le temps, et notre comportement à nous qui changerons les choses. Et non se lamenter et attendre que tout vienne d’en haut, ou par les lois. Il n’est pas écrit dans la Constitution français qu’il y a des différences entre les êtres. La différence est faite par des gens, à l’intérieur de leur tête. Et contre ça on ne peut rien du tout. On ne peut pas faire de loi contre l’image de marque des Maghrébins en France. Ce sera deux fois plus difficile pour un type qui s’appelle Mohamed que pour un type qui s’appelle Michel, la seule façon, c’est de changer les choses nous-mêmes. Dans tous les actes de ma vie actuellement, je ne peux pas m’empêcher de penser à mes parents et en particulier à mon père.  Même quand je suis heureux, je ne peux pas m’empêcher de penser à mon père, à tout ce qu’il a vécu, à ses silences. Et les silences de quand j’étais gamin, sont extrêmement bruyants dans ma tête maintenant. »

 « Nos parents acceptaient de vivre dans des cités de transit. Nous (leurs enfants) nous n’acceptions pas cela. Nous étions à l’école française, avec des camardes français, en classe il n’y avait pas de différence ce n’était pas normal, que lorsque nous sortions de l’école, il y avait cette différence. Nous voyions. Ils n’avaient pas à parler comme ça à nos parents. Je suis allée à la Préfecture pour déposer une demande de logement, et je me souviens que le monsieur il répondait à ma mère en disant que « le quota d’immigration était dépassé ». A cet âge là, moi je ne comprenais pas le terme d’immigré. Et ma mère l’acceptait. Le quota d’immigration était dépassé donc on devait accepter d’habiter là où nous habitions. Pour partir en colonie de vacances, c’était pareil « le quota d’immigration était dépassé ». Donc à cet âge là j’étais immigré. Mais quand j’ai eu 18 ans, la gendarmerie a débarqué chez moi. Pour le service militaire. A 18 ans j’étais français. Entre 1 ans et 18 ans, pour avoir un appartement sain, j’étais immigré, c’était pas possible, mais à 18 ans et un jour, pour le service national, j’étais français. Comment voulez-vous, quand vous avez grandi dans une cité comme ça, dans un endroit plein de boue où vous êtes isolé de la société, comment voulez-vous, quand vous avez 20 ou 22 ans, -c’est ce qui se passe dans les banlieues, les gens éprouve de la haine, parce qu’il y aune crise de confiance ».

« J’ai grandi avec le mythe du retour. Le leitmotiv du retour. Nous faisions tout, avec ce projet. Jusqu’aux petits détails. La tapisserie on ne l’avait jamais changée, depuis que nous étions arrivés dans notre appartement, parce que mon père répondait qu’il n’allait pas investir dans la maison des Français. Parallèlement à ça, ils étaient dans l’incapacité de transmettre quoi que ce soit, même par apport à leur propre culture, et encore moins par rapport à la culture du pays d’accueil, jusqu’au moment où il y a la rupture. Au moment où je ne vais plus jouer le jeu, parce qu’il y a une prise de conscience où moi je réalise que cette culture, qui sont mes racines, qui sont mes origines, certes, je réalise que ma vie est ailleurs, que ma vie est ici. Et que je suis plu^to submergée par mon quotidien. Mon quotidien est 24h sr 24 h français. Il n’est pas du tout algérien si ce n’est par cette petite lucarne, au sein de ma famille »

 

« Mon père a fait tous les boulots faits par les gens illettrés. Mon père ne s’exprimait jamais. On ressentait véritablement ce qu’il avait en lui, dans a façon de respirer, ou quand il mettait un disque pour l’écouter et qu’il avait les larmes aux yeux. Nous n’avons jamais su ce qu’il a vécu plus jeune, parce qu’il n’en parlait jamais, On sentait de la frustration et l’envie de prouver qu’il était capable de faire autre chose que de balayer les rues ou d’avoir une mploi aussi subalterne. Et on sent aussi un sentiment de honte vis-à-vis de ses enfants. Et en même temps, quand on essaie de parler ave clui c’est très violent. C'est-à-dire qu’il y a des réponses qui ne sont pas tendres. On sent qu’il nous aime mais il n’y a pas de discussion possible. Et il y a ce rejet de la France. Pas du racisme. C’est plus pour dire « les Français m’ont marché dessus toute ma vie. Que ce soit bien clair. Ce n’est pas une haine de la France, c’est la haine du système. Il

y a une espèce de fatalité. Moi il me disait –ils m’ont marché dessus, ils m’ont humilié mais c’est comme ça mon fils, j’étais voué à ça quand je suis né. Et quand moi je représentais les associations à la mairie ou autres, et que mon père servait les boissons à ceux qui étaient présents, il y avait son chef de service qui le tutoyais, alors qu’il vouvoyait d’autres personnes. Systématiquement le chef de service appelait Mohamed tous les arabes, tous les maghrébins qui bossaient. Il se trouve que mon père s’appelait Mohamed, donc ce n’est pas à ce niveau que ça a tiqué pour moi, c’est u niveau du tutoiement. Donc je suis allé voir le type et je lui demandé pourquoi il tutoyait mon père et l’autre de me répondre –pour qui vous prenez-vous etc. etc. Il y a eu un conflit et mon père tout de suite m’a fait un clin d’œil pour me demander de me taire. Ils ont toujours eu peur de l’expulsion, mais vraiment dans tous les actes de la vie, au boulot, dans le bus, à la maison quand on mettait le poste de radio trop fort, ou la télévision un peu trop fort, le père arrivait et disait –mettez moins fort sinon les gens vont porter plainte et on va se faire expulser. Il y avait toujours cette épée de Damoclès. Et nous-mêmes, quand on était môme, nous étions imprégnés de ça. Nous avions constamment peur. C’est de là que nous vient la peur de la police. La peur qui se transforme maintenant en haine. Parce qu’on nous a inculqué cette peur de l’autorité. Il y a vraiment tous les pouvoirs sur les immigrés, sur nos parents ».

Toutes les citations sont tirées du film "MEMOIRE d'IMMIGRES"

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